Wildlife
Are smooth greensnakes really as rare as they seem to be — or just crazy hard to find?
Researchers in P.E.I. enlist the help of citizen scientists to get closer to a definitive answer
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La couleuvre verte lisse se dissimule facilement dans la végétation au sol au risque de la perdre de vue. Même le poète Virgile en 37 av. J.-C. écrivait “latet anguis in herba”, c’est-à-dire “le serpent se cache dans l’herbe” pour évoquer la trahison. Pourtant, la couleuvre verte lisse de l’Est n’est en réalité qu’un petit animal inoffensif.
Avec des adultes dépassant rarement les 50 centimètres, cette petite créature docile possède une beauté à couper le souffle; en effet, son dos vert émeraude et son ventre couleur crème lui assurent un camouflage parfait dans ses habitats préférés, qui se caractérisent par une végétation dense. Cette capacité à se camoufler lui permet également de passer inaperçue aux yeux des humains, même dans les zones connues où elle vit.
Cette espèce n’a jamais fait l’objet d’une évaluation par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC), l’organisme fédéral créé en vertu de la Loi sur les espèces en péril, une loi fédérale canadienne sur la conservation, administrée en partie par Environnement et Changement climatique Canada, afin de fournir des évaluations scientifiques indépendantes des espèces en péril. Même si elle est désormais classée parmi les espèces candidates à priorité moyenne, il est difficile de savoir comment se porte réellement cette couleuvre insaisissable sans la surveillance d’un grand nombre d’amateurs de serpents.
C’est pourquoi la Division des forêts, de la pêche et de la faune de l’Île-du-Prince-Édouard a demandé aux habitants de l’île de rester à l’affût de la couleuvre verte lisse l’été dernier. Julie-Lynn Zahavich, spécialiste de la conservation des forêts qui supervise cette initiative, affirme que cette approche mobilisant toutes les forces vives aidera la province à comprendre la dynamique des populations de cette couleuvre. C’est une première étape vers sa conservation, si l’on conclut qu’elle est menacée. « Nous n’avons que trois espèces de reptiles à l’Île-du-Prince-Édouard, dit-elle. Et bien que la couleuvre à ventre rouge et la couleuvre rayée des Maritimes soient assez courantes, cela faisait un bon moment qu’on n’avait pas vu de couleuvre verte lisse de l’Est. »
Même si les efforts de surveillance menés par la province en 2016 avaient permis de recueillir quelques observations, celles-ci n’ont fait que confirmer que l’espèce était toujours présente. Selon Zahavich, c’est précisément l’insuffisance de nos connaissances qui explique la volonté de redoubler d’efforts. « On se pose beaucoup de questions sur sa rareté apparente, mais nous n’avons pas encore vraiment approfondi la question, me dit-elle lorsque je la joins au téléphone à la fin de l’hiver. Nous savons qu’on la trouve partout sur l’île, mais nous ne savons pas à quels types de zones elle est confinée ni à quelle concentration. »
La question qui se pose est la suivante : la couleuvre verte lisse est-elle vraiment aussi rare qu’elle le semble ici, ou simplement extrêmement difficile à observer? Les raisons de penser qu’il s’agit d’une combinaison des deux facteurs (sa rareté et la difficulté de l’apercevoir) remontent aux tout premiers rapports faisant état de sa présence sur l’île.
Les écrits de la fin du 19e siècle sur la faune herpétologique (faune réunissant les reptiles et les amphibiens) de l’Île-du-Prince-Édouard « semblent être un mélange à parts égales d’observations, de rumeurs et de traits d’imagination », écrivait J. Sherman Bleakney, du Musée national du Canada, dans son ouvrage de 1958 consacré à la biogéographie de la faune herpétologique canadienne. Comme la présence de la couleuvre verte lisse à l’Île-du-Prince-Édouard reposait uniquement sur des témoignages invérifiables, Bleakney avait préféré rester prudent en la classant parmi les espèces rares. Cette classification a été reprise par Francis Cook dans une publication de 1967 consacrée à l’Île-du-Prince-Édouard. Cook disposait toutefois d’éléments concrets : quatre spécimens recueillis sur l’île par une personne qui les avait donnés au Musée national.
Ce genre d’incertitudes liées aux premières publications scientifiques se dissipent généralement avec le temps (c.-à-d., à la faveur de recherches plus approfondies menées par un plus grand nombre de scientifiques). Or, la couleuvre verte lisse de l’Île-du-Prince-Édouard fait exception à cette règle. En réalité, cette incertitude ne se limitait pas à la population de couleuvres de l’île.
L’aire de répartition « fragmentée » actuelle de l’espèce correspond à ce qui reste d’une aire de répartition autrefois plus étendue, située au sud des glaciers continentaux du pléistocène. Ces derniers se sont déplacés en suivant le front glaciaire en recul vers le nord et en laissant derrière eux des enclaves discontinues. Bien qu’elle soit surtout connue dans la région des Grands Lacs et dans le nord-est des États-Unis, on en trouve encore des populations dans des régions isolées aussi loin à l’ouest que l’Utah, le Nouveau-Mexique et le Texas. Au Canada, cette espèce est présente de façon discontinue du sud-est de la Saskatchewan jusqu’aux Maritimes, y compris l’île du Cap-Breton et l’Île-du-Prince-Édouard, qu’elle a rejointes par des bandes de terre il y a environ 10 000 ans.
