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Kahkiihtwaam ee-pee-kiiweehtataahk : faire revivre la langue
Comment une langue autochtone gravement menacée peut être sauvée
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Les hautes-terres Laurentiennes, qui s’étendent au nord et à l’est de la rivière des Outaouais, sont surtout connues pour trois choses : les loisirs saisonniers, la sylviculture et l’agriculture à petite échelle, ainsi que la richesse de leur nature. Cette dernière abrite de nombreuses espèces rares et menacées – des loups de l’Est aux salamandres à quatre doigts, en passant par les tortues des bois et les goglus des prés – qui trouvent refuge, nourriture et aires de reproduction dans les habitats naturels essentiels de ce territoire.
Les parcs et autres aires protégées contribuent à préserver cette biodiversité, mais en dehors de leurs limites, la situation est tout autre. Dans cette région, d’importants habitats naturels ont disparu ou sont menacés par de nouveaux projets résidentiels et commerciaux. La multiplication des routes et l’augmentation de la circulation automobile ajoutent de nouveaux risques et créent des obstacles pour les espèces qui tentent de se déplacer entre les aires protégées ou de migrer à travers la région.
Cette carte narrative vous invite à imaginer ce qui serait possible si les acteurs des secteurs des loisirs, de la sylviculture, de l’agriculture et de la gestion du territoire s’unissaient pour contribuer à la solution. C’est là l’essence même du Plan de connectivité Plaisance-Tremblant, un projet novateur mené par des ONG dont l’objectif est de préserver et de restaurer la connectivité écologique dans un tronçon nord-sud vital de 2 430 kilomètres carrés dans les Basses-Laurentides.
Toutes ces communautés ont été étroitement consultées lors de l’élaboration du plan, dont le succès dépend désormais de leur capacité à se l’approprier, à l’adopter et à le mettre en œuvre.
La zone de connectivité Plaisance-Tremblant est une mosaïque pittoresque et verdoyante composée de villes, de fermes situées au fond des vallées, de forêts et d’espaces récréatifs, à mi-chemin entre Ottawa et Montréal. D’une superficie équivalente à la moitié de l’Île-du-Prince-Édouard, elle s’étend du parc national de Plaisance, sur la rivière des Outaouais, vers le nord-est jusqu’à la limite ouest du parc national du Mont-Tremblant. Bien qu’elle touche deux régions administratives provinciales (l’Outaouais au sud et les Laurentides au nord), ses limites coïncident étroitement avec l’une des 23 zones prioritaires nationales pour les corridors écologiques identifiées par Parcs Canada en 2024.
« C’est une zone importante pour les grands mammifères ainsi que pour de nombreuses autres espèces », explique Marie-Andrée Tougas-Tellier, chargée de projet à Conservation de la nature Canada (CNC) qui a lancé l’Initiative québécoise Corridors écologiques en 2017. C’est également un maillon d’un corridor de migration plus vaste qui s’étend jusqu’aux montagnes Adirondacks, dans l’État de New York.
Lancé au début de 2026, le Plan de connectivité Plaisance-Tremblant met en évidence l’efficacité de la planification coopérative. Il rend compte du travail de deux organismes environnementaux régionaux qui participent à l’initiative provinciale sur les corridors et ont rédigé le plan – Éco-corridors laurentiens (ECL) et le Conseil régional de l’environnement et du développement durable de l’Outaouais (CREDDO) – ainsi que de celui de Canards Illimités Canada, qui a obtenu une subvention de Parcs Canada de près d’un million de dollars pour financer certains aspects clés du projet.
Le plan de corridors s’appuie sur des données scientifiques, notamment sur des travaux de terrain approfondis et des modélisations des déplacements de la faune, afin de relever les obstacles, les dangers et le potentiel de connectivité relative dans l’ensemble de la zone.
Ce type d’information est essentiel pour comprendre comment la faune sauvage se déplace le long des corridors et pour mettre en place des initiatives ciblées visant à rétablir le mieux possible les connexions. En collaboration avec les propriétaires fonciers, dont la participation est volontaire, les mesures visant à améliorer la connectivité pourraient inclure la suppression de clôtures, la plantation de bandes tampons composées d’arbres, d’arbustes et de graminées le long des cours d’eau, la préservation de bosquets ou l’installation de ponceaux sous les routes.
Le plan de connectivité Plaisance-Tremblant est également l’une des premières initiatives de connectivité en Amérique du Nord à avoir été élaborée à partir des Lignes directrices pour la conservation de la connectivité au moyen par le biais de réseaux et de corridors écologiques de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). D’autres organismes environnementaux suivent de près ce projet afin de déterminer s’il peut servir de modèle pour la création et la gestion efficaces d’autres réseaux de corridors écologiques au Canada et dans le monde entier.
