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Une visite à la réserve faunique nationale de Baie de l’Isle-Verte, au Québec, où la vie suit le rythme des marées

Une équipe de bénévoles et de scientifiques a soigneusement aménagé ce paysage, en faisant un sanctuaire pour la faune du Saint-Laurent

  • Apr 28, 2026
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La réserve nationale de faune de la Baie-de-L’Isle-Verte est l’un des sites de nidification les plus importants du Québec pour le canard noir. (Photo : Alexandre Lauzier/Can Geo Photo Club)
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Fin avril, un canard noir vole dans le ciel dégagé de la région du Bas-Saint-Laurent, au Québec, qui longe la rive sud du fleuve Saint-Laurent. Battant des ailes brun-noir bordées d’une bande violette irisée, le canard passe devant le mont Gros Cacouna, haut de 85 mètres. Ce petit sommet surplombe la voie maritime soumise aux marées, venant rompre un paysage par ailleurs plat. Après avoir parcouru 16 kilomètres au-dessus d’un brouillard vaporeux, à mi-chemin entre la terre et les vagues, le canard atteint les marais. Ceux-ci émergent de la brume : sept d’entre eux s’étendent sur un tronçon de 20 kilomètres de littoral saumâtre, recouverts d’herbes qui ondulent au gré de la brise. Le canard descend et plane jusqu’à s’immobiliser. Ces marais regorgent de spartine, une plante robuste qui tolère l’eau salée et offre l’intimité nécessaire — telle un rideau naturel — aux canards cherchant à s’accoupler et à se reproduire. À la manière d’un garde-manger, les joncs, ainsi que les lentilles d’eau et les nénuphars flottants, fournissent de la nourriture à la sauvagine.

Les marais maritimes jouent un rôle essentiel pour une faune abondante : leur végétation dense et tolérante au sel sert à la fois de garde-manger, d’abri et de lieu de reproduction pour de nombreux animaux, des oiseaux migrateurs aux petits mammifères agiles. Sous la surface, on trouve des poissons, des crustacés et des vers. Ces formations plates protègent également la terre grâce à des systèmes racinaires sous-marins qui fixent les sédiments et contribuent à filtrer les métaux lourds présents dans l’eau, un problème causé par le trafic incessant plus au large dans la voie maritime – une route de navigation cruciale sur l’un des plus grands estuaires du monde. Aujourd’hui, les racines sinueuses travaillent sans relâche pour retenir la terre, alors que l’érosion devient un problème croissant avec l’arrivée de tempêtes printanières et automnales de plus en plus violentes.

Chaque printemps et chaque automne, des milliers d’oiseaux migrateurs s’y arrêtent, notamment des oiseaux aquatiques, comme la sarcelle d’hiver (photo), le canard noir, le canard pilet, l’eider à duvet, la macreuse et bien d’autres encore. (Photo : Koorosh Badie/Can Geo Photo Club)
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Même si elles ne sont pas les seules espèces à fréquenter les lieux, les espèces d’oiseaux migrateurs dépendent de ces habitats. Au plus fort des migrations printanières et automnales, ces marais ne sont pas seulement magnifiques ; ils sont bruyants. Tendez l’oreille et vous entendrez les cris qui se superposent de plusieurs des quelque 100 espèces répertoriées sur ces terres – une plaque tournante sur la route migratoire annuelle pour les espèces qui, à l’instar de nombreux Québécois, partent vers le sud pour l’hiver.

Cette réserve faunique nationale (RFN), dont la géographie évolue au gré des marées en perpétuel mouvement, figure parmi les destinations phares de la province pour l’observation des oiseaux. Sa désignation par BirdLife International comme « zone importante pour la conservation des oiseaux et de la biodiversité » attire des ornithologues amateurs du monde entier. En tant que catégorie d’habitat gravement dégradée à l’échelle mondiale, les milieux humides (dont les marais constituent un type riche en végétation) n’ont historiquement pas bénéficié d’une grande attention. Ce manque de considération est diamétralement opposé à leur importance : les services vitaux qu’elles fournissent comprennent la régulation des crues, la recharge des nappes phréatiques et l’approvisionnement en eau douce. Elles agissent également comme d’énormes puits de carbone. Environ 70 % des milieux humides du sud du Canada avaient disparu avant les années 1990, ce chiffre grimpant à 98 % dans les zones densément peuplées. Une loi de 2018 a renforcé la protection des milieux humides, bien que cette milieux humide nationale bénéficie de la désignation Ramsar (une convention internationale de 1971 visant à protéger les milieux humides) depuis 1987.

