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Kahkiihtwaam ee-pee-kiiweehtataahk : faire revivre la langue
Comment une langue autochtone gravement menacée peut être sauvée
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Au terminus du tramway, au milieu des grands pins blancs qui bordent les rives de la rivière des Outaouais, des femmes en maillot de bain se tiennent au bord d’un long quai, prêtes à s’élancer pour le 100 mètres nage libre. Une foule nombreuse, coiffée de canotiers et arborant des coiffures aux ondulations légères, assiste aux championnats canadiens amateurs de natation et de plongeon de 1927 depuis la terrasse à deux étages d’un hangar à bateaux à ossature métallique surplombant la rivière, au nord-est du quartier de Rockcliffe Park, à Ottawa.
La natation n’était qu’une des nombreuses activités aquatiques, de compétition ou non, que le Club de canot d’Ottawa New Edinburgh avait prévues pour ce bâtiment de style Queen Anne, conçu en 1914 par l’architecte local C.P. Meredith sur un terrain loué à ce qui allait devenir la Commission de la capitale nationale, une société d’État. Les travaux ont été interrompus pendant la Grande Guerre, mais, en 1923, l’établissement a ouvert ses portes avec un hangar à bateaux et une salle de bal parfaitement adaptés à l’ère du jazz, où le champagne coulait à flots. Et, pendant des décennies, elle a constitué un point d’accès essentiel à la partie orientale de la voie navigable.
Un article publié en 1935 dans l’Ottawa Citizen décrivait ce club comme une association qui « incarne tout ce qu’il y a de pur et de sain dans l’athlétisme et les sports de plein air… et qui a formé des milliers de garçons et de filles de la ville à l’aviron, au canot, à la natation, au plongeon et au tennis ».
Mais, à l’instar de la rivière, le sort du hangar à bateaux a connu des hauts et des bas. Le bâtiment était constamment mis à rude épreuve par les cycles de gel-dégel de la rivière, et les inquiétudes concernant la pollution de l’eau ont commencé dès les années 1930. Le coup de grâce a été porté en mars 1973, lorsque la débâcle saisonnière a emporté le radeau de baignade, mettant ainsi fin, apparemment pour de bon, à la plupart des activités de baignade organisées à cet endroit.
Jusqu’en 2019. Afin de préserver la valeur historique du hangar à bateaux – classé édifice patrimonial fédéral en 2010 –, la Commission de la capitale nationale a entrepris un projet de revitalisation de 20 millions de dollars visant notamment à consolider sa structure détériorée, à l’hiverniser, à y ajouter un café, un espace événementiel et des bureaux pour l’organisation Garde-rivière des Outaouais, ainsi qu’à aménager un espace dédié aux fondateurs du bâtiment, désormais connu sous le nom d’Ottawa New Edinburgh Club. À l’extérieur, le site a fait l’objet d’importants travaux d’aménagement paysager et de restauration, tandis que de nouveaux quais publics ont été installés pour délimiter une zone de baignade réglementaire comprenant deux couloirs de 25 mètres, ce qui a nécessité une réflexion approfondie.
« Les rivières sont des entités vivantes, et il n’y a pas deux endroits identiques le long d’une même rivière », explique Jennifer Halsall, conseillère immobilière à la Commission de la capitale nationale, en évoquant les efforts déployés par la Ville pour assainir ses cours d’eau au cours des dernières décennies, ainsi que les données sur la qualité de l’eau mises à la disposition du public par l’organisation Garde-rivière des Outaouais.
« Après avoir analysé la qualité de l’eau et évalué les courants, nous avons réalisé que c’était un endroit formidable pour se baigner, dit-elle. À cet endroit, nous disposons d’une eau parmi les meilleures de la région de la capitale nationale. Cela s’explique en partie par les caractéristiques du cours d’eau dans cette zone : c’est un large chenal ouvert, avec un courant régulier et modéré; le débit de renouvellement y est bon; il n’y a pas de grands exutoires d’eaux pluviales à proximité, et la profondeur y est suffisante. »
Depuis que la Maison riveraine, rebaptisée récemment, a ouvert ses portes au public en 2023, des habitués comme Alan McCullough, membre de l’Ottawa New Edinburgh Club et historien amateur, ont remarqué que le lieu avait retrouvé un nouveau souffle.
« On dirait que ça a été un franc succès, déclare M. McCullough. Les beaux jours d’été, au début, il y avait des gens qui faisaient la queue pour entrer [se baigner].