Conservation de la nature Canada est présente dans cette région depuis une quinzaine d’années, mais le processus d’élaboration du plan régional officiel de connectivité Plaisance-Tremblant, fondé sur les lignes directrices de l’UICN, n’a débuté qu’en 2023. « Nous cherchions un outil qui nous permettrait de planifier à une échelle adaptée aux besoins de la connectivité », explique Marie-Andrée Tougas-Tellier.
Pour obtenir de l’aide, l’organisation a fait appel à Gabe Oppler, spécialiste des politiques internationales et des partenariats du Center for Large Landscape Conservation (CLLC), dans le Montana. Le CLLC agit à titre de secrétariat du groupe de spécialistes de l’UICN qui a élaboré ces lignes directrices. « Notre mission consistait à faire le lien entre leurs travaux existants et leurs centres d’intérêt, d’une part, et les lignes directrices du document ainsi que notre expérience acquise dans d’autres régions du monde, d’autre part », explique Gabe Oppler.
Les ateliers, une méthode éprouvée du CLLC que le CREDDO et l’ECL ont mise à profit pour dialoguer avec plus de 60 représentants municipaux et communautaires, ont été d’une grande utilité. Au cours de deux sessions organisées à quelques mois d’intervalle en 2024 et au début 2025, ces ateliers ont permis de présenter le concept de la zone Plaisance-Tremblant et de souligner les avantages concrets des mesures visant à améliorer la connectivité pour les communautés et l’économie locales.
Les participants ont fait part de leurs attentes et de leurs préoccupations, puis ont travaillé en petits groupes pour contribuer à établir la version définitive du projet, qu’il s’agisse de la conception des corridors, de la gouvernance ou des plans d’action en matière de gestion des terres et de suivi.
« Il est très important de ne pas arriver à ces réunions de présentation avec un corridor déjà tracé sur une carte en disant : “Voilà, nous voulons votre avis”, explique Gabe Oppler. Nous voulions partir d’une certaine structure, mais en laissant suffisamment de souplesse, un peu comme une carte sans limites strictes autour des corridors, pour permettre aux participants de définir eux-mêmes l’emplacement de ces zones. »
La récompense, ajoute-t-il, c’est de voir les gens ravis de découvrir qu’ils se trouvent dans un corridor et de comprendre que ce qu’ils font pour améliorer la connectivité sur leur propriété s’inscrit dans un projet plus vaste. « Une fois qu’ils comprennent que nous ne leur prenons pas leurs terres, mais que nous apportons plutôt une dimension et une valeur écologiques supplémentaires à l’endroit où ils vivent et travaillent, ils adhèrent aux objectifs de connectivité et prennent conscience du rôle qu’ils ont à y jouer. »
Bien qu’elle ne participe pas directement au projet de connectivité Plaisance-Tremblant, la Première Nation Kitigan Zibi Anishinabeg soutient cette initiative. Kitigan Zibi mène déjà son propre programme de protection des terres et des eaux dans la région de l’Outaouais, dont le nom, Kidjīmāninān, qui signifie « notre canot » en algonquin, en résume les objectifs : « Comme un canot qui suit le courant, nous allons plus loin quand nous pagayons tous ensemble. En partageant nos connaissances, en respectant la terre et en travaillant main dans la main, nous pouvons apporter un véritable changement, non seulement pour aujourd’hui, mais aussi pour les générations futures. »
Par l’intermédiaire de Kidjīmāninān, la communauté collabore avec des groupes de protection de la nature comme le CREDDO ainsi qu’avec des chercheurs, des municipalités et d’autres membres de la communauté qui mènent des projets individuels sur leur territoire traditionnel.
Plutôt que de participer directement au Plan de connectivité Plaisance-Tremblant et de disperser ses efforts, la Première Nation Kitigan Zibi a accepté que Kidjīmāninān collabore avec le CREDDO afin de définir des priorités communes en matière de conservation. « Nous les tenons informés [du projet] », explique Raphaële Cadieux-Laflamme, coordinatrice de projet au sein de l’équipe de conservation de l’environnement naturel du CREDDO. « Ils font beaucoup de choses pour toute la région de l’Outaouais, et ils sont vraiment ravis que nous nous en occupions. »
Les propriétaires fonciers de la région qui se demandent à quoi ressemble concrètement un engagement en faveur de la connectivité n’ont pas besoin d’aller bien loin pour en voir l’expression ultime. Dans le quadrant sud-est du territoire Plaisance-Tremblant se trouve Kenauk, un site spectaculaire de 26 000 hectares (260 km²) composé principalement de forêts et de lacs préservés, comprenant notamment des forêts anciennes et un bassin versant entier. Kenauk est protégé grâce à une propriété privée depuis que le roi de France a initialement concédé ce domaine sauvage à François de Laval, évêque de la Nouvelle-France, en 1674.