Si les marais sont prisés par la sauvagine, les hautes herbes et les champs de foin qui les entourent sont quant à eux très appréciés par d’autres espèces d’oiseaux, dont au moins six sont classées comme menacées en vertu de la Loi sur les espèces en péril (parmi lesquelles le bécasseau maubèche, le goglu des prés et l’hirondelle de rivage). On aperçoit souvent la tête jaune du mâle du goglu des prés se balancer dans les herbes ondulantes, son bec court s’ouvrant pour laisser échapper un chant caractéristique et décousu qui s’étend sur 25 à 50 notes, résonnant jusqu’à la majestueuse Voie maritime du Saint-Laurent. Selon Charles Desrosiers, spécialiste des aires protégées au Service canadien de la faune d’Environnement et  Changement climatique Canada (ECCC), le cri du goglu des prés ressemble au son d’une vieille cassette audio lue à l’envers.

« Contrairement au reste du Québec, où les populations d’oiseaux sont en déclin, ici, elles sont en augmentation. »

Si les marais sont appréciés des oiseaux aquatiques, les hautes herbes et les champs de foin qui les entourent sont quant à eux prisés par d’autres espèces d’oiseaux, comme le goglu des prés, une espèce classée comme menacée d’après la Loi sur les espèces en péril. (Photo : Andrew Woronecki/Can Geo Photo Club)
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L’hirondelle de rivage, dont la population a chuté de 98 % au Canada au cours des 40 dernières années, niche à la lisière de la RNF de la Baie‑de‑L’Isle‑Verte. (Photo : Anne Spiers/Can Geo Photo Club)
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On peut aussi apercevoir des faucons pèlerins en train de chasser dans la région. (Photo : Jane LeBlanc/Can Geo Photo Club)
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Les formations marécageuses et les champs environnants ne constituent pas uniquement un refuge complet pour les animaux. Les berges servent également de zone tampon entre les marais et les autres pressions d’origine humaine situées plus au sud, notamment l’agriculture commerciale et la circulation routière.

Bien qu’elle soit depuis longtemps un refuge pour les oiseaux migrateurs, la région n’a pas toujours été aussi bien gérée pour ses visiteurs ailés. Cette réserve nationale de faune nous enseigne une leçon plus large sur le changement réfléchi et l’adaptation. Le canard noir avec lequel nous sommes arrivés — l’un des quelque 5 000 individus de son espèce qui visitent le site chaque année — a survolé la Réserve nationale de faune de la Baie-de-l’Isle-Verte, gérée par le Service canadien de la faune d’ECCC. Créée en 1980, cette zone de conservation de 568 hectares a été modifiée et gérée en partie avec l’aide de Canards Illimités Canada afin d’en optimiser le rôle d’habitat vivant. Ce vaste projet a toujours été caractérisé par la collaboration, entre les humains et les paysages, entre les gouvernements, la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk, les organisations de conservation et les particuliers.

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On trouve dans cette réserve nationale de faune des hiboux des marais, dont les populations sont en déclin en raison de la destruction de leur habitat. (Photo : Dawn Mehner/Can Geo Photo Club)
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La restauration et la consolidation des marais ont commencé dans des zones déjà sujettes à une humidité élevée. Là-bas, les équipes ont creusé dans la terre meuble, en veillant à préserver les graines de plantes indigènes tout en creusant ce qui s’apparente à d’immenses bassins. Ces bassins sont équipés de vannes qui permettent de réguler le niveau d’eau dans le marais. « C’est très important pour préserver la végétation au sein des marais, car il s’agit d’eau douce et nous ne voulons pas que l’eau saumâtre s’y infiltre », explique Patrick Harbour, responsable de la conservation chez Canards Illimités Canada. Ils se sont également efforcés de créer des conditions propices à la croissance de la végétation le long de ce qui constituerait la lisière des bassins. L’équipe de gestion peut augmenter ou diminuer les niveaux d’eau pour favoriser la croissance des plantes dans des conditions plus sèches ou, à l’inverse, la freiner lorsque les conditions sont trop humides. Alors que les marées deviennent de plus en plus fortes et imprévisibles, des équipements tels que les clapets anti-retour du site jouent un rôle important dans l’effort de conservation, se fermant lors des marées hautes pour empêcher l’eau salée de pénétrer.