Même au sein de cette vaste zone, la répartition de cette couleuvre semble inégale. C’est pourquoi, dans des rapports de l’Ontario couvrant un siècle, elle a été considérée tour à tour comme « peu abondante », « localisée », « rare », puis « peu courante ». C’est une couleuvre qui peut passer inaperçue pendant des années là où elle vit, soit parce qu’elle est tout simplement difficile à distinguer de son environnement, soit parce qu’elle n’est présente qu’en faible nombre et de manière localisée. Elle peut être abondante dans une petite zone géographique, mais très rare, voire inexistante, dans les zones voisines.
Pour étudier l’hypothèse d’« hyperlocalisation », Zahavich souhaite étendre ses recherches à l’ensemble de l’île et mettre en place des protocoles de surveillance standardisés grâce à un réseau de 25 groupes locaux chargés de la gestion des bassins hydrographiques. « Nous avons commencé en 2025 par le groupe de la rivière Morel, dans l’est de l’Île-du-Prince-Édouard, où les observations les plus récentes avaient été signalées, explique-t-elle. Ils disposaient de cinq sites, et nous en avons sélectionné quatre autres en nous appuyant sur un modèle d’habitat que nous avions élaboré pour cette espèce. »
Au Canada, cette espèce est présente de façon discontinue du sud-est de la Saskatchewan jusqu’aux Maritimes, y compris l’île du Cap-Breton et l’Île-du-Prince-Édouard, qu’elle a rejointes par des bandes de terre il y a environ 10 000 ans.
En se rendant sur chaque site une douzaine de fois dans des conditions optimales entre mai et octobre, les chercheurs ont mené à la fois des relevés visuels (en marchant et en retournant des pierres et des troncs d’arbres) et des relevés à l’aide de planches artificielles (en posant au sol des planches sous lesquelles les couleuvres pouvaient se cacher). Ils n’ont enregistré que trois observations au moyen de cette méthode. Cependant, les actions menées sur les réseaux sociaux pour solliciter la participation du public ont donné des résultats nettement meilleurs : après avoir analysé les renseignements reçus par téléphone et courriels, ils ont recensé 20 observations fiables provenant de tous les coins de la province.
Ces observations permettront d’affiner le modèle d’habitat de Zahavich en vue de choisir de nouveaux sites de surveillance. En effet, l’« habitat essentiel » d’une espèce comprend toute une série d’éléments nécessaires pour répondre aux besoins de l’animal. La couleuvre verte lisse est principalement insectivore. Elle se nourrit d’araignées, de grillons, de chenilles et d’autres proies similaires, creusant dans les sols meubles et grimpant dans les arbustes et les hautes herbes à la recherche de nourriture. Mais, bien que ces habitats ouverts (p. ex., prairies et champs humides, lisières de zones humides, clairières, bois clairsemés) constituent son habitat principal, cette espèce a des besoins qui vont au-delà de la simple recherche de nourriture. L’hibernation, par exemple, qui est souvent collective, a lieu dans les terriers des petits mammifères, les crevasses rocheuses et les fourmilières, qui offrent un refuge lorsque la température descend sous zéro. Après l’accouplement, les femelles pondent en moyenne sept œufs cylindriques à la fin de l’été dans des troncs en décomposition, des souches, des plantes ou d’autres milieux chauds. Les œufs éclosent rapidement, entre une et trois semaines. Les nouveau-nés, qui mesurent de 9 à 16 centimètres, sont très vulnérables jusqu’à ce qu’ils atteignent leur maturité, au bout d’environ 2 ans. Parmi ses prédateurs, on trouve des oiseaux, des petits mammifères et d’autres serpents.
Zahavich fait remarquer qu’il manque des données sur tous ces aspects du cycle biologique à l’Île-du-Prince-Édouard. « Nous n’avons tout simplement pas de point de référence, dit-elle. Nous savons désormais comment mettre en place des sites de surveillance et espérons pouvoir recueillir à l’avenir des données qui permettront de déterminer si les populations augmentent ou diminuent. »
Il reste encore de nombreuses questions sans réponse. Par exemple, les produits chimiques agricoles ont-ils limité la présence d’insectes, qui auraient permis le maintien de populations plus importantes? Certaines études ont associé la mortalité et le déclin des populations de couleuvres vertes lisse aux insecticides, aux herbicides et aux effets cumulés de la perte d’habitat. Sa petite taille, sa faible capacité de reproduction et les taux élevés de mortalité juvénile peuvent également rendre l’espèce vulnérable aux changements environnementaux, tels que le changement climatique et l’épuisement des nappes phréatiques, qui seraient à l’origine de l’assèchement des prairies et donc de la diminution des proies.
« Si des mesures de conservation sont nécessaires, explique Zahavich, et que nous constatons l’existence de sites importants pour l’espèce, par exemple des sites d’hibernation, nous travaillerons avec les propriétaires fonciers pour envisager toute une gamme de solutions. »
En attendant, les insulaires peuvent participer en gardant les yeux grands ouverts et en gardant leur appareil photo à portée de main pour immortaliser ce fantôme vert si insaisissable.
Cet article a été réalisé en partenariat avec Environnement et Changement climatique Canada.
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