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Kahkiihtwaam ee-pee-kiiweehtataahk : faire revivre la langue
Comment une langue autochtone gravement menacée peut être sauvée
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L’escarpement du Niagara est l’élément géologique dominant du centre-sud de l’Ontario. Long affleurement linéaire composé de falaises abruptes et de pentes rocheuses pouvant atteindre plusieurs centaines de mètres de haut, il pénètre dans la province au niveau des chutes Niagara, traverse Hamilton, puis décrit un arc vers le nord-ouest en direction de Collingwood. De là, il constitue l’épine dorsale de la péninsule Bruce, séparant le lac Huron de la baie Georgienne.
Bien qu’il traverse la région la plus peuplée et la plus densément urbanisée du pays, l’escarpement est resté un ruban de verdure grâce à son relief accidenté. On y trouve certains des plus vieux arbres de l’est de l’Amérique du Nord, une multitude de cours supérieurs de rivières, ainsi qu’une biodiversité parmi les plus riches du Canada. En 1990, il a été désigné réserve mondiale de biosphère (en anglais seulement) par l’UNESCO et bénéficie d’une protection limitée en vertu du Plan d’aménagement de l’escarpement du Niagara et de la Loi sur la ceinture de verdure de la province.
Pourtant, du point de vue de la connectivité écologique, cela reste insuffisant. Au sud de la baie Georgienne, dans une zone récemment intégrée aux 23 zones prioritaires pour les corridors écologiques de Parcs Canada, la cartographie de la connectivité a révélé des possibilités « limitées » de déplacement de la faune du nord au sud au-delà des limites étroites de l’escarpement lui-même. Selon cette évaluation, la faune locale – notamment de nombreuses espèces en péril ainsi que des espèces communes telles que les ours noirs et les pékans – bénéficierait de mesures visant à « préserver la connectivité existante et à rétablir la connectivité perdue entre les aires protégées et les habitats naturels ».
Découvrez l’Escarpment Corridor Alliance (ECA). Fondée en 2022 par un groupe d’habitants de la région du sud de la baie Georgienne, dont certains ont fait leurs marques sur Bay Street, l’ECA a rapidement intensifié ses efforts pour étendre la superficie des zones protégées, tout en collaborant avec les propriétaires fonciers afin de renforcer la connectivité écologique de leurs terres.
« Plus d’espaces naturels, protégés et interconnectés pour toujours : c’est vraiment notre priorité absolue », affirme Bruce Harbinson, directeur et cofondateur de l’ECA. Mais la vision du groupe consiste également à développer l’offre d’activités récréatives et à dynamiser l’économie locale en s’appuyant sur les atouts naturels de la région. « Ce n’est pas une question où il faut choisir entre l’une ou l’autre », explique-t-il. Si nous ne protégeons pas pleinement nos terres et si nous ne misons pas davantage sur leur interconnexion, rien de tout cela ne sera possible. »
Jusqu’à présent, l’une des tâches principales a consisté à définir les limites de la « zone d’influence » de l’ECA. C’est désormais chose faite. Elle couvre une zone presque rectangulaire de 212 000 hectares qui s’étend sur environ 75 kilomètres le long de l’escarpement, du nord de Shelburne jusqu’aux environs d’Owen Sound, dont une grande partie est bordée par la rive sud de la baie Georgienne.
« Nous espérons vraiment que nos actions et certaines des méthodes que nous utilisons pourront être reproduites un peu plus haut et un peu plus bas sur l’escarpement, souligne M. Harbinson. Mais nous avons déjà beaucoup de pain sur la planche ici. »
Avant de créer l’ECA, M. Harbinson et les autres fondateurs du groupe avaient milité pendant de nombreuses années contre de nouveaux projets d’aménagement immobilier visant deux sites stratégiques de l’escarpement : une vaste propriété non aménagée située au sud de la station de Blue Mountain, appelée Castle Glen, et l’ancienne station de ski Talisman, qui a fermé ses portes en 2011.
