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Avec seulement 21 hectares, l’île Country de la Nouvelle-Écosse joue un rôle important dans la conservation des oiseaux

Cette petite île rocheuse a été classée Réserve nationale de faune en 2025, en reconnaissance de son importance pour de nombreuses espèces d’oiseaux, notamment la gracieuse sterne de Dougall, qui est en voie de disparition au Canada

  • Apr 30, 2026
  • 1,386 words
  • 6 minutes
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La réserve nationale de faune de l’Île-Country, créée en 2025, offre un refuge aux oiseaux migrateurs au cours de leur périple et constitue également l’un des rares endroits au Canada à abriter une colonie nicheuse de sternes de Dougall. (Photo : Jen Rock)
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À première vue, l’île Country, une petite île rocheuse parsemée de bosquets et d’arbustes, bordée de plages de galets, est un endroit on ne peut plus banal. Pourtant, sous un regard plus attentif, cette île située au large de la côte est de la Nouvelle-Écosse se révèle être un véritable havre de paix pour les oiseaux.

En tant que zone d’habitat jalonnant la voie migratoire de l’Atlantique – un important couloir de transit aviaire qui traverse la planète du nord au sud – cette île de 21 hectares offre un refuge aux oiseaux migrateurs au cours de leur périple. C’est également l’un des rares endroits du pays à abriter une colonie nicheuse de sternes de Dougall, de gracieux oiseaux marins dotés d’une calotte noire et de rectrices recourbées. Ces sternes sont en voie de disparition au Canada, où l’on dénombre actuellement moins de 100 couples nicheurs. L’île abrite également d’autres espèces en péril, dont plus de 30 000 couples d’océanites cul-blanc, une espèce menacée composée de petits oiseaux au plumage sombre qui nichent dans des terriers souterrains. On y trouve également des colonies de sternes pierregarins et arctiques, de goélands hudsoniens et de goélands marins, de guillemots à miroir, d’eiders à duvet et de chevaliers semipalmés nicheurs.

La sterne de Dougall, un oiseau marin gracieux au crâne noir et à la queue arquée, est une espèce en voie de disparition au Canada. On compte actuellement moins de 100 couples reproducteurs de cette espèce. (Photo : Alix d’Entremont)
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Pour les oiseaux marins nichant au sol, l’île Country, classée réserve nationale de faune (RNF) en 2025, offre un atout particulier : un environnement pratiquement exempt de prédateurs mammifères. Il arrive qu’un vison ou une loutre de rivière s’aventure sur l’île, où il peut causer des ravages, explique Karel Allard, coordonnateur des aires protégées au Service canadien de la faune d’Environnement et Changement climatique Canada (ECCC), mais « cela se produit moins fréquemment que dans des habitats similaires sur le continent ».

Et en concentrant une grande variété de types d’habitats sur une superficie réduite – des plages de galets et autres habitats ouverts où nichent les sternes et les guillemots à miroir, aux espaces entre les racines des arbres où s’abritent les pétrels –, l’île peut accueillir une grande diversité d’oiseaux nicheurs, toute une gamme d’espèces migratrices et un certain nombre d’oiseaux hivernants qui trouvent refuge dans ses eaux abritées. « L’île est fréquentée toute l’année, mais pour des raisons différentes selon les espèces, » explique M. Allard.

Cette diversité fait de la réserve nationale de faune de L’île-Country un lieu idéal pour étudier une grande variété d’oiseaux et orienter les efforts visant leur rétablissement. Les recherches menées sur l’île par l’Université Acadia et le Service canadien de la faune ont permis d’acquérir des connaissances essentielles sur les habitudes migratoires de nombreux oiseaux, notamment la sterne  de Dougall. « Sans l’île Country, notre compréhension serait bien, bien plus limitée, » observe M. Allard.

En effet, le rôle le plus important de l’île Country pourrait bien être d’aider à préparer les défenseurs de l’environnement – et les oiseaux marins – à un monde en mutation. « Les côtes, les îles… changent sous nos yeux et certaines zones que nous croyions sûres pour la nidification et la recherche de ressources alimentaires essentielles s’avèrent ne plus être aussi fiables, explique M. Allard. Cela signifie que nous et nos partenaires de la conservation devons continuer à travailler ensemble pour garantir que ce précieux habitat de nidification insulaire et la ressource alimentaire associée dans les zones marines environnantes restent disponibles. »

Une vue sur l’île Country. Les chercheurs ont utilisé des piquets blancs pour délimiter les parcelles de nidification qu’ils surveillent. On y trouve notamment des nids de sternes de Dougall, de sternes pierregarins, de sternes arctiques et de quelques goélands argentés. (Photo : Mark Mallory)
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La RNF de l’Île-Country offre un habitat essentiel à la sterne de Dougall et sert de zone de recherche pour l’étude de cet oiseau, classé comme une espèce en voie de disparition en vertu de la Loi sur les espèces en péril. (Photo : Alix d’Entremont)
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L’île Country abrite plus de 30 000 océanites culs-blancs (soit environ 2 % de la population de l’Atlantique Ouest). (Photo : Alix d’Entremont)
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Pour Karel Allard, cela nécessite la mise en place de ce que le Service canadien de la faune d’ECCC et d’autres appellent un réseau efficace : en l’occurrence, un réseau d’îles protégées abritant différents types d’habitats, de dimension et d’emplacement appropriés, avec plusieurs exemples de chaque type d’île répartis le long de la côte. Cela garantit aux oiseaux l’accès à de multiples options pour se reproduire, migrer et hiverner, en réponse à des dérèglements climatiques.

