Pour lutter efficacement contre les espèces envahissantes, il faut que toutes les parties prenantes suivent les mêmes directives, qui prévoient notamment des règles strictes concernant les matériaux de remblayage que les agriculteurs sont autorisés à utiliser, ainsi que des mesures visant à les sensibiliser à la nécessité de nettoyer leurs machines afin de réduire au minimum le risque d’introduire des espèces envahissantes lorsqu’ils pénètrent dans la réserve nationale de faune. Cependant, certaines sources de plantes envahissantes ne peuvent pas être maîtrisées aussi facilement par la communication : le nombre impressionnant d’oiseaux qui traversent la région transporte des graines au cours de leurs longs voyages.
Dans un monde où le réchauffement s’accentue, les espèces animales qui dominent le milieu marin évoluent elles aussi, ce qui peut avoir des répercussions sur les paysages. La bernache du Canada, emblématique du pays, compte désormais une importante population qui reste au Canada toute l’année au lieu de migrer vers le sud pour l’hiver. Il est difficile de croire que la population résidente de bernaches a failli disparaître dans les années 1950 en raison d’une chasse non réglementée. Les efforts de conservation, associés à des hivers plus doux, ont entraîné une explosion massive de leur nombre. L’oie n’est pas encore dominante dans le Bas-Saint-Laurent, mais elle commence à se faire remarquer, attirée par les champs de foin. Dans les terres agricoles environnantes, où l’on cultive principalement du soja et du maïs, ce sont les oies des neiges qui posent le plus de problèmes, se régalant souvent de ces cultures.
Si les oiseaux font la renommée de cette région, de nombreux mammifères y sont régulièrement observés : rats musqués, visons d’Amérique, lièvres, renards, porcs-épics, chauves-souris, marmottes et orignaux, ainsi que, parfois, des lynx. De retour sur le mont Gros Cacouna, en 2024, l’observatoire Putep’t-awt a été installé par la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk, qui gère une partie de cette formation en collaboration avec le gouvernement fédéral. Un sentier mène à ce belvédère moderne offrant une vue imprenable sur l’estuaire du Saint-Laurent. Putep ‘t-awt signifie « sentier des bélugas » en langue wolastoqey, et l’observation des baleines est un passe-temps très apprécié ici.
Si la réserve nationale de faune voyait le jour aujourd’hui, le canard noir ne serait peut-être pas sa mascotte. À mesure que le paysage s’est transformé, d’autres espèces rares sont apparues et sont devenues les emblèmes de sa conservation. Le bruant de Nelson, rare dans de nombreuses régions mais abondant dans cette zone, passe peut-être inaperçu avec son plumage discret brun et gris, mais cet oiseau discret est très apprécié des ornithologues amateurs qui le recherchent dans les hautes herbes, son habitat de prédilection. La réserve nationale de faune est devenue l’une de ses destinations printanières préférées au Québec, et l’abondance de ses effectifs est directement liée à la santé des marais qui lui servent de refuge. Le bruant de Nelson est le symbole de ce qu’il est possible de réaliser lorsque les humains s’efforcent de comprendre un lieu et de le gérer en conséquence. Il nous montre que les espaces sauvages méritent d’être protégés et, parfois, transformés, des décennies ou des siècles après qu’ils aient été soumis à notre volonté. Il nous rappelle que la gestion responsable est un processus en constante évolution sur lequel il faut continuer de bâtir. Les gazouillis virevoltants du bruant de Nelson nous rappellent que les acquis ne peuvent être considérés définitifs, de peur qu’ils ne montent en graines ou, à l’instar de la terre qui s’érode le long d’une côte, ne soient emportés par les puissantes marées.
Cet article a été réalisé en partenariat avec Environnement et Changement climatique Canada.