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Kahkiihtwaam ee-pee-kiiweehtataahk : faire revivre la langue
Comment une langue autochtone gravement menacée peut être sauvée
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Quatre fois par année, l’Organisation météorologique mondiale publie une prévision El Niño/La Niña qui évalue la probabilité que l’un ou l’autre de ces facteurs clés du climat mondial se manifeste dans les mois à venir. C’est le genre de rapport qui, autrefois, n’attirait l’attention que des spécialistes du climat, mais qui vient désormais régulièrement au premier plan de l’actualité. La raison ? El Niño et La Niña constituent le yin et le yang d’un phénomène connu sous le nom El Niño-oscillation australe, un cycle de plusieurs années marqué par le réchauffement et le refroidissement des eaux de surface dans la partie centrale et orientale de l’océan Pacifique tropical.
Lorsque l’un ou l’autre se produit (le réchauffement des eaux correspond à El Niño ; le refroidissement des eaux correspond à La Niña), cela modifie les conditions nuageuses, les vents et les régimes météorologiques, ce qui amplifie à son tour les extrêmes de température et de précipitations à l’échelle mondiale déjà provoqués par le changement climatique. La semaine dernière, la National Oceanic and Atmospheric Administration des États-Unis, ainsi qu’une foule d’autres experts du climat, ont confirmé qu’El Niño était arrivé et pourrait atteindre une force historique d’ici cet automne. « Nous devons nous préparer à un épisode El Niño potentiellement puissant, qui aggravera la sécheresse et les fortes pluies et augmentera le risque de vagues de chaleur, tant sur terre que dans les océans », a déclaré Celeste Saulo, secrétaire générale de l’OMM, dans un communiqué.
Il suffit de se remémorer l’année 2024 pour comprendre l’importance de cette prévision. Ce fut l’année la plus chaude jamais enregistrée, la première au cours de laquelle la température mondiale moyenne a augmenté de plus de 1,5 °C par rapport au niveau de référence préindustriel – et elle a fait suite à un phénomène El Niño particulièrement intense à la fin de l’année 2023.
« Lorsqu’un épisode El Niño se produit, il agit en quelque sorte d’un mécanisme de réchauffement mondial, un peu comme si l’on allumait un immense fourneau à l’échelle de la planète », explique Bill Merryfield, chercheur scientifique basé à Victoria au Centre canadien de la modélisation et de l’analyse climatique d’ECCC. Il précise que cet effet de réchauffement est cumulatif, de sorte que ses répercussions globales sur la température mondiale se font généralement sentir surtout au cours de l’année suivante. Un épisode La Niña, en revanche, tend à apporter moins de chaleur, tandis que les extrêmes de précipitations et de sécheresse dans les deux scénarios varient selon les régions.
Les prévisions de l’Organisation météorologique mondiale s’appuient sur une synthèse des prévisions climatiques établies par les principaux organismes de recherche gouvernementaux du monde entier, parmi lesquels le système de prévisions saisonnières d’Environnement et Changement climatique Canada. Et dans ce cas précis, le modèle canadien et le consensus vont dans le même sens. « Nos prévisions indiquent de plus en plus clairement qu’un épisode El Niño important devrait se développer plus tard en 2026 », explique M. Merryfield. Et si cela se concrétise, « je crois qu’il y aura de très fortes chances que 2027 établisse un nouveau record mondial de température, et que nous franchissions une nouvelle fois la barre des 1,5 degré ».
« Lorsqu’un épisode El Niño se produit, il agit en quelque sorte d’un mécanisme de réchauffement mondial, un peu comme si l’on allumait un immense fourneau à l’échelle de la planète. »
BIEN QUE LE PHÉNOMÈNE El Niño-oscillation australe ait le pouvoir d’influencer le climat mondial, les interactions entre l’océan et l’atmosphère sont complexes, et les effets d’El Niño et de La Niña se font souvent sentir différemment selon les continents. Au Canada, par exemple, ces effets sont plus marqués en termes de température que de précipitations, explique M. Merryfield.
« En général, lors d’un épisode El Niño, l’Ouest et peut-être le Centre du Canada ont tendance à connaître des températures plus élevées que d’habitude — sachant que ce que nous considérons comme normal est une notion relative de nos jours. Et puis [on observe] les effets inverses lors d’un épisode La Niña », note-t-il. Dans la mesure où El Niño influe sur les précipitations, il tend « à entraîner des conditions plus sèches dans l’Ouest canadien ainsi que dans la région des Grands Lacs ».