L’équipe chargée de la gestion de la Réserve nationale de faune de la Baie-de-l’Isle-Verte a également noué des liens avec les agriculteurs locaux afin de les aider à prendre les mesures nécessaires pour garantir une gestion durable de leurs terres. Bien qu’il s’agisse d’une zone protégée, l’agriculture est toujours pratiquée au sein de la réserve nationale de faune, ce qui démontre que la conservation et l’agriculture ne s’excluent pas mutuellement. Ce type d’utilisation partagée peut s’avérer bénéfique, comme en témoignent les champs de foin ondulants de la réserve, une plante choisie pour son rôle de source de nourriture et d’abri pour de nombreux oiseaux.

Une agriculture respectueuse de l’environnement enrichit les habitats fauniques de la région. Des ajustements tels que le fait d’attendre de la fin juin à la mi-juillet pour faucher le foin, plutôt que de le récolter à la mi-mai, font toute la différence pour les oiseaux qui construisent leurs nids parmi les tiges. « Nous autorisons les agriculteurs à faucher les champs uniquement une fois la période de nidification terminée, ce qui diffère de la pratique agricole courante dans la province, explique M. Desrosiers. Contrairement au reste du Québec, où les populations d’oiseaux sont en déclin, ici, elles sont en augmentation. » Les oiseaux des champs ont également besoin des agriculteurs : si ces graminées n’avaient pas été plantées, ces espèces n’auraient jamais été attirées par ces terres. Cette relation symbiotique est rendue possible par le fait que le gouvernement fédéral loue des parcelles à des agriculteurs qui bénéficient d’un accès à des terres arables, à condition qu’ils respectent les directives gouvernementales concernant ce qu’ils peuvent cultiver et quand ils peuvent récolter.

Bien que cette région soit surtout connue pour ses oiseaux, on y observe régulièrement de nombreux mammifères, dont le rat musqué. (Photo : Kelvin Aitken/Can Geo Photo Club)
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Cette plus grande diversité d’habitats sains est une situation gagnant-gagnant qui se traduit par une plus grande biodiversité. « Je dirais que c’est la mosaïque d’habitats qui fait de cet endroit un lieu unique, puisque nous avons un mélange de marais salants, de marais d’eau douce reconvertis, de terres boisées, de zones intertidales et de marais à spartine, qui servent de source de nourriture à de nombreuses espèces », explique M. Harbour.

L’intervention d’un ministère chargé de la gestion du territoire naturel n’est pas la seule raison pour laquelle ces terres ont changé depuis 1980. En volant vers son garde-manger marécageux et son nid d’amour, ce canard noir a également rencontré des structures et des aménagements destinés à une espèce tout à fait différente : les humains. Le site de la réserve national de faune compte désormais des tours d’observation, des stationnements, des belvédères, un bâtiment patrimonial transformé en centre d’interprétation et des sentiers de randonnée. Le long des sentiers, des panneaux d’interprétation, dont certains ont été rédigés en partenariat avec la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk, décrivent à la fois la faune aviaire et la flore, ainsi que des éléments et des plantes d’importance culturelle, comme le foin d’odeur. Ce ne sera toutefois probablement pas la forme définitive de la réserve nationale de faune. Le Service canadien de la faune d’ECCC surveille les terrains mis en vente à proximité de l’actuelle réserve nationale de faune.