En 2021, lorsque le propriétaire de Castle Glen a vendu le site à un promoteur immobilier de la région de Toronto, faisant craindre le début imminent des travaux de construction d’un mégaprojet résidentiel et commercial comprenant des maisons, un hôtel et des parcours de golf, le groupe a adopté une nouvelle approche. « Nous nous sommes réunis et avons repensé notre plan, explique M. Harbinson. Très rapidement, nous sommes passés d’une approche centrée sur une propriété en particulier à ce concept de corridor. À l’époque, nous n’avions littéralement aucune idée de l’existence du mouvement mondial en faveur de la création de corridors écologiques. Notre intuition nous disait simplement que c’était la chose à faire à ce moment-là. »
Des recherches approfondies et des échanges avec d’autres acteurs du milieu de la conservation leur ont confirmé qu’ils étaient sur la bonne voie. Ils ont également eu la sagesse de comprendre qu’ils devaient étayer leur intuition par des données scientifiques. Jarvis Strong, directeur général de l’ECA, qui s’est joint au groupe en 2023, se remémore les étapes qui ont suivi. « Nous avons organisé une collecte de fonds afin de recruter des scientifiques chargés de mener des travaux de terrain, des recherches environnementales et des études géospatiales pour examiner la région de manière véritablement scientifique, en nous posant les questions suivantes : Y a-t-il quelque chose d’intéressant ici? Y a-t-il un besoin et une occasion à saisir? Existe-t-il déjà des corridors naturels qui ne sont pas protégés? Et les réponses ont été oui, oui et oui. »
Cette recherche s’est appuyée principalement sur une étude de six mois menée par Dobbin International, un cabinet international de conseil spécialisé dans la planification stratégique du développement territorial. Dobbin a adopté une approche axée sur les bassins versants. L’étude décrivait en détail les caractéristiques physiques, hydrologiques et écologiques de cinq bassins versants contigus reliés à l’extrémité sud de la baie Georgienne : la rivière Bighead, la rivière Beaver, le lac Eugenia, la rivière Mad et le littoral de la baie Georgienne. Avec un autre sous-bassin hydrologique situé le long de la rivière aux Pins, juste au sud, ces bassins forment désormais la zone d’influence de l’ECA.
L’étude de Dobbin a également permis de recenser tous les principaux points chauds écologiques au sein de ces bassins et, grâce à la modélisation des déplacements de la faune, de repérer les corridors paysagers reliant chacun d’eux. Ces « corridors potentiels de connectivité » constitueront l’un des principaux domaines d’action de l’ECA à l’avenir, selon M. Strong.
L’ECA n’est en aucun cas le premier organisme de conservation à se consacrer à la protection de la nature sur l’escarpement. En effet, de nombreuses propriétés situées dans sa zone d’influence ont déjà été acquises par la Bruce Trail Conservancy ou par l’Escarpment Biosphere Conservancy, deux fiducies foncières établies de longue date. Conservation de la nature Canada, Ontario Farmland Trust et Blue Mountain Watershed Trust sont également des organismes actifs dans la région. Alors, qu’apporte l’ECA à tout cela?
M. Harbinson et M. Strong affirment qu’ils collaborent et continueront de collaborer avec tout organisme partageant leur mission. « Le mot “Alliance”… a été soigneusement choisi, explique M. Harbinson. Nous devons apprendre les uns des autres et collaborer lorsque cela s’avère opportun. »
Pourtant, dans le même temps, ils estiment que l’ECA recèle un potentiel unique en raison de sa zone d’influence plus large, qui s’étend au-delà de l’escarpement lui-même, de l’accent particulier mis sur la partie sud de la baie Georgienne et de son orientation en tant que corridor écologique. Pour atteindre ce dernier objectif, il faut acquérir des propriétés directement, éduquer et soutenir les propriétaires fonciers privés afin qu’ils améliorent la connectivité et la biodiversité de leurs terres, et défendre l’ensemble de ces mesures auprès du gouvernement.
En revanche, des organismes tels que la Bruce Trail Conservancy et l’Escarpment Biosphere Conservancy se consacrent principalement à la conservation des terres situées sur l’escarpement ou très près de celui-ci, et interviennent sur toute sa longueur. « Je pense que nous nous complétons à merveille, » lance M. Harbinson. Par ailleurs, « aucun [des autres organismes de conservation] ne consacre à ce domaine particulier l’attention particulière que nous estimons pouvoir y apporter. Je pense que nous pouvons considérablement augmenter la superficie des aires de conservation sur ces terres à long terme… grâce à notre travail et à nos relations sur le terrain. »
Ce n’est qu’au début de 2025 que le conseil d’administration et la direction de l’ECA ont pris la décision stratégique de se transformer en fiducie foncière. Pourtant, depuis lors, le groupe a acquis une propriété et prévoit de conclure l’achat d’une deuxième d’ici cet été.