Mais il existe également des effets combinés. « Lors des hivers marqués par El Niño, cette tendance à un déficit de précipitations, associée à des températures plus élevées, se traduit généralement par une diminution de l’enneigement au sol, en particulier dans l’Ouest canadien », explique M. Merryfield. C’est l’inverse qui se produit avec La Niña. Ces influences hivernales ont tendance à se prolonger jusqu’au printemps, parfois même jusqu’à la fin du printemps.
Pour établir ses prévisions annuelles (qui sont mises à jour chaque mois), ECCC combine les résultats obtenus à partir de deux modèles utilisés pour projeter les changements climatiques à long terme, en se fondant sur les émissions prévues de gaz à effet de serre ainsi que sur les « forçages » atmosphériques naturels. (Le terme « forçage climatique » est un terme général qui désigne les facteurs humains ou naturels qui changent l’équilibre des échanges de chaleur dans l’atmosphère. Une éruption volcanique de grande ampleur constitue un exemple de forçage climatique naturel.)
Les chercheurs canadiens exploitent leurs modèles à la manière d’une prévision météorologique, « en utilisant les observations d’aujourd’hui concernant l’atmosphère, l’océan et d’autres paramètres provenant de nombreuses sources, puis en les projetant sur une année entière », explique M. Merryfield. Afin de prendre en compte les incertitudes et d’améliorer leurs résultats, l’équipe de modélisation traite les données à travers ces modèles à vingt reprises. « À partir de ces informations, nous évaluons les probabilités des différents scénarios », précise-t-il.
Les résultats de ces travaux peuvent désormais être consultés sous forme de carte interactive sur le site web ClimateData.ca, récemment mis en ligne, fruit d’une collaboration entre le centre de modélisation de Merryfield et le Centre canadien des services climatiques. Sur une carte du Canada, les utilisateurs peuvent afficher quatre ensembles de données différents (prévisions saisonnières, projections climatiques mondiales, projections climatiques maritimes et moyennes climatiques), mettre en évidence les variables de température ou de précipitations, et effectuer un zoom avant ou arrière pour visualiser les perspectives locales, régionales ou nationales. Les données sont affichées selon un gradient de probabilité et le contenu est personnalisable en fonction des échelles de temps et des conditions attendues par rapport aux conditions inhabituelles.
L’équipe développe actuellement d’autres produits à valeur ajoutée qui pourraient s’avérer utiles aux décideurs dans un large éventail de secteurs économiques, de l’agriculture à la lutte contre les incendies. Ces prévisions pourraient notamment porter sur les degrés-jours pour le chauffage, la climatisation, la culture et le dégel, explique M. Merryfield.
Étant donné que l’interaction entre le phénomène El Niño-oscillation australe et le changement climatique a des implications évidentes sur la disponibilité de l’eau et la production alimentaire, les décideurs politiques, les planificateurs et les agriculteurs accordent déjà une attention particulière aux prévisions saisonnières et annuelles d’ECCC.
Ressources naturelles Canada s’intéresse également de près à cette question en raison des liens qui existent entre ces facteurs et les menaces croissantes liées aux feux de forêt. Par exemple, une fonte précoce des neiges et des températures plus élevées, qui ont tendance à se produire lors des années El Niño, contribueraient sans aucun doute à accroître les risques de feux de forêt. En effet, le ministère intègre les prévisions de température et de précipitations d’ECCC dans son système de pointe, reconnu à l’échelle mondiale, de prévision des niveaux de menace de feux de forêt et des conditions météorologiques propices aux incendies.
Les modèles élaborés par les experts du centre visent à aider les Canadiens à s’adapter au changement climatique et aux variations qui surviennent à mesure que le climat mondial se réchauffe, mais M. Merryifield tient tout de même à rappeler que, si les conséquences du changement climatique sont incontestables, les prévisions saisonnières ne restent que cela : des prévisions. Au cours de l’hiver 2011-2012, par exemple, explique-t-il, il y a eu un phénomène La Niña modéré, ce qui aurait normalement dû se traduire par des températures plus froides que d’habitude. Or, le Canada a en réalité connu l’un de ses hivers les plus chauds jamais enregistrés, un événement que n’avait prédit aucune prévision saisonnière.
« C’est pourquoi nous les exprimons en termes de probabilités. En général, la situation liée à El Niño-oscillation australe et les prévisions saisonnières qui s’y rapportent vous donneront une bonne idée des conditions à venir. Mais il arrive parfois que la nature nous réserve des surprises. Et il faut toujours garder cela à l’esprit au moment de prendre des décisions. »
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