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Comment une langue autochtone gravement menacée peut être sauvée
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L’air hivernal dans les villes canadiennes peut sembler frais et limpide comparé aux journées brumeuses de l’été. Mais les impressions sont trompeuses. De nouvelles recherches montrent que, outre le froid qu’elles apportent, ces brises glaciales transportent dans les poumons de chaque citadin un cocktail saisonnier d’émissions gazeuses et de particules provenant des poêles à bois, des cheminées, des chaudières, des saleuses, des gaz d’échappement des véhicules et d’autres sources liées au froid. À Toronto du moins, ce puissant mélange de polluants peut rivaliser avec les jours où la qualité de l’air est la plus mauvaise en été.
« Vers 2013, les valeurs de la Cote air santé enregistrées en hiver [à Toronto] ont commencé à être égales, voire supérieures, à celles observées en été, » explique Elisabeth Galarneau, scientifique à Environnement et Changement climatique Canada.
Cette conclusion n’est qu’un des résultats d’une vaste étude sur la qualité de l’air en hiver à Toronto, dirigée par Mme Galarneau, à laquelle ont participé plus de 100 experts scientifiques et techniques. Baptisé SWAPIT (acronyme de « Study of Winter Air Pollution in Toronto », étude de la pollution atmosphérique hivernale à Toronto (EPAHT)), ce projet a permis de recueillir ses données principales au cours d’une période intensive de six semaines, de janvier à mars 2024. Au cours de cette période, des stations de surveillance de la qualité de l’air situées à 13 emplacements fixes ont recueilli des mesures provenant d’instruments fixes ou installés sur des véhicules et des remorques d’échantillonnage mobiles.
« Aucune étude n’a jamais porté sur un éventail de polluants atmosphériques aussi large que celle-ci », déclare Mme Galarneau.
Les résultats, dont la compilation est toujours en cours, apportent non seulement un éclairage nouveau sur les niveaux de pollution à l’échelle de la ville en hiver, une période de l’année traditionnellement peu étudiée, mais ils montrent également comment l’exposition à certains éléments présents dans l’air hivernal — tels que la suie, les particules provenant des pneus et les composés organiques volatils (COV), ainsi que les substances toxiques issues de réactions chimiques entre ces éléments — varie d’un quartier à l’autre.
Cette diversité, note Mme Galarneau, peut avoir des conséquences importantes pour la santé urbaine et la justice environnementale. « Il existe certains polluants auxquels les femmes en âge de procréer sont plus sensibles, ou auxquels les personnes âgées sont plus sensibles… et les villes sont un foyer de ce type de diversité », explique-t-elle.
Cette vaste étude comprenait également des dizaines de sous-projets. Certains se penchent sur les effets secondaires de la pollution, tandis que d’autres mettent en application ces résultats pour améliorer les outils et les modèles de recherche. Parmi les exemples d’utilisation de ces données, on peut citer un projet qui examine comment la pollution atmosphérique s’infiltrant dans les eaux de surface peut affecter la faune urbaine, ou encore un autre qui aidera les chercheurs à affiner les outils satellitaires servant à mesurer les concentrations de gaz à l’état de traces dans l’atmosphère.
« Aucune étude n’a jamais porté sur un éventail de polluants atmosphériques aussi large que celle-ci ».
BIEN QUE LA DÉCOUVERTE elon laquelle les valeurs de la Cote air santé en hiver sont désormais égales ou supérieures à celles de l’été soit récente, cette étude, dont l’idée a été évoquée pour la première fois en 2018, trouve son origine dans le constat, fait que certains polluants atmosphériques clés, tels que l’ozone au niveau du sol, n’ont pas diminué comme prévu au fil du temps.
Selon Mme Galarneau, l’ozone au sol n’est pas émis directement, mais se forme à la suite de réactions chimiques entre d’autres polluants (principalement les oxydes d’azote issus de la combustion de combustibles fossiles et les composés organiques volatils présents dans les gaz d’échappement ainsi que ceux émis par les activités industrielles et les produits commerciaux et chimiques tels que les peintures et les produits d’entretien). « Nous pensons qu’il y a en fait eu un changement dans la composition des polluants qui créent l’ozone, explique-t-elle. Et si vous modifiez cette composition, vous modifiez les réactions chimiques qui se produisent. » Par conséquent, on n’a pas observé « la tendance à la baisse marquée que nous aurions pu espérer voir ».
Parmi les autres polluants préoccupants, on peut citer certaines traces de métaux ainsi qu’une catégorie de substances chimiques appelées hydrocarbures aromatiques polycycliques, qui sont des sous-produits de la combustion des carburants fossiles.
