Environment

Des grandes attentes pour les Grands Lacs

Plus de cinquante ans après sa signature, l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs, traité historique, continue de régir l’importante collaboration entre le Canada et les États-Unis visant à rétablir la santé des Grands Lacs

  • May 29, 2026
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Depuis les rives du lac Ontario à Kingston, en Ontario, on aperçoit les éoliennes de Wolfe Island. (Photo : Teague Chrustie/Can Geo Photo Club)
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Lors de l’inauguration de la Voie maritime du Saint-Laurent en 1959 – qui remplaçait un ancien réseau disparate d’écluses et de canaux moins profonds – une nouvelle ère s’est ouverte pour la navigation et la croissance économique dans le bassin des Grands Lacs. Mais parallèlement à l’arrivée de navires plus imposants et à l’expansion du commerce, cette nouvelle voie maritime a également ouvert la voie à une vague croissante d’espèces biologiques envahissantes. Un demi-siècle plus tard, en 2023, quelque 190 espèces aquatiques non indigènes s’étaient établies dans les Grands Lacs, incluant 78 espèces dites envahissantes, dont la présence nuit aux espèces indigènes et aux écosystèmes originaux.

Le coucher de soleil baigne les chutes du Niagara d’une lueur rose. Les chutes s’étendent de part et d’autre de la frontière entre l’Ontario et l’État américain de New York. (Photo : Kat Goldwarg/Can Geo Photo Club)
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Mais il y a aussi des nouvelles encourageantes. Entre 2014 et 2023, seules quatre nouvelles espèces aquatiques non indigènes se sont établies – ce qui représente le taux d’introduction le plus bas depuis l’ouverture de la voie maritime. « C’est une très grande victoire, » déclare Jacob Orlandi, responsable des sciences physiques à l’Agence canadienne de l’eau, une agence du gouvernement fédéral.

Ces grandes avancées ne constituent qu’un des nombreux aspects (qui ne sont pas tous aussi positifs) du rapport « État des Grands Lacs 2025 »,  une évaluation approfondie de la santé globale de l’écosystème des Grands Lacs publiée en janvier dernier. Publié tous les trois ans par l’Agence canadienne de l’eau et l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), ce rapport évalue les efforts de collaboration des deux pays visant à restaurer et à protéger la qualité de l’eau et la santé des écosystèmes des Grands Lacs, conformément à l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs. Signé pour la première fois en 1972 et modifié pour la dernière fois en 2012, cet accord reste un modèle remarquable de coopération multinationale.

Au total, les Grands Lacs contiennent 20 % des réserves mondiales d’eau douce de surface et constituent une source d’eau potable pour plus de 30 millions de personnes vivant dans le bassin hydrographique. Cela dit, seulement 1 % des eaux des Grands Lacs est renouvelé chaque année par les précipitations, les eaux souterraines et le ruissellement. 

L’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs est une réponse aux dommages causés par la pollution industrielle, le ruissellement des nutriments, l’artificialisation des rives, les espèces envahissantes et les changements climatiques — des dommages qui mettent également en péril la santé humaine et les retombées socio-économiques essentielles que procurent les lacs.

S’APPUYANT SUR LES CONTRIBUTIONS de plus de 200 experts, le rapport 2025 évalue la santé des lacs à l’aide d’un ensemble de neuf indicateurs écosystémiques, en notant leur état (Bon, Passable, Médiocre) et leur évolution (S’améliore, Inchangé, Se détériore, Aucune tendance). 

Trois indicateurs ont obtenu la note « Bon » : l’Eau potable, les Plages et les Eaux souterraines. 

L’indicateur relatif aux Espèces envahissantes a obtenu la note « Bon » pour la Prévention, mais « Médiocre » pour les Impacts. L’indicateur relatif aux Nutriments et aux algues a été jugé « Médiocre » à « Passable », tandis que les quatre autres indicateurs — Consommation de poisson, Produits chimiques toxiques, Habitat et espèces, et Impacts sur les bassins versants — ont été notés « Passables ». Le seul indicateur présentant une tendance à l’amélioration était celui de la Consommation de poisson, une évolution positive qui indique une diminution des produits chimiques toxiques dans les poissons des Grands Lacs, ce qui signifie qu’il est plus sûr pour les gens de les pêcher et de les consommer.

