Environment
Inside the fight to protect the Arctic’s “Water Heart”
How the Sahtuto’ine Dene of Délı̨nę created the Tsá Tué Biosphere Reserve, the world’s first such UNESCO site managed by an Indigenous community
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Alors que la brume se dissipe sur le territoire Kitasoo Xai’xais, au centre de la Colombie-Britannique, notre bateau, le Ksm Müts’iin (« Mouse Woman »), s’approche d’une zone d’îlots épars appelée Nowish. Les formations rocheuses couvertes d’arbres indiquent ce qui se cache en dessous : des habitats naturels pour le flétan, l’oursin, la panope du Pacifique et l’ormeau. « C’est là que les aires protégées prennent tout leur sens », explique Ken Cripps, conseiller marin auprès de l’Autorité de gestion des ressources naturelles de la nation Kitasoo Xai’xais, qui supervise l’étude marine du jour.
Nowish fait partie de la réserve marine nationale de conservation de la côte centrale, actuellement en cours de création. Son établissement officiel est prévu pour ce printemps. Il s’agit de l’une des plus vastes zones d’un nouveau réseau d’aires marines protégées connu sous le nom de la mer de Great Bear. Ensemble, ces aires protégées couvriront une superficie presque équivalente à celle de la Belgique et relieront des zones écologiquement sensibles entre le nord et l’île de Vancouver et l’Alaska.
Les aires protégées sont particulièrement bénéfiques aux espèces peu mobiles comme les palourdes, les concombres de mer et les ormeaux, explique Cripps. Ces espèces à reproduction par dispersion libèrent des millions d’œufs et de spermatozoïdes dans la colonne d’eau pour être fécondés et dispersés parfois à des centaines de kilomètres de distance, selon les espèces et les courants. Une seule aire protégée ne suffira peut-être pas à assurer le rétablissement des populations, mais un réseau d’aires protégées pourrait contribuer à la restauration des animaux et des écosystèmes.
C’est dans cet esprit que repose le réseau de la mer de Great Bear. Une fois pleinement opérationnel, il pourrait servir de modèle mondial de préservation écologique et culturelle et de gestion collaborative entre les trois paliers de gouvernement : fédéral, provincial et autochtone.
« Nous sommes d’accord pour être en déasacord sur la propriété [des zones océaniques] », déclare Doug Neasloss, conseiller élu et ancien chef de la nation Kitasoo Xai’xais. « Mais nous sommes d’accord pour collaborer à leur gestion. Je trouve cela très prometteur. »
Kitasoo Xai’xais est l’une des 17 Premières Nations qui tracent une nouvelle voie pour cette étendue océanique de 102 000 kilomètres carrés qui alimente et irrigue la forêt pluviale du Great Bear adjacente. On y trouve des coraux et des éponges de verre rares, de vastes forêts de varech, une faune piscicole diversifiée, plus de 20 espèces de mammifères marins (dont les deux plus grand animaux de la planète) et des cultures autochtones remontant à au moins 14 000 ans.
Vers 2006, de nombreux chefs autochtones ont commencé à interroger les aînés sur les zones de récolte et les sites culturels afin d’élaborer conjointement des plans avec le gouvernement de la Colombie-Britannique. Cependant, la Colombie-Britannique n’ayant pas compétence sur la majeure partie de l’océan, les planificateurs ont dû obtenir l’accord de Pêches et Océans Canada (MPO). Si la collaboration en matière de pêche a été plus lente et plus complexe au fil des ans, la planification du réseau s’est déroulée plus facilement depuis la fin de 2022, date à laquelle le Canada s’est engagé à protéger 30 % de ses océans d’ici 2030. « Nous avons accompli des progrès considérables au cours des trois dernières années », affirme Danielle Shaw, conseillère en chef de la Nation Wuikinuxv. « Nous avons réalisé des choses que je ne croyais pas possibles. »
À titre d’exemple, ce plan vise à relier certaines aires marines protégées existantes à de nouvelles zones de conservation proposées. Ce réseau couvrira 30 % de la mer de Great Bear et ciblera 195 espèces prioritaires, dont 84 espèces en péril, comme le saumon rouge et le hareng – des espèces essentielles pour les Premières Nations. D’autres priorités culturelles, des jardins de palourdes aux sites archéologiques, ont été considérées comme aussi importantes que les objectifs écologiques. Après avoir superposé les valeurs environnementales et culturelles afin de cerner les zones prioritaires pour la protection, l’équipe de planification a ajusté les limites des zones pour minimiser les impacts sur le secteur de la pêche. Le tout en respectant les exigences de taille et d’espacement pour un réseau d’aires protégées efficace.
