People & Culture

Profil de courage : La Canadienne qui a risqué sa vie pour sauver des personnes ensevelies dans les décombres d’une école effondrée

Marie-Claude Élie a reçu une décoration canadienne pour acte de bravoure après avoir apporté des soins médicaux à des dizaines de personnes coincées sous les décombres d’une école qui s’était effondrée à la suite d’un séisme à Port-au-Prince, à Haïti, le 8 novembre 2008.

  • Jul 20, 2022
  • 1,179 words
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Le Collège Promesse Évangélique s’est effondré le 8 novembre 2008 à Haïti. Plus d’une dizaine de personnes ont été tuées. (Photo: Thony Belizaire/AFP par Getty Images)
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C’est le 20 juillet 1972 qu’a été remise pour la première fois une décoration canadienne pour acte de bravoure. Pour souligner le 50e anniversaire de la remise de cette décoration, Canadian Geographic s’est entretenu avec cinq personnes ayant été décorées pour un acte d’altruisme exceptionnel. Cette série d’entretiens s’inscrit dans le cadre de Commémoration Canada, programme de Patrimoine Canada, qui vise à souligner d’importantes dates anniversaires au Canada. C’est donc l’occasion pour Canadian Geographic de revenir sur ces moments de l’histoire avec un regard parfois enthousiaste, parfois critique.

L’école s’est effondrée le 8 novembre 2008, soit le dernier jour que Marie-Claude Élie devait passer à Haïti. L’infirmière de la Croix-Rouge, qui habitait à Laval, au Québec, terminait un séjour d’un mois à Port-au-Prince. C’est pendant qu’elle se détendait à son hôtel de Port-au-Prince, en écoutant les chansons de Luc Merville, avec ses écouteurs, au bord de la piscine aménagée sur le toit de l’édifice, qu’elle a vu le panache de poussière s’élever de l’école qui venait de s’effondrer. Elle a regardé sa montre. Il était 9 h 30, un vendredi, et elle se doutait donc que l’école était pleine d’élèves. 

Elle a rapidement enfilé son t-shirt de la Croix-Rouge, mis ses bottes de caoutchouc et téléphoné au siège de la Croix-Rouge pour qu’on la conduise vers le lieu du sinistre. « Je voulais faire quelque chose, a-t-elle relaté. Je ne pouvais tout simplement pas rester à l’hôtel à me reposer devant ce qui se passait. »

En route entre son hôtel et l’école, elle et deux collègues se sont arrêtées pour charger leur camion de bouteilles d’eau à distribuer aux victimes et aux secouristes. La route vers le lieu du désastre était barrée par des hordes d’Haïtiens occupant les rues. « C’était la panique, s’est-elle souvenue. Des gens couraient dans tous les sens. Ils criaient : ‘Mes enfants, mes enfants!’ C’était le chaos. » 

Elle a alors agrippé sa trousse de secours, quitté la jeep et couru vers l’école, en laissant les bouteilles d’eau derrière elle.

L’étage de l’école s’était effondré, écrasant les élèves et les enseignants présents au rez-de-chaussée et au sous-sol. Elle s’est précipitée vers les escaliers du sous-sol. Elle savait que le sauvetage des survivants du niveau inférieur constituait la priorité. Elle se souvient d’avoir traversé une pièce pleine de souliers d’enfants, tous bien alignés en paires; ceux des enfants coincés sous les décombres.

Son Excellence le très honorable David Johnston, gouverneur général du Canada, a remis la Médaille de la bravoure (M.B.) à Marie-Claude Élie le 8 février 2011, à la Citadelle de Québec. Photo : Sgt Serge Gouin, Rideau Hall, Bureau du secrétaire du gouverneur général (BSGG) / GG2011-0053-017.
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Presque immédiatement, elle a trouvé une fille de 10 ans dont les jambes étaient écrasées par deux lourdes poutres d’acier. « Elle criait, a-t-elle dit. Elle souffrait, sans aucun doute. Je voulais éviter qu’elle tombe en état de choc. » Incapable de savoir si une artère de sa jambe avait été sectionnée, elle a branché une perfusion à son sac, juste au cas. « Elle était si courageuse, a dit Marie-Claude Élie. Elle m’aidait en tenant la perfusion. » Quand une équipe de sauveteurs brésiliens est arrivée pour tenter d’extraire la petite fille des décombres, Marie-Claude Élie est partie à la recherche d’autres victimes à aider. « Elle ne voulait pas que je parte. Elle m’a dit : ‘Reste, s’il te plaît.’ Je lui ai répondu : ‘Je dois y aller. Quelqu’un d’autre va prendre soin de toi.’  » 