La première propriété, baptisée « Sandy’s Summit », est une terre de 10 hectares composée de forêts de feuillus matures, de falaises escarpées et de grottes anciennes. « Elle se trouve dans une région appelée Kolapore, qui est pratiquement en plein cœur de notre zone d’influence et qui est de loin la plus grande zone clé pour la biodiversité », explique M. Strong.
Témoignant de la mission de l’ECA visant à renforcer la connectivité écologique, Sandy’s Summit bénéficie d’un emplacement stratégique à proximité du parc Kolapore Uplands Resource Management Area, et est reliée au parc provincial Duncan Escarpment situé tout près. Parmi les espèces en péril répertoriées sur le site, on trouve la scolopendre d’Amérique et le pioui de l’Est. Deux petites terres humides situées au pied de l’escarpement abritent une grande diversité de plantes, d’amphibiens, de tortues et d’insectes.
À la fin de l’année dernière, l’ECA a également célébré une autre victoire lorsque le Bruce Trail Conservancy a annoncé l’acquisition de l’ancienne propriété Talisman (en anglais seulement) – un site de près de 50 hectares situé sur les pentes de la Beaver Valley, un corridor riche en biodiversité où la rivière a profondément creusé l’escarpement. Cette acquisition élimine la menace d’un projet d’aménagement à grande échelle et signifie que « les habitats fragiles et dégradés des anciennes terres Talisman seront restaurés et protégés de manière permanente » [traduction libre], selon le communiqué. Une autre phrase de ce communiqué souligne l’importance écologique de cet accord. « Les anciennes pistes de ski constituent la seule brèche dans la canopée forestière sur un tronçon de 10 kilomètres à l’ouest de la Beaver Valley, ce qui fait du reboisement une priorité absolue. » [traduction libre] Ce printemps, la Bruce Trail Conservancy a annoncé avoir finalisé un projet visant à reboiser ces versants et à démolir les bâtiments de la station fermée.
En mai, le gouvernement de l’Ontario a officiellement confirmé l’extension des limites de 20 parcs provinciaux et réserves naturelles, dont sept se trouvent dans la zone d’influence de l’ECA. Du jour au lendemain, ces changements ont permis d’étendre de 3 452 hectares la superficie des aires protégées dans le sud de la baie Georgienne. Selon M. Strong, cela représente « la plus grande extension d’une aire protégée que cette région a connue depuis des décennies ».
Même si ce projet émane du gouvernement lui-même, M. Harbinson souligne : « nous espérons avoir joué un petit rôle dans cette initiative. » Il rend également hommage à la « voix collective » de tous les organismes et de toutes les personnes qui, au fil des ans, ont fait prendre conscience à la province de l’importance de protéger le patrimoine naturel de cette région.
L’acquisition et la signature des ententes étant en cours, l’une des prochaines tâches de l’ECA consiste à consolider et à lancer un programme de mobilisation des propriétaires fonciers. Étant donné que plus de 60 % de la zone d’influence de l’ECA est constituée de terres agricoles, bon nombre de ces propriétaires fonciers seront des agriculteurs.
« L’Ontario perd en moyenne 300 acres [de terres agricoles] par jour. Ainsi, même si notre priorité est de préserver les aires de conservation, cela va de pair avec notre engagement à militer également, au fur et à mesure, pour la préservation et la connectivité des terres agricoles, explique M. Strong.
Les premières étapes de ce processus consisteront principalement à les écouter, poursuit-il, pour cerner leurs difficultés, puis à les interroger, notamment sur les mesures de conservation complémentaires qui pourraient également profiter à leur exploitation agricole. »
L’un des endroits pour lesquels ces discussions informelles prennent de l’ampleur est le long de Silver Creek, un cours d’eau important pour le frai en eau froide de la truite arc-en-ciel et du saumon quinnat, qui prend sa source sur l’escarpement et traverse Collingwood. L’ECA reçoit également les candidatures d’agriculteurs locaux pour plusieurs « micro-subventions » qu’elle prévoit d’octroyer cette année à des propriétaires fonciers situés dans des zones clés, afin de financer des expériences de plantations en layons et d’autres techniques de gestion.
« La conservation de la nature et l’agriculture peuvent être des plus complémentaires, mais elles sont parfois en contradiction, souligne M. Strong. Avoir un projet concret sur lequel travailler ensemble est vraiment le meilleur moyen de tisser des liens. »
Cet article fait partie d’une série sur les corridors écologiques, réalisée avec le soutien de Parcs Canada. Pour en savoir plus, consultez le site Droit de Passage.
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