D’autres régions de l’Ontario ont depuis suivi l’exemple du chemin King. Lorsqu’un rapport d’étape sur la salamandre de Jefferson en Ontario a révélé de nouveaux détails sur ses déplacements, plusieurs organisations se sont engagées à restaurer et à protéger ses habitats, et elles ont fermé des tronçons de route pour tenter d’atténuer les effets de la mortalité routière sur les populations de salamandres. D’autres fermetures intermittentes de routes ont lieu à Stouffville, en Ontario, pendant les périodes pluvieuses nocturnes. La question reste à savoir si ces fermetures sont vraiment efficaces
Justine Kaseman, étudiante en maîtrise à l’Université de Guelph, a passé deux ans à mener des recherches au moyen d’enquêtes routières dans un autre point chaud pour la reproduction des salamandres, un tronçon de deux kilomètres au sein de la moraine d’Oak Ridges. Ses données ont révélé que la fermeture limitée de la route – uniquement pendant la nuit en période de pluie – n’a permis de réduire la mortalité que de 30 % environ.
Une fermeture limitée volontaire du chemin King en 2011 n’avait pas donné de résultats probants, mais après la fermeture complète en 2012, aucun cas de mortalité routière n’a été signalé. Aucune salamandre écrasée fait le bonheur d’une équipe de conservation – c’est pourquoi la fermeture du chemin King se poursuit chaque année et qu’elle a même été prolongée de trois à quatre semaines depuis 2024.
Le rapport d’étape 2024 indique également les autres travaux à réaliser pour orienter les efforts de rétablissement de la salamandre de Jefferson : un programme de surveillance standard à l’échelle de la province, de meilleures pratiques de gestion afin de réduire les menaces pesant sur l’espèce et des décisions d’aménagement du territoire guidées par la Loi sur les espèces en voie de disparition de la province. Les populations ont continué à décliner malgré le statut de protection de la salamandre de Jefferson, avec seulement 36 populations documentées en 2024, en baisse par rapport aux 45 précédemment signalées. Grâce aux progrès des tests génétiques, 61 populations d’Ambystoma unisexué ont été identifiées en 2024, ce qui signifie qu’il doit y avoir plus de populations de salamandres de Jefferson que nous ne le pensons.
Malgré leur apparence boueuse, ces salamandres sont en fait très intéressantes. Je suis peut-être un peu déçue de ne pas les avoir trouvées en train de se diriger vers leurs mares de reproduction le soir du mois de mars où j’ai fait mes propres recherches, mais elles valent toujours la peine d’être sauvées. Les organismes de protection de la nature de l’Ontario demandent à tous les citoyens de signaler toute observation de salamandre de Jefferson au moyen de l’application iNaturalist. Si vous partez à la recherche de salamandres au beau milieu d’une nuit pluvieuse, comme je l’ai fait, faites attention de ne pas les écraser par accident, et soyez prudent lorsque vous retournez des troncs d’arbre, un permis est obligatoire pour manipuler directement les salamandres.
Cet article fait partie d’une série sur les corridors écologiques, réalisée avec le soutien de Parcs Canada. Pour en savoir plus, consultez le site Droit de Passage.