En 2024, l’équipe de l’observatoire ornithologique a bagué 1 643 oiseaux et recensé 40 espèces. Les espèces les plus souvent baguées – le moucherolle des aulnes, le junco ardoisé, la paruline jaune, le roitelet à couronne rubis et la paruline à croupion jaune – représentaient plus de 60 % des oiseaux capturés. « Même si le moucherolle des aulnes est un oiseau chanteur discret (son plumage est d’un vert-brun terne), le nombre d’individus qui migrent vers le lac Teslin et la réserve nationale de faune du Delta-de-la-Rivière-Nisutlin ne peut être qualifié que de « phénoménal », déclare M. Schonewille. « Les bagueurs d’autres stations disent en plaisantant que l’observatoire ornithologique du lac Teslin est « une véritable usine à moucherolles des aulnes », dit-il en riant.
Pesant à peine 12 grammes, les moucherolles des aulnes sont des oiseaux migrateurs de longue distance qui nichent dans toute la forêt boréale, jusqu’à la limite forestière au nord, et hivernent aussi loin au sud que l’intérieur du Brésil. Il y a plusieurs années, l’un des moucherolles des aulnes que l’équipe avait bagués à Teslin a été, comme par miracle, capturé et répertorié dans une station de baguage d’oiseaux en Colombie.
« C’est un peu comme gagner au loto quand l’un de vos oiseaux est capturé en Amérique du Sud », s’enthousiasme M. Schonewille. Pour lui, ce fut l’un des moments forts de sa carrière d’ornithologue amateur. « C’est une occasion unique. »
Les bagueurs d’oiseaux tiennent une liste des « cas uniques » qu’ils ont capturés au fil des ans, explique-t-il, des oiseaux qu’ils ne se seraient jamais attendus à trouver dans leurs filets, notamment le martinet de Sibérie – un grand martinet à la queue profondément fourchue qui se reproduit de la Sibérie au Japon en passant par l’est de la Chine, et qui migre vers le sud jusqu’en Australie et en Nouvelle-Guinée. « L’observatoire ornithologique du lac Teslin détient l’un des rares enregistrements documentés d’un martinet de Sibérie au Canada », précise M. Schonewille.
Pour M. Murphy-Kelly, c’est la diversité des parulines dans la région entourant la réserve nationale de faune du Delta-de-la-Rivière-Nisutlin qui retient particulièrement l’attention : la paruline à croupion jaune, la paruline jaune et la paruline rayée. « Le pouillot boréal est une autre espèce rare que l’on peut observer sur les rives du lac Teslin », ajoute-t-il. La paruline olive, qui se distingue par son sourcil de couleur crème, migre en traversant le détroit de Béring pour hiverner en Asie du Sud-Est. Bien qu’on puisse l’observer en Alaska pendant l’été, sa capture à l’observatoire ornithologique du lac Teslin constituait une première au Yukon.
« Celle dont je me souviendrai toujours, c’est la paruline à gorge orangée, déclare M. Murphy-Kelly. C’est en fait mon espèce de paruline préférée. J’en ai même un tatouage sur le bras! » La paruline à gorge orangée, au plumage coloré, se reproduit presque exclusivement dans l’est du Canada et aux États-Unis, puis migre vers le sud, vers les forêts et les plantations de café d’Amérique du Sud. M. Murphy-Kelly se trouvait à l’observatoire ornithologique du lac Teslin le jour où la paruline à gorge orangée s’est prise dans leur filet japonais, stupéfiant les chercheurs par la couleur flamboyante de sa tête et de sa gorge. M. Murphy-Kelly a fait ce que son équipe appelle « la danse de la joie », raconte-t-il. « C’était aussi le premier record du Yukon, ce qui lui conférait une importance particulière. »
Cette paruline à gorge orangée – fascinante, mystérieuse et inattendue – pourrait incarner à elle seule l’essence même de la réserve faunique nationale du Delta-de-la-Rivière-Nisutlin. Chaque jour, ce delta d’eau douce nourrit et surprend les ornithologues amateurs, les gardiens autochtones et les responsables fédéraux qui puisent leur inspiration dans ce sanctuaire.
Cet article a été réalisé en partenariat avec Environnement et Changement climatique Canada.