History
Kìwekì: Returning to one’s homeland
How Kìwekì Point on the Kichi Zìbì (Ottawa River) was reimagined, not just as a lookout, but for visitors and Ottawans alike to learn the context for this special place
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Au-dessus de la Kichi Zìbì (rivière des Outaouais), sur le territoire non cédé des Algonquins Anishinàbeg, s’élève un belvédère à côté de la Colline du Parlement. Il offre une vue panoramique imprenable à la fois sur la capitale et sur Gatineau à la large ligne d’horizon. Les deux villes, séparées à la fois par la Kichi Zìbì, la Pasàpikahìganì Zìbì (la rivière Rideau) et la Tenàgàdìno Zìbì (la rivière Gatineau), sont reliées par le pont Alexandra, qui commence à montrer des signes de vieillissement. Dans un esprit de réconciliation liée au territoire, ce belvédère emblématique, anciennement connu sous le nom de pointe Nepean, a été rebaptisé pointe Kìwekì en 2022. En langue anishinaabemowin, kìwekì signifie « retourner dans sa terre natale ».
La Colline du Parlement et ses environs sont profondément ancrés dans l’histoire coloniale d’Ottawa. C’est particulièrement vrai pour le belvédère.
Les rives et les cours d’eau de la Kichi Zìbì sont utilisés par les Premières Nations depuis des temps immémoriaux. Ils leur servent de campements saisonniers, de lieux de cérémonie et de portages. La pointe Kìwekì figurait déjà sur les cartes des colons dès les années 1820; elle avait initialement été baptisée pointe Bluff par Philemon Wright, un colon américain originaire du Massachusetts qui avait lancé le commerce du bois dans la vallée de l’Outaouais au début du 19e siècle. Ce belvédère a été rebaptisé pointe Nepean en 1876, en raison de son emplacement dans le canton de Nepean, qui tire son nom d’Evan Nepean, homme politique britannique et administrateur colonial.
Dans l’histoire récente, ce site a revêtu de nombreuses formes, offrant divers aspects en matière d’attraction touristique et de commémoration. David Jeanes, historien et membre du conseil d’administration de Patrimoine Ottawa, a partagé des photos montrant l’époque où le belvédère abritait des canons décoratifs, une fontaine japonaise intitulée Éléphant et python (commandée en 1907 et dont une partie se trouve aujourd’hui dans un parc de la ville voisine d’Aylmer), un ancien pont piétonnier qui a finalement été démoli, ainsi qu’une vue aérienne de la route pittoresque qui traversait autrefois le parc avant d’être fermée pour permettre la construction du Musée des beaux-arts du Canada dans les années 1980.
David Jeanes se souvient à quel point ce belvédère occupait une place importante dans son enfance. « Mon père recevait souvent des visiteurs, notamment de l’étranger, raconte David Jeanes. Entre les années 60 et 80, il les emmenait toujours faire des balades en voiture pour découvrir les paysages autour d’Ottawa. À l’époque où c’était encore possible, c’est-à-dire dans les années 60 et 70, faire le tour de la pointe Nepean en voiture constituait un élément important du circuit touristique de la capitale nationale. »
Depuis 1915, le belvédère abrite une statue de l’explorateur français Samuel de Champlain. Cette sculpture a été réalisée par Hamilton MacCarthy pour le 300e anniversaire de l’arrivée de Champlain. Trois ans après l’inauguration de la statue de Champlain, MacCarthy a sculpté un homme autochtone à genoux destiné à être placé sous l’estrade surélevée de l’explorateur. En 2013, le nom de la statue a été officieusement changé, passant d’Éclaireur anishinabeg à Kitchi Zìbì Omàmìwininì (c’est-à-dire « Peuple de la Grande Rivière »), à l’initiative de militants qui plaidaient pour la reconnaissance du rôle des Algonquins dans les voyages de Champlain. La statue a ensuite été officiellement rebaptisée Kichi Zìbì Innini (c’est-à-dire « Homme de la Grande Rivière ») en 2023 par la Commission de la capitale nationale, qui gère le site.