Je pense qu’on peut dire sans se tromper que c’est sans doute la CCN qui a sauvé le bâtiment. Et, si Dieu le veut, ça devrait encore tenir 100 ans », ajoute-t-il, précisant que, de nos jours, le club concentre ses efforts sur le tennis, l’aviron, la voile et le canot.
La restauration de la Maison riveraine fait partie des nombreux projets de ce type que la Commission de la capitale nationale a menés à bien dans toute la région de la capitale afin d’améliorer les équipements publics le long des rives, notamment les travaux de rénovation réalisés l’année dernière à la plage Westboro et la construction d’un nouveau ponton de baignade au lac Dow – une initiative qui en a surpris plus d’un.
« Pendant des années, on ne considérait pas le lac Dow comme un lieu propice à la baignade, explique Mme Halsall. Mais quand on y regarde de plus près, on découvre des eaux cristallines, des écosystèmes florissants regorgeant de poissons de grande taille, de nombreuses espèces menacées, ainsi que des tortues et des oiseaux protégés qui y vivent très heureux et s’y épanouissent parfaitement. »
Depuis le nouveau quai situé près de la promenade Reine-Elizabeth et de l’avenue Lakeside, les pins blancs de l’Arboretum du Dominion murmurent l’histoire de cette voie navigable. Ce qui était autrefois un marécage de cèdres parsemé de pins a été rasé et inondé lors de la construction du canal Rideau. Au cours de ses près de 200 ans d’histoire au sein du réseau de canaux, le lac Dow a été mis à contribution. Au parc des Commissaires, où des milliers de tulipes fleurissent désormais chaque mois de mai, se trouvait il y a un siècle un parc à bois, avec une conserverie à proximité. Lorsque le niveau de l’eau baisse au printemps et à l’automne, les zones peu profondes du lac laissent parfois apparaître des tronçons d’une ancienne chaussée qui traversait le cours d’eau de part en part de 1904 à 1928.
« En raison de ces antécédents et des problèmes de débordement des égouts de la ville, beaucoup pensaient que la qualité de l’eau du lac Dow ne se prêtait pas à la baignade, explique Mme Halsall. Toutefois, les analyses effectuées en 2023, 2024 et 2025 pour détecter la présence de la bactérie E. coli, un indicateur standard de la qualité de l’eau, ont révélé des niveaux sans danger. La Commission de la capitale nationale a également évalué les risques pour la santé humaine, en recherchant d’autres contaminants présents dans l’eau et issus du passé industriel du lac, tels que le plomb et le cadmium. Quand les résultats se sont révélés négatifs, ça a vraiment donné le feu vert au projet », ajoute-t-elle.
Par la suite, une équipe composée de chercheurs de l’Université Carleton, de l’organisation Garde-rivière des Outaouais, de l’Université d’Ottawa, d’ingénieurs en génie côtier et d’autres partenaires s’est réunie dans le cadre de ce projet afin de « caractériser un lac qui avait été mal compris », explique Mme Halsall. À sa grande surprise, ce lac abritait des maskinongés « d’un mètre de long » ainsi qu’une trentaine d’autres espèces de poissons. L’équipe a choisi d’installer le quai dans une zone où l’accumulation d’algues est minimale et où la profondeur de l’eau est suffisante – quatre mètres, soit le point le plus profond du lac.
Lorsque la jetée a officiellement ouvert ses portes aux baigneurs le 12 juin 2025, Mme Halsall et d’autres membres de l’équipe de recherche ont été les premiers à se jeter à l’eau.
« Personne n’aurait pensé qu’il était possible de nager [dans ce lac]. Et tout le monde y allait de son grain de sel : articles d’opinion et commentaires sur les réseaux sociaux débattaient pour savoir si c’était faisable ou non. »
Mais elle ajoute : « Au fil de l’été, alors que de plus en plus de gens venaient s’amuser, nous avons reçu plus de 600 réponses à notre sondage. Les réactions ont été extrêmement positives, et le public en redemandait.
Toutes ces zones de baignade sont précieuses, déclare Mme Halsall. Mais surtout quand on pense à la natation dans une zone urbaine très dense, avec le changement climatique et des étés de plus en plus chauds, c’est agréable d’offrir aux gens un moyen de se rafraîchir, de créer des liens, de rencontrer leurs voisins et leurs amis, et de découvrir la ville. »
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