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Profil de courage : L’homme canadien qui a plongé de 12 mètres dans la mer pour tenter de sauver un ami

Le 8 septembre 1972, Edward Joseph Duff, 15 ans, de St. John’s, N.L., a plongé dans la mer près de Torbay dans une vaillante tentative pour sauver le vie d’un ami qui était tombé dedans. Il a réussi à plusieurs reprises à tirer à portée des rochers, mais, malheureusement, a été ramenée par les vagues à chaque fois. 

  • Aug 01, 2022
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Torbay est une petite municipalité de Terre-Neuve-et-Labrador, située dans la partie est de la péninsule d’Avalon. C’est à proximité de Torbay qu’Edward Duff a plongé dans la mer pour tenter de sauver Sharon. (Photo: Gordon McAusland/Club photo Can Geo)
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C’est le 20 juillet 1972 qu’a été remise pour la première fois une décoration canadienne pour acte de bravoure. Pour souligner le 50e anniversaire de la remise de cette décoration, Canadian Geographic s’est entretenu avec cinq personnes qui ont été décorées pour une action d’altruisme exceptionnelle. Cette série d’entretiens s’inscrit dans le cadre de Commémoration Canada, programme de Patrimoine Canada, qui vise à souligner d’importantes dates anniversaires au Canada. C’est donc l’occasion pour Canadian Geographic de revenir sur ces moments de l’histoire avec un regard parfois enthousiaste, parfois critique.

Edward Duff avait 15 ans en 1972, quand son amie Sharon est tombée à la mer. Edward Duff et Sharon étaient assis au sommet d’une falaise surplombant la mer avec un groupe d’amis d’où ils observaient les vagues s’écraser dans une grotte à flanc de falaise et se répandre à l’extérieur. Sharon est descendue pour mieux voir, mais elle a perdu pied et elle est tombée à l’eau. Selon les souvenirs d’Edward Duff, il s’est immédiatement lancé dans le vide et a touché l’eau en même temps qu’elle.

Excellent nageur, il a rapidement rejoint Sharon et l’a tirée vers la falaise. Tandis qu’ils s’agrippaient aux rochers, il a dit à Sharon que tout allait bien se passer. Les secours étaient en route. Elle allait s’en sortir. Or, par deux fois, les vagues les ont arrachés aux rochers, mais il est parvenu chaque fois à ramener Sharon en sécurité. Mais pas la troisième fois. « La troisième fois, je suis remonté, et j’ai observé les environs et scruté la surface de l’eau; elle flottait sur le ventre. » Edward Duff se souvient qu’à ce moment précis, l’eau était calme, pour la première fois de la journée. « Quand je me suis retourné, l’eau était plate », a-t-il expliqué. 

Il regrette de ne pas avoir nagé jusqu’à Sharon pour tenter de la ramener une troisième fois. « J’aurais probablement coulé, car j’étais complètement épuisé », a-t-il déclaré. De plus, l’eau n’était peut-être pas aussi calme que dans ses souvenirs. « Mon cerveau me joue peut-être des tours. Je ne sais pas. » Des amis sont venus l’aider à sortir de l’eau. Sharon, elle, ne reviendrait plus jamais. 

En 2002, la maison de Duff a été cambriolée et son étoile du courage a été volée. Vingt ans plus tard, Sean Doyle a trouvé la médaille avec un détecteur de métaux et l'a rendue. Ici, Duff pose avec la médaille le jour où elle lui a été rendue.
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La GRC a ensuite amené tout le monde au poste le plus proche pour un interrogatoire. « Ils ont pris nos dépositions et tout ça. Puis, nos parents sont venus nous chercher et nous sommes tous rentrés. Et puis, plus rien », a-t-il expliqué. Personne n’a proposé à Edward Duff et ses amis un accompagnement pour les personnes en deuil. Il n’y avait aucun psychologue disponible pour les aider à surmonter leur traumatisme. Après tout, c’était les années 1970. Il n’était pas parvenu à sauver Sharon et personne n’était là pour le sauver lui non plus. « Je me suis simplement replié sur moi-même, a-t-il confié. J’ai gardé ça pour moi. » Il a gardé ça pour lui pendant la majorité des 50 dernières années, ne se contentant de raconter son histoire qu’une vingtaine de fois. Le souvenir de cette journée l’émeut encore vivement.