Le gouvernement fédéral souhaite continuer à développer son approche à usage mixte pour ces terres, en intégrant l’activité humaine aux écosystèmes de manière favorable tout en limitant notre présence. Le simple fait d’être présents peut faire des humains l’une des plus grandes menaces pour cette réserve nationale de faune. « Il est important de permettre l’accès au public. Sinon, ils trouveront leur propre accès, et nous perdrons le contrôle, » explique M. Harbour. Mais les visiteurs humains apportent également des avantages, comme un œil averti pour l’identification des oiseaux, qu’ils enregistrent sur eBird. Cette application populaire gérée par le Cornell Lab of Ornithology regorge de données qui sont ensuite mises à la disposition des scientifiques de la réserve nationale de faune, fournissant une mine d’informations de terrain sur les observations d’animaux qu’ils n’auraient jamais pu recueillir par eux-mêmes.

« Nous avons un mélange de marais salants, de marais d’eau douce reconvertis, de terres boisées, de zones intertidales et de marais à spartine, qui servent de source de nourriture à de nombreuses espèces ».

BIEN QUE LE RÉAMÉNAGEMENT du territoire et sa conservation ultérieure aient permis d’atteindre un équilibre favorable à la biodiversité, les efforts de surveillance et de restauration se poursuivent et se poursuivront indéfiniment. Même dans les meilleures circonstances, la nature est indomptable et fait fi des frontières tracées par l’humain. Cette masse d’eau puissante déplace des blocs de glace et de la terre chargée de graines comme s’il s’agissait de plumes. Les espèces végétales envahissantes constituent une menace permanente, d’autant plus que le climat se réchauffe.

Le vison d’Amérique est parfaitement adapté à l’écosystème des zones humides de la RNF de la Baie‑de‑L’Isle‑Verte. (Photo : Scott Young/Can Geo Photo Club)
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De plus en plus de plantes envahissantes ont commencé à faire leur apparition dans le Bas-Saint-Laurent, s’enracinant dans des sols qui étaient auparavant trop froids pour leur être favorables. La renouée du Japon et la berce du Caucase, qui engendre une inflammation cutanée sévère, ont été repérées dans les limites de la réserve nationale de faune. Le roseau commun, l’une des espèces envahissantes les plus répandues et les plus destructrices d’Amérique du Nord, constitue une préoccupation majeure. Ce roseau à croissance rapide occupe l’espace souterrain où ses rhizomes se propagent, mais il envahit également l’horizon en surface avec ses hautes tiges, ponctuées de touffes vaporeuses. Plus au sud-ouest du Québec, il envahit déjà les fossés, ressemblant à des armées de soldats serrés les uns contre les autres. Dans le Parc national des Îles-de-Boucherville, situé à près de 450 kilomètres de là, le roseau forme des murs si denses que les scientifiques doivent le surveiller à l’aide de drones. Dans la Baie-de-L’Isle-Verte, les biologistes tentent de l’arrêter avant qu’il ne s’implante, en combattant la flore par la flore. Ils plantent des saules indigènes qui peuvent mener une bataille souterraine invisible contre ce roseau à propagation rapide (les saules développent des systèmes racinaires étendus et, en prime, prospèrent dans les zones humides où les niveaux d’eau fluctuent).

La lutte contre le roseau ne relève toutefois pas uniquement du fédéral, puisque celui-ci n’investit que dans les terres dont il est propriétaire et qu’il gère. Les limites de la réserve nationale de faune doivent être considérées comme les frontières perméables qu’elles sont. Cela implique de collaborer avec les collectivités locales, les ONG et les agriculteurs dont les terres sont situées à proximité des limites officielles de la réserve nationale de faune. Tout repose en fin de compte sur une bonne communication et beaucoup de bonne foi. M. Desrosiers sait que, bien que leurs missions soient différentes, tout le monde peut s’accorder sur la conservation si l’on comprend les avantages communs. « L’une des plus grandes forces de la région réside dans ses paysages et sa beauté visuelle. C’est pour cette raison que les touristes sont attirés par la région, explique-t-il. Nous leur faisons comprendre que prendre soin de ces paysages implique de tenir compte du roseau commun, de le contrôler et de réfléchir à la manière de l’éradiquer. C’est ainsi que nous parvenons à rallier les gens à ce projet. »

