History

La naissance de Bytown: Entre réflexion, mémoire et réconciliation, Ottawa célèbre son bicentenaire

« Cela faisait passer le Far West pour une terre paisible » : Retour sur la naissance de la capitale du Canada

  • Published Mar 16, 2026
  • Updated Apr 14
  • 916 words
  • 4 minutes
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Vue de Lower Bytown à la huitième écluse, en 1845 depuis Barrack Hill, aujourd'hui plus connue sous le nom de Colline du Parlement. Après son ouverture en 1832, le canal devint une importante voie commerciale jusqu'en 1849 environ, date à laquelle le fleuve Saint-Laurent fut aménagé par la construction d'une série d'écluses, incitant les marchands à emprunter cette route plus directe. (Photo: Archives de l'Ontario)
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Nous étions en 1826, et la naissance de Bytown incarnait à merveille l’esprit d’initiative d’une jeune colonie prête à « jouer du coude ». La guerre de 1812 avait pris fin en 1815, mais l’armée britannique se méfiait de cette paix fragile avec les États-Unis. Pendant les hostilités, le transport des troupes et du ravitaillement le long du fleuve Saint-Laurent était coûteux, difficile et dangereux. Tout ce qui séparait les deux camps, c’était un réseau précaire d’avant-postes le long des rivières Niagara et Détroit et du fleuve Saint-Laurent. Les responsables militaires britanniques ont donc exercé de fortes pressions pour obtenir une voie navigable alternative et sûre entre Kingston et Montréal.

C’est alors qu’entra en scène le lieutenant-colonel John By, des Royal Engineers, à qui fut confiée la direction de ce qui allait devenir le canal Rideau, long de 202 kilomètres. Il établit son quartier général au confluent des rivières Ottawa et Rideau afin de pouvoir superviser tous les aspects de ce tronçon important – et techniquement difficile – du canal. C’est ainsi que Bytown a vu le jour.

La Colline du Parlement sera en pleine effervescence pour la fête du Canada, avec les célébrations du 200e anniversaire d'Ottawa. (Photo: La Presse canadienne/Justin Tang)
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Cette nouvelle colonie de fortune s’appelait à l’origine « Colonel By’s Town », un nom « probablement utilisé pour la première fois à titre de plaisanterie », selon une brochure de la Société historique d’Ottawa. Au cours de ces premières années, John By apposait en en-tête de ses lettres manuscrites l’inscription « Rideau Canal Office » (Bureau du canal Rideau), mais les archives montrent qu’en 1829, même lui indiquait déjà que sa correspondance provenait de By-town. Ce village situé au bord du canal était décidément rude et tumultueux – « à côté, le Far West semblait bien sage », ironise Ben Weiss, de la Société historique d’Ottawa –, mais cette colonie boueuse et infestée de moustiques allait se transformer en une ville forestière animée et, finalement, être désignée capitale du pays, deux ans après avoir été officiellement fondée sous le nom d’Ottawa en 1855.

En 1899, le gouvernement fédéral a créé la Commission d’embellissement d’Ottawa, précurseur de l’actuelle Commission de la capitale nationale, afin d’introduire l’urbanisme dans la capitale. Cette décision s’est avérée payante, donnant naissance à une ville dont le majestueux quartier parlementaire et les vastes esplanades reflètent le rôle d’Ottawa en tant que symbole national. Ces deux aspects ont été pleinement mis en valeur lorsque Bytown a célébré son centenaire lors d’une semaine de festivités en août 1926.

La fierté nationale était à son comble au lendemain de la Première Guerre mondiale, et le faste et les cérémonies étaient à l’ordre du jour. Il y a eu un défilé militaire, une reconstitution d’une bataille de 1918, une régate et même un rodéo de plusieurs jours. Selon l’Ottawa Citizen, une foule nombreuse s’est rassemblée pour une soirée dansante dans la rue qui s’est prolongée jusqu’au petit matin. Les conflits séculaires à l’origine de la création de Bytown étaient tombés dans l’oubli; après la Grande Guerre, le Canada et les États-Unis étaient devenus de solides alliés.

Le lieutenant-colonel John By supervise la construction du canal Rideau en 1826, année de son arrivée au Canada et du début du projet. (Photo: Bibliothèque et Archives Canada)
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Comme le souligne Lynn Gehl, universitaire, artiste et militante anishinaabe, l’effervescence médiatique a également occulté une dure réalité : Akikpautik (les chutes de Chaudière) ainsi que les terres et les eaux environnantes de Bytown constituaient depuis des milliers d’années un lieu sacré pour les Anishinaabe et d’autres Premières Nations. Le tracé choisi pour le canal Rideau suivait des chemins traditionnels empruntés par les peuples autochtones, mais rien n’a été fait pour reconnaître que la construction du canal et l’industrie du bois qui s’en est suivie avaient détruit une grande partie de ce que les Anishinaabe et les Algonquins considéraient comme sacré. Peu d’habitants savaient que Bytown se trouvait sur un territoire algonquin non cédé. Nous ne pouvons pas changer le cours de l’histoire, mais au cours des 100 années qui se sont écoulées depuis ces dernières célébrations exaltantes, de nombreux Canadiens se sont engagés sur la voie de la réconciliation, conscients que l’histoire doit être envisagée sous différents angles. Alors qu’Ottawa se prépare à vivre un été riche en célébrations dans le cadre d’Ottawa 200, la ville et la Commission de la capitale nationale s’attachent à concilier une réflexion sérieuse sur le passé et une vision positive de l’avenir.

« La capitale nationale fait partie intégrante de notre patriotisme. C’est la deuxième ville natale de chacun. Quel que soit le gouvernement au pouvoir et quelles que soient ses actions, la capitale nationale est la capitale de tous, souligne Alain Miguelez, vice-président chargé de la planification de la capitale à la CCN. Chacun peut – et devrait se sentir chez soi dans la capitale nationale. »

Pourtant, Mme Gehl souhaite que les gens comprennent qu’un aspect essentiel de l’histoire d’Ottawa « réside dans l’identité des personnes qui ont été lésées et dans ce qu’elles ressentent ». Elle estime que les organisateurs du bicentenaire doivent être prêts à se plonger dans l’histoire authentique de ce lieu, une histoire qui met en lumière l’importance du paysage aquatique naturel et des peuples qui ont précédé les Britanniques et les Français.

L’état actuel des relations entre le Canada et les États-Unis invite également à une réflexion plus grave au milieu des festivités. Alors que l’agressivité du président américain Donald Trump envers le Venezuela et le Groenland, ainsi que ses plaisanteries sur le « 51e État », résonnent encore dans nos oreilles, les Canadiens se tiennent une fois de plus sur leurs gardes, méfiants face à ce voisin du sud potentiellement dangereux. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si le groupe The Guess Who a été annoncé par le Bluesfest comme tête d’affiche d’un concert spécial « Ottawa 200 » prévu en juillet. Les habitants d’Ottawa ont sans aucun doute hâte de chanter à tue-tête les paroles de « American Woman ».

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