Plus profondément dans le sous-sol, Marie-Claude Élie s’est retrouvée devant une scène horrible : trois jeunes garçons étaient coincés entre le toit effondré et le corps d’un de leurs camarades de classe. Les garçons étaient coincés d’une manière ne permettant qu’une seule option pour les libérer : il fallait démembrer le corps du quatrième garçon. Tandis que les sauveteurs brésiliens discutaient de cette effroyable tâche, Marie-Claude Élie pouvait entendre d’autres sauveteurs dégager des décombres à l’étage supérieur. Elle craignait que leurs efforts, quoique bien intentionnés, risquent de causer d’autres effondrements. Elle s’est empressée de monter à l’étage pour implorer les travailleurs de cesser de dégager les décombres jusqu’à ce que les survivants du niveau inférieur soient secourus. 

Médaille de la bravoure (MB). Photo : Sgt Johanie Maheu, Rideau Hall, BSGG / GG05-2017-0400-022.
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Elle a ensuite participé à l’installation d’un système de tuyauterie pour acheminer de l’eau aux garçons coincés dans les débris. Elle n’a jamais su si ces garçons ont pu être sauvés ou s’ils sont morts comme leurs camarades de classe.  

Dehors, la foule gênait le travail des sauveteurs. Marie-Claude Élie a donc tenté de convaincre les policiers et les soldats de contrôler la foule. À un moment dans la journée, le président d’Haïti, René Préval, est venu constater l’ampleur du désastre. Marie-Claude Élie s’est précipitée vers lui, lui a serré la main, puis l’a supplié de faire dresser des barricades autour du site. « Il a dit : ‘OK, on va le faire. On va le faire’, a-t-elle dit. Puis, il est parti. » Elle ne sait pas s’il a suivi ses conseils.

Au cours des jours qui ont suivi, les images des jeunes garçons coincés, de cette brave petite fille et des rangées de petits souliers l’ont hantée. Mais son expérience de travailleuse médicale humanitaire lui a permis de surmonter le traumatisme et la désolation dont elle avait été témoin. « Je suis infirmière. Ma réaction est de tourner la page. Je suis capable de le faire, a-t-elle expliqué. Cela ne m’a pas traumatisée, car on ne peut pas être traumatisé chaque fois qu’on voit une pareille chose. »   

Plus de 80 personnes sont mortes lors de cette tragédie. Elle ne sait pas combien d’autres seraient mortes sans ses efforts, mais elle ne se considère pas comme une héroïne. « Au bout du compte, j’avais l’impression de n’avoir rien fait, a-t-elle dit. Mais j’ai fait des choses, certainement. J’ai fait une petite différence. »

Marie-Claude Élie a mentionné que recevoir la Médaille de la bravoure lui paraissait étrange, car elle ne suivait que son impulsion. « C’était naturel, a-t-elle expliqué. Je dois aider. C’est tout. Je suis comme ça. » Elle n’a pas fait preuve de bravoure lors de cette horrible journée à Port-au-Prince. Elle n’était qu’elle-même.

Le 8 novembre 2008, Marie-Claude Élie a risqué sa vie pour apporter de l’aide médicale à des dizaines de gens coincés sous les débris d’une école effondrée, à Port-au-Prince, en Haïti. Mme Élie, qui œuvrait en Haïti comme infirmière au service de la Croix-Rouge canadienne, a entendu des sirènes par la fenêtre de sa chambre d’hôtel et s’est précipitée à l’extérieur pour voir ce qui se passait. Une école primaire de trois étages accueillant plus de 200 enfants venait de s’écrouler, recouvrant le quartier d’un nuage de fumée et de poussière. Accompagnée par certains de ses collègues, Mme Élie s’est rendue jusqu’à l’école, où un grand nombre d’enfants et d’adultes étaient ensevelis sous les décombres, criant à l’aide. Malgré le climat de panique générale, Mme Élie est restée pendant plus de quatre heures sous une structure instable pour aider les médecins à soigner les blessés. Des débris et des pierres tombaient constamment autour d’eux pendant que les équipes de secours tentaient de repérer et d’aider les personnes coincées sous les couches supérieures de gravats. Mme Élie a alors fabriqué un système de tubes permettant d’alimenter en eau les gens emprisonnés dans les ruines.  Grâce à son courage et à sa détermination, de nombreux Haïtiens ont eu la vie sauve. 

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