Pourtant, les résultats ne sont pas toujours ceux auxquels on s’attend. « Cet hiver, j’ai vraiment eu l’impression que le froid ne s’arrêterait jamais, déclare Mme Kirchmeier-Young, qui vit à Toronto. On avait l’impression d’avoir connu beaucoup de vagues de grand froid. » Mais le système d’attribution des phénomènes n’est pas de cet avis : aucune des vagues de froid survenues en Ontario ou au Québec durant l’hiver 2025-2026 n’a même atteint le seuil requis pour être qualifiée d’« extrême » par rapport aux conditions météorologiques habituelles des trois dernières décennies. Nos souvenirs des conditions météorologiques que nous avons connues par le passé sont sujets à erreur – ce qui constitue une raison supplémentaire pour laquelle il est si utile de quantifier objectivement le caractère exceptionnel des phénomènes météorologiques extrêmes.
De manière plus générale, le lien entre le changement climatique et les phénomènes météorologiques extrêmes n’est pas toujours aussi évident que le laisse entendre ce modèle simplifié. Certains scientifiques estiment que le réchauffement de l’Arctique pourrait affaiblir les courants atmosphériques qui confinent habituellement le froid à la région polaire, provoquant ainsi davantage de vagues de froid dans le sud du Canada malgré la tendance générale au réchauffement. Mais les données recueillies jusqu’à présent par le système d’attribution des phénomènes extrêmes indiquent que la tendance dominante, et de loin, est à une diminution des épisodes de froid extrême.
Le lien entre le réchauffement de la planète et l’intensification des précipitations extrêmes est également évident. Selon Mme Kirchmeier-Young, la raison principale est que l’air plus chaud peut contenir davantage d’humidité. C’est pourquoi les journées chaudes d’été sont souvent humides et collantes, tandis que les journées froides d’hiver sont sèches. Cela signifie qu’avec l’atmosphère qui se réchauffe, les nuages ont tendance à contenir davantage d’humidité au moment où la pluie commence à tomber – ce qui, par conséquent, fait que les précipitations les plus importantes deviennent encore plus abondantes, avec des conséquences perturbatrices et parfois catastrophiques.
Ces conséquences constituent le prochain défi pour le système d’attribution des phénomènes extrêmes. Mme Kirchmeier-Young et ses collègues espèrent pouvoir intégrer à terme des conséquences plus complexes, telles que les sécheresses, les inondations, une forte humidité, des vents violents et les risques d’incendie – autant de phénomènes qui font de plus en plus la une des journaux et alimentent le débat sur la manière de réagir et de s’adapter au changement climatique. D’ores et déjà, ce système nous réveille et nous ramène à la réalité : il permet de vérifier instantanément si la météo d’hier était aussi extrême qu’elle en avait l’air, et s’il y a des chances que cela se reproduise. D’après les premiers résultats, la réponse est probablement oui et oui.
Cet article a été réalisé en partenariat avec Environnement et Changement climatique Canada.