Vue sur Toronto depuis le lac Ontario. Dans le rapport « State of the Great Lakes 2025 », l’état de santé du lac Ontario a été jugé « passable ». (Photo : Clément Tavernier/Can Geo Photo Club)
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Étant donné que les facteurs de stress et les conditions varient à travers le bassin des Grands Lacs, les cinq lacs sont également évalués individuellement selon les mêmes critères. Parmi ceux-ci, seul le lac Supérieur a obtenu la note « Bon », tandis que le lac Huron a été jugé « Passable à Bon », des évaluations qui correspondent aux pressions démographiques moins importantes exercées sur ces deux lacs. Les lacs Michigan et Ontario, quant à eux, ont été jugés « Passables », tandis que l’état de santé du lac Érié a été jugé « Médiocre ».

« Le rapport montre notamment que les Grands Lacs restent une excellente source d’eau potable de grande qualité… mais qu’ils subissent également certaines pressions, » explique M. Orlandi, l’un des coordonnateurs et coauteurs du rapport.

Parmi les progrès notables, on peut citer la réduction des substances chimiques toxiques dans les Grands Lacs, qui a eu pour effet secondaire de réduire l’accumulation de ces substances dans les poissons que nous consommons. Au cours de la dernière décennie, les concentrations de BPC dans les poissons capturés et analysés par les chercheurs ont diminué ou sont restées stables dans tous les lacs. Il en va de même pour les concentrations de mercure. « Ces baisses peuvent être largement attribuées aux interdictions et aux éliminations progressives de substances nocives mises en place par le passé », explique M. Orlandi. En d’autres termes, les mesures prises il y a plusieurs décennies ont aujourd’hui des effets positifs.

Les efforts de conservation et de gestion des espèces ont également permis une légère augmentation des populations d’esturgeons de lac dans tous les lacs, ainsi qu’un redressement des populations de truites grises, en particulier dans le lac Supérieur, et de dorés jaunes dans le lac Érié. Par ailleurs, le nombre de nouvelles espèces aquatiques non indigènes qui se sont implantées a considérablement diminué après que le Canada (en 2006) et les États-Unis (en 2008) ont adopté des réglementations imposant le vidage en pleine mer des citernes de ballast de tous les navires transocéaniques. Auparavant, l’eau de ballast embarquée par les navires dans les ports d’eau douce d’outre-mer était souvent rejetée dans les Grands Lacs – avec toutes les espèces non indigènes qui avaient fait le voyage.

 

Signé pour la première fois en 1972 et modifié pour la dernière fois en 2012, cet accord reste un modèle remarquable de coopération multinationale.

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Il n’est donc pas surprenant que l’une des principales raisons de la note « Médiocre » attribuée au rapport concernant les Espèces envahissantes soit l’impact disproportionné de deux espèces envahissantes qui ont pénétré dans les Grands Lacs via les eaux de ballast une dizaine ou une vingtaine d’années avant l’entrée en vigueur des nouvelles réglementations. Les moules zébrées et les moules quagga se sont propagées de manière fulgurante depuis leur implantation. « Elles supplantent les espèces indigènes », explique Luca Cargnelli, coordonnateur du programme des Grands Lacs à l’Agence canadienne de l’eau. « Elles ont également modifié le fonctionnement des lacs et la manière dont les nutriments y sont utilisés. »

Contrairement à certaines espèces envahissantes, telles que la lamproie marine parasite, dont les effectifs ont été réduits grâce à un produit chimique qui tue leurs larves, les moules zébrées et quagga se sont jusqu’à présent révélées impossibles à contrôler.

Vue sur le lac Huron depuis l’île Manitoulin, en direction du continent nord-ontarien. L’état de santé du lac Huron a été jugé « passable à bon » dans le rapport « State of the Great Lakes 2025 ». (Photo : Brett Zimmerman/Can Geo Photo Club)
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On ne dispose toujours pas non plus de solutions efficaces pour les Nutriments et les algues, l’autre indicateur ayant obtenu une note allant de « Médiocre » à « Passable ». Certains lecteurs se souviennent peut-être d’une époque, dans les années 1960, où le lac Érié était considéré comme presque « mort », car d’épaisses proliférations d’algues avaient transformé l’eau en une épaisse soupe verte si hypoxique que la plupart des poissons en étaient morts. Cette prolifération d’algues était principalement alimentée par des niveaux élevés de phosphore et d’azote provenant des engrais qui se déversaient dans le lac via les eaux de ruissellement agricoles. Elle a également été l’un des catalyseurs à l’origine de l’Accord sur la qualité de l’eau des Grands Lacs.