« Les oiseaux auront besoin de cet espace pour se déplacer, explique M. Allard. C’est pourquoi, avec nos partenaires, nous élargissons notre champ de vision pour nous intéresser à d’autres îles qui n’ont peut-être pas été utilisées par le passé. »

La réserve nationale de faune de L’île Country fait à la fois partie intégrante de ce réseau et constitue un site permettant de recueillir des données sur la manière dont les oiseaux réagissent à l’évolution des conditions, ce qui permet aux organismes de conservation de prévoir où les oiseaux pourraient s’installer à l’avenir.

Cette petite île au large des côtes de la Nouvelle-Écosse offre un espace à la nature.

LA VULNÉRABILITÉ DE L’AVIFAUNE de la région est mise en évidence par la sterne de Dougall, une espèce en voie de disparition et étroitement associée à la RNF de L’île-Country. Jusqu’à 25 % de la population canadienne totale de l’espèce niche ici, ce qui a incité ECCC à désigner cet endroit comme habitat essentiel en 2016.

La biologiste Sarah Gutowsky fixe un émetteur satellite sur un chevalier semipalmé de l’île Country afin de suivre ses déplacements. Les chevaliers de l’Est se reproduisent dans les marais salés côtiers ainsi que sur les cordons littoraux et les îles. (Photo : Mark Mallory)
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Shawn Craik, professeur de biologie à l’Université Sainte-Anne, qui a étudié les sternes de Dougall dans l’autre colonie importante du Canada – sur les îles North Brother et South Brother, au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse –, souligne que ces oiseaux ont des exigences spécifiques en matière d’habitat. Elles ont tendance à dépendre de la présence de grandes colonies de sternes pierregarins, qui sont peu nombreuses dans la région, « ce qui réduit d’emblée le nombre de sites potentiellement intéressants pour les sternes de Dougall au Canada ». Les sternes pierregarins sont plus agressives que les sternes de Dougall, qui comptent sur leurs « cousines » plus grandes et plus bruyantes pour les protéger contre les prédateurs tels que les goélands.

Les sternes de Dougall recherchent également des sites offrant des matériaux permettant de dissimuler leurs nids – elles les cachent souvent sous les rebords de rochers ou de bois flotté – « et toutes les îles ne disposent pas de ce type de substrat ».

Enfin, les sternes de Dougall sont très sélectives dans leur alimentation ; elles se nourrissent généralement de petits poissons riches en nutriments, notamment de harengs et de lançons, qu’elles aiment capturer dans les eaux peu profondes, et là où les courants les rendent plus accessibles près de la surface.

À mesure que les changements climatiques s’intensifient, M. Craik explique que l’élévation du niveau de la mer et la multiplication des tempêtes endommagent l’habitat des sternes. North Brother, la plus grande colonie canadienne, a subi une érosion sévère au cours de la dernière décennie, et il se pourrait qu’il n’y ait plus d’habitat de nidification viable dans dix ans. Mais M. Craik précise que les sternes de Dougall sont dotées d’une grande capacité d’adaptation : si nécessaire, elles n’hésiteront pas à plier bagage et à déménager dès lors qu’elles trouveront un nouveau site répondant à leurs besoins en matière d’habitat.

Pour donner aux sternes de Dougall, comme aux sternes arctiques et pierregarins, de meilleures chances de prospérer, il faut qu’elles disposent d’autres lieux où se rendre si une île devient impropre à leur nidification. « Nous contribuons à assurer la pérennité de ces populations régionales de sternes en protégeant plusieurs habitats », explique M. Craik.

Le chevalier semipalmé utilise le bout sensible de son bec pour attraper des vers, des escargots et des insectes à la surface de l’eau; il se nourrit également de petits crustacés et de crabes. (Photo : Alix d’Entremont)
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Taylor Creaser, militante pour la conservation au sein de la section de la Nouvelle-Écosse de la Société pour la nature et les parcs du Canada, reconnaît que la réserve nationale de faune de L’île-Country joue un rôle prépondérant dans la préservation de la biodiversité aviaire, bien que sa taille soit modeste, et ajoute qu’elle se réjouit de sa désignation en tant que réserve nationale de faune.

« L’île Country est un excellent exemple de l’application d’une approche écosystémique à la conservation, déclare-t-elle. Prenons l’exemple des sternes de Dougall, des moineaux ou des oiseaux de rivage : ils effectuent des migrations pouvant parfois atteindre des milliers de kilomètres entre leurs aires d’été et leurs habitats de reproduction. Et c’est vraiment formidable que l’île Country ait été désignée en tenant compte de cette importance internationale et de cette approche écosystémique. »

C’est ainsi qu’une petite île au large des côtes de la Nouvelle-Écosse offre un espace à la nature, apportant ainsi une contribution essentielle à un réseau d’îles protégées en pleine expansion et offrant un refuge rare aux espèces d’oiseaux nicheurs et d’autres qui traversent le monde.

Cet article a été réalisé en partenariat avec Environnement et Changement climatique Canada.

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