« Ce processus de planification fait appel à de nombreuses données scientifiques », explique Fiona Beaty, coordonnatrice scientifique du réseau. Elle ajoute que la combinaison des connaissances scientifiques autochtones et occidentales a permis de renforcer les mesures de protection. Par exemple, les observations des Premières Nations sur les zones côtières ont été intégrées aux vastes bases de données fédérales sur le milieu marin afin d’améliorer la conservation. Grâce à la participation de la Nation Gitxaała, l’inlet Kitkatla, situé à quelque 60 kilomètres au sud de Prince Rupert, est l’une des deux premières aires marines protégées désignées par le gouvernement fédéral sur la côte Pacifique à inclure la zone intertidale, ainsi que les habitats côtiers de varech et de zostère.
La planification sur la côte centrale a également été fortement influencé par la recherche collaborative. Des études pluriannuelles montrent que la fermeture de certaines baies à la pêche commerciale et récréative du crabe dormeur contribue au rétablissement des populations de crabes mâles adultes, victimes de la surpêche passée. Les aires de conservation du sébaste – conçues pour favoriser une variété de poissons de fond récifaux aux grands yeux, importants tant pour les Premières Nations que pour les pêcheries commerciales – contribuent également à la reconstitution de l’abondance et de la biomasse de poissons, à l’intérieur comme à l’extérieur de leurs limites.
Une grande partie du réseau autorisera certains types de pêche — la pêche commerciale représente un demi-milliard de dollars dans la mer de Great Bear — et les Premières Nations conserveront l’accès à ces ressources alimentaires et à des fins cérémonielles. Bien que les données scientifiques démontrent clairement que des protections renforcées favorisent l’abondance, la taille, la diversité, la productivité et la résilience des poissons face aux impacts climatiques, des protections partielles demeurent précieuses, surtout si elles limitent les types de pêche les plus destructeurs, explique Alejandro Frid, écologue des pêches qui étudie les espèces marines de la côte centrale depuis plus de dix ans.
Il sera essentiel, ajoute-t-il, de veiller à ce qu’une partie importante de la mer de Great Bear, idéalement supérieure au minimum requis de 20 %, soit hautement protégée, tout comme l’application de la loi par les autorités autochtones et canadiennes. Une étude de 2025 révèle qu’une gouvernance partagée (par opposition à une gestion par un seul État ou gouvernement national) pourrait être encore plus efficace pour accroître la biomasse de poissons que le niveau de protection lui-même.
« Nous n’interdisons pas toute activité de pêche », explique Santana Edgar, coordinatrice de l’utilisation des ressources marines par la communauté Kitasoo Xai’xais. « Nous cherchons plutôt à garantir la possibilité de continuer à pêcher pour se nourrir de manière respectueuse et durable. »
C’est là que le savoir autochtone est essentiel. Les Premières Nations possèdent des pratiques durables millénaires, allant de l’utilisation d’hameçons spécialement conçus pour cibler uniquement les poissons de taille moyenne au démantèlement des casiers après la pêche afin de prévenir la surpêche. Grâce à ces systèmes, les Premières Nations de la côte centrale ont maintenu l’équilibre de leurs eaux pendant au moins quatorze siècles. Leur rôle de chef de file est crucial pour la pérennité des écosystèmes.
Au terme de l’étude marine menée par la Première Nation Kitasoo Xai’xais, le bateau « Mouse Woman » remonte jusqu’au phare de Boat Bluff, géré par Parcs Canada. C’est une image éloquente de la gestion collaborative : un bateau de la Première Nation sur l’eau, l’agence canadienne stationnée à proximité.
Et puis, nous les entendons : trois baleines à bosse font surface derrière nous, leurs corps sombres fendant l’eau comme d’anciens dinosaures au bourdonnement lancinant. Elles disparaissent bientôt dans les profondeurs pour rabattre des harengs grâce à une technique rare appelée chasse au filet de bulles. Une fois les poissons pris au piège dans un anneau de bulles, les baleines remontent à la surface, à la verticale, pour les aspirer. Elles se débattent et éclaboussent en se régalant.
Les baleines à bosse font partie des espèces qui ont déjà prospéré dans la mer de Great Bear, et grâce aux nouvelles aires protégées, on peut espérer de nombreux autres succès. En ce moment, près du phare, on a l’impression que les baleines sont en fête.
This story is from the March/April 2026 Issue
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