Ces deux statues sont, depuis leur création, une source de controverse pour les communautés autochtones locales en raison de leur représentation contestable de l’histoire et de la culture autochtones. « Imaginez une grande et élégante statue représentant un Algonquin, avec Champlain agenouillé à ses côtés. Je ne pense pas que ce serait très bien accueilli par beaucoup de gens », déclare Albert Dumont, aîné et maître traditionnel de Kitigan Zìbì.
La posture de la statue n’était pas le seul élément litigieux. En effet, la statue Kichi Zìbì Innini n’a pas été sculptée à l’image d’un véritable Autochtone ayant accompagné Champlain dans ses voyages; il s’inspire au contraire de stéréotypes. En 1996, le chef Ovid Mercredi, de l’Assemblée des Premières Nations, a lancé un mouvement qui a abouti, en 1999, au transfert de la statue au parc Major’s Hill.
En 2014, la Commission de la capitale nationale a lancé un concours international de conception, à la faveur duquel des architectes et des cabinets ont présenté des projets visant à réaménager le belvédère et à en faire l’une des principales attractions de la ville. Le projet Big River Landscape, proposé par Janet Rosenberg & Studio, un cabinet d’architecture du paysage urbain basé à Toronto, a remporté le contrat et un prix de l’Association des architectes de l’Ontario pour l’année 2026.
L’équipe de conception a imaginé un aménagement offrant une vue imprenable sur la ligne d’horizon de la ville depuis le sommet d’une falaise, avec le fleuve comme point central. Elle a également mis en place un comité consultatif et de conception composé de membres des communautés autochtones locales, parmi lesquels Kirby Whiteduck et Anita Tenasco, pour qu’ils puissent contribuer à l’aménagement et à la mise en valeur du parc.
Après des années de préparation et de travaux, le belvédère a officiellement rouvert ses portes au public en mai 2025, avec un tout nouveau style. Aujourd’hui, une nouvelle passerelle piétonne relie la pointe au parc Major’s Hill, tandis que des sculptures en feuilles de métal superposées représentant des animaux et des plantes indigènes de la région d’Ottawa ornent le bord extérieur surbaissé de la pointe (dans le langage de l’architecture paysagiste, une telle structure est appelée saut-de-loup). Une structure à deux niveaux, baptisée Pointe aux murmures, ressemble à une vague en bois aux crêtes blanches; elle semble venir s’écraser sur le bord du belvédère. Au sommet de la Pointe aux murmures se trouve une plate-forme surélevée qui offre un vaste panorama, alors que les recoins abrités de la partie inférieure dirigent le regard vers la rivière. (La Pointe aux murmures a été endommagée sept mois après son ouverture lorsqu’un chauffeur d’autobus scolaire a emprunté illégalement le sentier, raclant le haut de son véhicule contre les panneaux en bois. La structure est en cours de réparation.)
« L’élément essentiel, c’est que la rivière des Outaouais a toujours été le point central de tout cela, explique Garry Meus, architecte paysagiste à la Commission de la capitale nationale. Tout au long de la conception, de la phase d’esquisse à la phase de mise en œuvre, l’objectif a toujours été de faire [de la rivière] l’élément central qui enrichit l’expérience des visiteurs. »
Au nombre de ces changements figurait le déplacement de la statue de Samuel de Champlain et de la statue Kichi Zìbì Innini. Dans le cas de la statue de Champlain, le socle a été démonté, réaménagé, puis déplacé, ce qui a permis de rapprocher l’explorateur du sol et de l’orienter vers la Colline du Parlement. Quant à la statue Kichi Zìbì Innini, elle a été déplacée du parc de Major’s Hill pour retourner à son emplacement d’origine, dans un endroit bien en vue face à la Kichi Zìbì.
Aujourd’hui, la pointe Kìwekì n’est plus seulement un belvédère, mais un espace repensé qui fait le lien entre son histoire et son présent. Mêlant art, mémoire et sens dans un espace physique, cet aménagement montre comment des sites naturels comme celui-ci continuent d’évoluer tout en tenant compte des controverses et des histoires qui les ont façonnés.
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