Pour recueillir les mesures de la qualité de l’air, l’équipe de recherche a collecté des données dans six stations nationales existantes de surveillance de la pollution atmosphérique et deux stations universitaires de la ville. Elle a installé des équipements de surveillance supplémentaires dans une station de l’aéroport Pearson de Toronto, ainsi que ce que Mme Galarneau qualifie de « suite d’instruments très sophistiquée répartie dans plusieurs remorques » sur trois autres sites au sol situés à High Park, à Evergreen Brick Works et sur le campus de l’Université de Toronto à Scarborough. Elle a également installé des capteurs sur le flanc de la Tour CN et sur le toit de sa plate-forme d’observation, à 350 mètres au-dessus de la ville. « Nous cherchions vraiment à compléter la carte. Et aussi à obtenir des informations verticales », explique-t-elle.
Selon Galarneau, les trois stations équipées de matériel sophistiqué ont été conçues pour compléter les données de routine recueillies sur les sites permanents par des mesures de précision scientifique. L’un des outils utilisés, un spectromètre de masse à ionisation chimique, détecte en temps réel une longue liste de COV producteurs d’ozone. « À High Park, nous pouvions littéralement voir quand quelqu’un passait, car nous détections les signaux de son déodorant, de son savon et de son shampoing », explique Galarneau. « Chacun de ces composés contribue différemment à la formation d’ozone. »
BON NOMBRE DES RÉSULTATS des projets de recherche ne seront disponibles qu’après leur publication dans des revues à comité de lecture. Galarneau prépare toutefois un rapport de synthèse qu’elle prévoit de publier cet automne. D’ici là, elle peut en dévoiler quelques points saillants.
L’une des études animales, par exemple, portait sur la grenouille léopard du Nord, une espèce indigène qui se reproduit dans les mares d’eau de fonte printanière. Afin d’observer comment la pollution atmosphérique, piégée par les précipitations, s’infiltre dans les eaux de surface et affecte les espèces locales, les chercheurs ont prélevé de la neige sur différents sites d’étude, exposé des embryons de grenouille à ces échantillons en laboratoire et comparé leur expression génétique à celle d’embryons témoins. Ils ont constaté des modifications significatives de l’expression génétique des embryons exposés à l’eau de fonte provenant des sites les plus pollués. « En résumé, le problème ne se limite pas à la pollution de l’air que l’on inhale ; elle circule dans tout l’écosystème », explique-t-elle.
Nous sommes habitués à nous préoccuper de la pollution émise par les pots d’échappement des voitures, mais une autre étude risque d’amplifier les inquiétudes concernant la pollution causées par l’usure des pneus. Lorsque les pneus roulent sur la chaussée, ils libèrent de minuscules particules en suspension dans l’air. Ces particules d’usure sont reconnues comme l’une des principales catégories de pollution par les microplastiques.
« Nous les mesurons dans le cadre de ce que nous appelons les plastiques en général », explique Galarneau. Aux points de mesure situés près de l’autoroute 401, les plastiques ont atteint les niveaux les plus élevés, les particules d’usure des pneus représentant la majeure partie des plastiques mesurés. Dans d’autres quartiers de la ville, ce sont les fibres textiles qui prédominaient.
Un autre point important pour Galarneau et ses collègues est que ces données leur permettront d’améliorer les modèles existants qui représentent et prévoient le déplacement des substances chimiques en suspension dans l’air, à l’instar des modèles météorologiques qui prévoient les variations de pression et les précipitations. Les modèles actuels ont une résolution grossière de 2,5 kilomètres. Or, en ville, explique-t-elle, les conditions changent à une échelle beaucoup plus fine.
« Se déplacer de 2,5 kilomètres en ville peut vous amener dans un environnement très différent. Vous pourriez être dans un parc ou au bord de l’autoroute 401. » En intégrant les nombreuses données de l’étude, l’objectif est de réduire la résolution du modèle à 250 mètres.
Elle souligne que cette collecte et cette modélisation ne se limitent pas à satisfaire la simple curiosité scientifique. Elles ont des implications et des avantages concrets en matière de politiques publiques. « Nous utilisons ces modèles pour tester différents scénarios politiques », explique Galarneau. « Si un décideur politique souhaite réduire les émissions d’une source particulière, nous utilisons ces modèles pour déterminer l’impact de cette mesure et son impact sur la qualité de l’air. Nous voulons que cette modélisation soit précise afin de pouvoir établir des prévisions fiables et crédibles et d’éclairer les politiques que le gouvernement envisage de mettre en œuvre. »
Cet article a été réalisé en partenariat avec Environnement et Changement climatique Canada.
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