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Le défi du changement climatique pour la patinoire du canal Rideau

La science, l’ingénierie et un froid constant sont autant de facteurs qui permettent à la plus grande patinoire du monde d’accueillir les patineurs chaque hiver

  • Published Jan 06, 2026
  • Updated Apr 14
  • 1,027 words
  • 5 minutes
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Avec ses 7,8 kilomètres de long, la patinoire du canal Rideau est la plus grande patinoire au monde, selon la Commission de la capitale nationale. (Photo: Ben Nguyen)
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Le 24 février 2023, une publication de la Commission de la capitale nationale (CCN) sur les réseaux sociaux a fait prendre conscience aux habitants d’Ottawa des réalités du changement climatique.

« Nous ne pourrons pas ouvrir la patinoire du canal Rideau cet hiver », pouvait-on lire dans le message publié sur X. En raison de températures inhabituellement douces et d’importantes chutes de neige, l’eau du canal n’a jamais gelé jusqu’à atteindre l’épaisseur de 30 centimètres nécessaire pour supporter le matériel d’entretien et les foules de patineurs. « Malgré tous nos efforts, poursuivait le message, les conditions météorologiques ont eu raison de nous pour la première fois de notre histoire. »

La CCN – une société d’État chargée de la gestion de nombreux sites publics importants d’Ottawa-Gatineau – faisait face depuis déjà un demi-siècle aux caprices de l’hiver dans la capitale. C’est en janvier 1971 que la Commission a ouvert pour la première fois aux patineurs une partie du canal spécialement aménagée à cet effet.

Vue sur la patinoire du canal Rideau depuis la passerelle Flora à Ottawa. (Photo : Charlie Woolf/Can Geo)
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Aujourd’hui, la patinoire – la plus grande au monde, selon la CCN – s’étend sur 7,8 kilomètres à travers le centre d’Ottawa, du Centre national des Arts à l’Université Carleton. D’une superficie équivalente à 90 patinoires de hockey aux dimensions olympiques, elle attire chaque année des centaines de milliers de visiteurs, de son ouverture habituelle à la mi-janvier jusqu’à sa fermeture début mars.

La fermeture complète de la patinoire en 2023 a donc causé tout un émoi. Les médias du monde entier, de la chaîne CNN à l’Agence France-Presse, ont relayé l’information. Mais personne n’a ressenti cette perte aussi vivement que les habitants d’Ottawa.

« Vous êtes déçus. Nous sommes déçus. Bruce est déçu », concluait le message publié par la CCN sur X.

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« Bruce », c’est Bruce Devine, responsable des installations et des programmes à la CCN. « Je n’aurais jamais pensé être le premier responsable à vivre ça », dit-il aujourd’hui avec un petit rire amer.

Nous discutons au bord du canal boueux par une journée grise de novembre. Chaque automne, le niveau d’eau du canal est abaissé pour permettre les travaux d’entretien, puis la section réservée à la patinoire est partiellement remplie en vue de la saison de patinage.

Nous recevons aujourd’hui Shawn Kenny, professeur d’ingénierie à l’Université Carleton. Cet expert en mécanique des glaces est l’un des deux responsables d’un projet de recherche d’une durée de quatre ans et d’un montant de 409 000 $, destiné à aider la CCN à entretenir la patinoire face au changement climatique. La situation évolue rapidement : entre 2005 et 2021, la durée moyenne de la saison de patinage sur le canal est passée d’environ 61 à 46 jours.

Kenny et ses collègues ont lancé le projet en 2022 en recueillant des données de référence sur les précipitations, la vitesse et la direction du vent, la température et le rayonnement solaire. À partir de ces informations, ils mettent au point des modèles permettant de prévoir la formation de glace.

Outre l’étude des liens entre la qualité de l’eau et la formation de glace, les chercheurs de Carleton testeront différentes méthodes de gestion de la neige. L’utilisation de canons à neige en début de saison pourrait, par exemple, accélérer le processus de formation de la glace, tandis que le retrait de la couche de neige isolante une fois que la glace a atteint une certaine épaisseur permettrait aux températures froides de pénétrer plus efficacement.

Keith Etsell profite d’une balade en patins sur la patinoire du canal Rideau, près de la passerelle Flora, dans le centre-ville d’Ottawa. (Photo : Charlie Woolf/Can Geo)
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L’équipe a également mis au point des prototypes de robots légers (« snow bots ») destinés à déblayer la neige sur une couche de glace fine. La neige empêche la formation de glace, car les poches d’air présentes dans la neige légèrement tassée agissent comme un isolant. Au cours de la saison catastrophique de 2023, l’alternance de pluie et de neige a formé des couches d’eau isolantes sous la glace de la patinoire. « Elle avait l’épaisseur nécessaire, mais elle était tellement molle qu’on ne pouvait pas s’appuyer dessus », explique M. Devine.

D’autres volets du projet de recherche consistent à cartographier l’épaisseur de la glace sur toute la longueur de la patinoire et à évaluer l’impact des égouts pluviaux situés à proximité du canal, car les eaux pluviales sont généralement plus chaudes que l’eau du canal et contiennent du sel de déneigement dissous – deux facteurs qui ralentissent la formation de la glace.

Même si le projet de recherche doit s’achever cette année, Kenny espère que ses étudiants continueront à collecter des données sur le canal pendant encore longtemps. Comme il le souligne, la proximité du campus de Carleton avec le canal en fait un endroit idéal pour permettre aux étudiants d’acquérir une expérience pratique.

Le changement climatique n’est pas un processus strictement linéaire; par conséquent, les conditions le long de la patinoire continuent de varier. Au cours de l’hiver 2024-2025, deux ans seulement après que la patinoire n’ait pas pu ouvrir, les températures glaciales et les faibles chutes de neige ont permis d’avoir une saison de patinage de 52 jours. Cet hiver-là, plus de 1,1 million de personnes ont pris d’assaut un canal dont la glace était, selon Kenny, « parfaite ».

L’une d’entre elles était Imee Plurad, qui s’est rendue pour la première fois à Ottawa en 2019 et a été captivée par le spectacle inhabituel des patineurs glissant sur le canal gelé. « Je me suis dit : Oh, un jour, je parcourrai tout ce trajet à patins. »

L’année suivante, elle s’est installée dans la capitale. Comme elle n’avait pas appris à patiner pendant son enfance aux Philippines, elle a appris les bases toute seule sur les patinoires municipales, en faisant quelques chutes. « Je me suis blessée très souvent!, dit-elle aujourd’hui en riant. Mais ça ne m’a pas arrêté. »

En 2025, elle a enfin parcouru à patins toute la longueur du canal, aller-retour. Cela lui a pris trois heures par une journée glaciale et venteuse. « Mais j’ai apprécié cette expérience, et je suis très fière de moi », déclare cette aide-soignante de 42 ans. À la fin de son voyage, elle a aperçu le drapeau canadien flottant au sommet de la Tour de la Paix sur la Colline du Parlement et a fondu en larmes de joie.

Cette saison, alors que la patinoire ouvre ses portes plus tôt que d’habitude et que les habitants d’Ottawa envahissent la glace, la CCN espère créer des souvenirs comme ceux de Mme Plurad pour les décennies à venir.

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