Il a été décoré de l’Étoile du courage l’été suivant. Normalement, le gouverneur général est la personne qui remet ces médailles aux récipiendaires, mais comme la reine Elizabeth II était en visite au Canada au mois de juillet cette année-là, elle a remis elle-même les décorations en personne. Edward Duff est donc devenu le premier Canadien à recevoir une médaille des mains de la Reine elle-même. Ses parents et sa grand-mère étaient ravis d’avoir la chance de rencontrer la Reine. « Je me sentais un peu fier qu’ils puissent rencontrer la Reine grâce à ce que j’avais fait », a-t-il expliqué. 

Il ne partageait toutefois pas l’enthousiasme de sa famille. Selon lui, la cérémonie « a braqué les projecteurs sur l’événement, et sur le fait que les choses ne s’étaient pas passées comme je le voulais. Si les choses s’étaient passées différemment, je suis sûr que je me serais senti autrement. » Malgré la reconnaissance associée à cette distinction, la médaille ne représentait pas grand-chose pour lui.

Jusqu’à ce qu’on la lui vole. 

Rideau Hall a remplacé la médaille perdue de Duff il y a quelques décennies, il a donc maintenant la copie et l'original. Il dit qu'il transmettra les médailles à chacun de ses deux enfants.
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Un gros plan sur la médaille incrustée de terre de Duff après qu'elle a été découverte par un homme avec un détecteur de métaux.
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En 2002, en rentrant chez eux après une nuitée à l’extérieur, Edward Duff et sa femme ont constaté qu’ils avaient été cambriolés. Parmi les objets de valeur dérobés, les voleurs s’étaient emparés de son Étoile du courage. « C’était comme un coup de pied dans le ventre », a-t-il dit. Avec sa femme, ils venaient d’avoir leur premier enfant, une fille, à qui il espérait donner sa médaille un jour. Rideau Hall lui a envoyé une copie de la médaille, au dos de laquelle était gravé un R, ce qui indiquait qu’il s’agissait d’une médaille de remplacement. 

Puis, 20 ans plus tard, Edward Duff a reçu un appel téléphonique. Un homme de St. John’s avait trouvé son Étoile du courage lors d’une promenade avec un détecteur de métal. Il avait publié dans le groupe Facebook « Diggin the Rock Metal Detecting » une photo de la médaille incrustée de saleté portant l’inscription « E. J. Duff 1972 » clairement lisible. La nièce d’Edward Duff avait vu la publication et téléphoné à son oncle. « On entend souvent les gens dire que leurs jambes ont cédé, a-t-il expliqué. C’est exactement ce qui m’est arrivé. Je me suis effondré en boule par terre. »

Près d’un demi-siècle après que la reine Elizabeth II ait épinglé l’Étoile du courage au revers de la veste d’Edward Duff, alors adolescent, et vingt ans après que sa médaille ait disparu dans un cambriolage, elle lui était finalement revenue. Edward Duff est aujourd’hui père de deux filles. L’une d’elles recevra la médaille retrouvée et l’autre recevra la médaille de remplacement. « Je serai heureux qu’elles leur appartiennent un jour, a-t-il dit. Elles en seront fières, je l’espère, un jour. »

Mais de temps en temps, il pense à une autre fille, Sharon, et à cette journée sur les rochers. Ce souvenir le fait encore trembler, 50 ans plus tard. « De toute évidence, c’est quelque chose qui ne m’affligera pas moins au fil du temps. »  

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