Aujourd’hui, le lac Érié est loin d’être mort, mais les niveaux inquiétants de nutriments et d’algues persistent. L’agriculture dans le bassin versant du lac reste parmi les principaux responsables. Cependant, comme le souligne le rapport, le problème est désormais aggravé par de nouveaux facteurs : des espèces envahissantes qui ont perturbé le cycle naturel des nutriments, des tempêtes extrêmes et le réchauffement de l’eau causés par les changements climatiques.

« Des sommes importantes sont investies dans les meilleures pratiques de gestion au sein du bassin versant. Mais il faudra, je crois, de nombreuses années avant que nous commencions à constater des améliorations au niveau du lac lui-même, » souligne M. Cargnelli.

Une plus grande implication du public renforce son engagement envers les Grands Lacs tout en fournissant aux chercheurs une multitude de données qu’il serait autrement impossible de recueillir.

Humber Bay fait partie du front de mer de Toronto, au bord du lac Ontario. (Photo : Pengyuan Wang/Can Geo Photo Club)
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MÊME S’IL EST TENTANT de considérer que, dans le cadre de ce rapport, certains aspects préoccupent davantage le Canada ou les États-Unis, M. Cargnelli précise que ce n’est généralement pas le cas. « Dans différentes parties des lacs, ces problèmes peuvent varier en termes de priorité, mais ce sont les mêmes menaces qui sont présentes. »

Un passant se promène le long des rives du lac Ontario, dans le réputé parc provincial de Sandbanks, situé dans le comté de Prince Edward, en Ontario. Ce parc est renommé pour ses immenses dunes de sable mouvantes. (Photo : Sofie Sharom/Can Geo Photo Club)
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Les deux pays partenaires et d’autres collaborateurs locaux travaillent ensemble pour définir leurs plans d’action conformément à un ensemble de neuf objectifs généraux de haut niveau et aux dix annexes de l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs. Et bien que le rapport sur l’état des Grands Lacs offre un aperçu important de la situation et des tendances observées par les scientifiques, ces derniers élaborent également des Plans d’action et d’aménagement panlacustre détaillés à l’échelle de chaque lac, publiés tous les cinq ans. De plus, tous les trois ans, un rapport d’étape rend compte des activités et des réalisations binationales et nationales des deux pays. Tout cela permet au Canada et aux États-Unis de surveiller de près cet écosystème et cette ressource vitale en eau douce.

Ayant tout juste achevé l’édition 2025 du rapport sur l’état des Grands Lacs, M. Cargnelli indique que son équipe et lui-même travaillent déjà d’arrache-pied à la préparation de l’édition 2028. « Le processus s’améliore constamment et cela nous réjouit », déclare-t-il.

Il souligne qu’une source prometteuse de nouvelles données provient des 11 projets que l’Agence canadienne de l’eau soutient dans le cadre de son volet de financement consacré à la science communautaire, au titre de l’Initiative relative à l’écosystème d’eau douce des Grands Lacs. Une plus grande implication du public renforce son engagement envers les Grands Lacs tout en fournissant aux chercheurs une multitude de données qu’il serait autrement impossible de recueillir. Grâce à ces programmes, des groupes communautaires recueillent des informations dans diverses régions des Grands Lacs sur des sujets allant des niveaux de nutriments aux températures des eaux de surface, en passant par la consolidation des berges et les sources de contamination. Certains indicateurs intègrent déjà des informations issues de la science communautaire, mais la possibilité d’aller plus loin est à portée de la main. « Il existe certains indicateurs pour lesquels il y a des lacunes dans les données, et nous cherchons des moyens de les combler », explique M. Cargnelli. « Une partie de ces données issues de la science communautaire sera-t-elle intégrée au prochain cycle du rapport sur l’état des Grands Lacs ? Je n’en suis pas certain, mais nous allons essayer. »

Cet article a été réalisé en partenariat avec Environnement et Changement climatique Canada.

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