Shawn Craik, professeur de biologie à l’Université Sainte-Anne, qui a étudié les sternes de Dougall dans l’autre colonie importante du Canada – sur les îles North Brother et South Brother, au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse –, souligne que ces oiseaux ont des exigences spécifiques en matière d’habitat. Elles ont tendance à dépendre de la présence de grandes colonies de sternes pierregarins, qui sont peu nombreuses dans la région, « ce qui réduit d’emblée le nombre de sites potentiellement intéressants pour les sternes de Dougall au Canada ». Les sternes pierregarins sont plus agressives que les sternes de Dougall, qui comptent sur leurs « cousines » plus grandes et plus bruyantes pour les protéger contre les prédateurs tels que les goélands.
Les sternes de Dougall recherchent également des sites offrant des matériaux permettant de dissimuler leurs nids – elles les cachent souvent sous les rebords de rochers ou de bois flotté – « et toutes les îles ne disposent pas de ce type de substrat ».
Enfin, les sternes de Dougall sont très sélectives dans leur alimentation ; elles se nourrissent généralement de petits poissons riches en nutriments, notamment de harengs et de lançons, qu’elles aiment capturer dans les eaux peu profondes, et là où les courants les rendent plus accessibles près de la surface.
À mesure que les changements climatiques s’intensifient, M. Craik explique que l’élévation du niveau de la mer et la multiplication des tempêtes endommagent l’habitat des sternes. North Brother, la plus grande colonie canadienne, a subi une érosion sévère au cours de la dernière décennie, et il se pourrait qu’il n’y ait plus d’habitat de nidification viable dans dix ans. Mais M. Craik précise que les sternes de Dougall sont dotées d’une grande capacité d’adaptation : si nécessaire, elles n’hésiteront pas à plier bagage et à déménager dès lors qu’elles trouveront un nouveau site répondant à leurs besoins en matière d’habitat.
Pour donner aux sternes de Dougall, comme aux sternes arctiques et pierregarins, de meilleures chances de prospérer, il faut qu’elles disposent d’autres lieux où se rendre si une île devient impropre à leur nidification. « Nous contribuons à assurer la pérennité de ces populations régionales de sternes en protégeant plusieurs habitats », explique M. Craik.