Cette réserve nationale de faune est devenue une destination printanière de prédilection au Québec pour le bruant de Nelson, dont l’abondance est directement liée à la santé des marais qui lui servent d’habitat. (Photo : Erinn Hoffman/Can Geo Photo Club)
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Pour lutter efficacement contre les espèces envahissantes, il faut que toutes les parties prenantes suivent les mêmes directives, qui prévoient notamment des règles strictes concernant les matériaux de remblayage que les agriculteurs sont autorisés à utiliser, ainsi que des mesures visant à les sensibiliser à la nécessité de nettoyer leurs machines afin de réduire au minimum le risque d’introduire des espèces envahissantes lorsqu’ils pénètrent dans la réserve nationale de faune. Cependant, certaines sources de plantes envahissantes ne peuvent pas être maîtrisées aussi facilement par la communication : le nombre impressionnant d’oiseaux qui traversent la région transporte des graines au cours de leurs longs voyages.

Dans un monde où le réchauffement s’accentue, les espèces animales qui dominent le milieu marin évoluent elles aussi, ce qui peut avoir des répercussions sur les paysages. La bernache du Canada, emblématique du pays, compte désormais une importante population qui reste au Canada toute l’année au lieu de migrer vers le sud pour l’hiver. Il est difficile de croire que la population résidente de bernaches a failli disparaître dans les années 1950 en raison d’une chasse non réglementée. Les efforts de conservation, associés à des hivers plus doux, ont entraîné une explosion massive de leur nombre. L’oie n’est pas encore dominante dans le Bas-Saint-Laurent, mais elle commence à se faire remarquer, attirée par les champs de foin. Dans les terres agricoles environnantes, où l’on cultive principalement du soja et du maïs, ce sont les oies des neiges qui posent le plus de problèmes, se régalant souvent de ces cultures.

Si les oiseaux font la renommée de cette région, de nombreux mammifères y sont régulièrement observés : rats musqués, visons d’Amérique, lièvres, renards, porcs-épics, chauves-souris, marmottes et orignaux, ainsi que, parfois, des lynx. De retour sur le mont Gros Cacouna, en 2024, l’observatoire Putep’t-awt a été installé par la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk, qui gère une partie de cette formation en collaboration avec le gouvernement fédéral. Un sentier mène à ce belvédère moderne offrant une vue imprenable sur l’estuaire du Saint-Laurent. Putep ‘t-awt signifie « sentier des bélugas » en langue wolastoqey, et l’observation des baleines est un passe-temps très apprécié ici.

Si la réserve nationale de faune voyait le jour aujourd’hui, le canard noir ne serait peut-être pas sa mascotte. À mesure que le paysage s’est transformé, d’autres espèces rares sont apparues et sont devenues les emblèmes de sa conservation. Le bruant de Nelson, rare dans de nombreuses régions mais abondant dans cette zone, passe peut-être inaperçu avec son plumage discret brun et gris, mais cet oiseau discret est très apprécié des ornithologues amateurs qui le recherchent dans les hautes herbes, son habitat de prédilection. La réserve nationale de faune est devenue l’une de ses destinations printanières préférées au Québec, et l’abondance de ses effectifs est directement liée à la santé des marais qui lui servent de refuge. Le bruant de Nelson est le symbole de ce qu’il est possible de réaliser lorsque les humains s’efforcent de comprendre un lieu et de le gérer en conséquence. Il nous montre que les espaces sauvages méritent d’être protégés et, parfois, transformés, des décennies ou des siècles après qu’ils aient été soumis à notre volonté. Il nous rappelle que la gestion responsable est un processus en constante évolution sur lequel il faut continuer de bâtir. Les gazouillis virevoltants du bruant de Nelson nous rappellent que les acquis ne peuvent être considérés définitifs, de peur qu’ils ne montent en graines ou, à l’instar de la terre qui s’érode le long d’une côte, ne soient emportés par les puissantes marées.

Cet article a été réalisé en partenariat avec Environnement et Changement climatique Canada.

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