En 2013, quatre familles ont acheté ce terrain en partenariat avec Conservation de la nature Canada. Depuis lors, en collaboration avec CNC, une protection définitive a été établie sur plus d’un quart du domaine, et les travaux se poursuivent afin d’atteindre l’objectif de protéger l’intégralité des 26 000 hectares au sein de la réserve Kenauk Nature.
Un an après leur acquisition, les quatre associés ont fondé l’Institut Kenauk, un organisme sans but lucratif qui coordonne la recherche scientifique et promeut l’éducation à l’environnement sur le site. À ce jour, on y a recensé bien plus d’une centaine d’espèces rares et menacées. Par ailleurs, leur entreprise comporte également un volet commercial. Certaines parties de la forêt sont exploitées dans le cadre d’une coupe sélective, et Kenauk est également ouverte à la chasse, à la pêche et à d’autres activités récréatives.
« Le fait d’avoir pu protéger ces terrains forestiers a constitué […] une première étape importante pour faire avancer le projet [de connectivité] », explique Marie-Andrée Tougas-Tellier.
La réussite de la mise en œuvre du Plan de connectivité Plaisance-Tremblant dépend de la participation de nombreux organismes de la région. Deux des plus influents sont la Coopérative Terra-Bois et l’Union des producteurs agricoles (UPA), qui ont toutes deux participé aux ateliers du Plan de connectivité Plaisance-Tremblant. Terra-Bois et l’UPA collaborent déjà étroitement avec les propriétaires de terrains boisés et les agriculteurs afin de les aider à prendre des décisions éclairées en matière de gestion des terres qui protègent les terres humides et la santé des sols, favorisent la biodiversité et assurent la viabilité à long terme de leurs propriétés. Avec la mise en place du Plan de connectivité Plaisance-Tremblant, leurs recommandations mettent désormais l’accent sur la connectivité écologique et la proximité des propriétés avec les corridors écologiques récemment identifiés dans la région.
« Chaque fois que [Terra-Bois] rencontre un nouveau propriétaire foncier, l’équipe lui montre qu’il se trouve en réalité dans un corridor de notre modèle et lui parle de la connectivité », affirme Athanasios Mihou, chef de projet d’ECL. Elle leur explique l’importance du plan pour leurs terres et pour la pérennité globale des services rendus par les écosystèmes. « Elle élaborera avec le propriétaire un plan de gestion qui tiendra compte de cela – ce qui n’avait jamais été fait auparavant dans le domaine forestier. »
Une fois le Plan de connectivité Plaisance-Tremblant mis en œuvre, l’essentiel du travail consistera à suivre son avancement et à recueillir des données supplémentaires afin d’évaluer à la fois le succès de son adoption et les zones dans lesquelles des efforts supplémentaires sont nécessaires. « Les corridors peuvent être ajustés, explique Gabe Oppler. [L’UICN] met vraiment l’accent sur la gestion adaptative dans son approche de planification. [Cependant,] on ne pourra s’adapter que dans dix ou vingt ans environ, à condition de disposer de données fiables. »
Une grande partie du travail consiste à recueillir des données sur les espèces, à l’aide de pièges photographiques, de suivis sur le terrain et d’autres techniques, afin de déterminer dans quelle mesure les déplacements des animaux sur le terrain correspondent aux modèles de connectivité sur lesquels repose le plan. Marie-Andrée Tougas-Tellier ajoute qu’« un modèle reste un modèle », et qu’il doit être validé par les observations sur le terrain.
Compte tenu de la menace que représentent les routes pour la connectivité, l’un des axes de recherche prioritaires consiste à localiser et à cartographier les zones à risque de collisions entre la faune sauvage et les véhicules dans les principaux corridors de connectivité.
Les municipalités et le ministère des Transports du Québec sont disposés à installer des passages souterrains (voire des passages supérieurs) aux endroits prioritaires, nous dit Athanasios Mihou, mais « nous devons leur permettre de mieux comprendre comment les animaux utiliseront ces infrastructures s’ils doivent investir des millions de dollars [pour les construire] ».
Raphaële Cadieux-Laflamme, du CREDDO, prévoit que son organisme et l’ECL organiseront des réunions de suivi tous les ans ou tous les deux ans avec l’ensemble des décideurs impliqués dans la mise en œuvre du Plan de connectivité Plaisance-Tremblant afin de présenter les résultats des nouvelles recherches, de faire le point sur les mesures prises et d’apporter les modifications nécessaires. « Cela nous permettra de savoir si nous mettons en œuvre les mesures prévues et si nous obtenons les résultats escomptés en matière de connectivité, ajoute-t-elle. C’est notre vision à long terme. »
Cet article fait partie d’une série sur les corridors écologiques, réalisée avec le soutien de Parcs Canada. Pour en savoir plus, consultez le site Droit de Passage.
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