Wildlife
Unpacking the mystery of grizzly bears in Wapusk National Park
In the Hudson Bay Lowlands, polar bears have reigned supreme. Increased sightings of a new predator have everyone on high alert.
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Lorsque Michael Proctor, chercheur indépendant spécialisé dans les grizzlis, est invité à expliquer ce que signifie la connectivité des paysages, il montre souvent une carte animée.
Cette carte suit les déplacements d’un point bleu sur une photographie aérienne de la chaîne de montagnes Purcell, dans le sud-est de la Colombie-Britannique. Ce point correspond à l’emplacement d’un grizzli, un mâle adulte agressif que les agents de conservation ont piégé dans la vallée du Columbia après avoir reçu des signalements de conflits avec des résidents, puis relocalisé sur les flancs de la chaîne Purcell.
Avant que l’ours ne soit relâché, Michael Proctor lui a posé un collier GPS autour du cou pour pouvoir suivre ses déplacements. Pendant les neuf mois suivants, le grizzli, surnommé Drone Bear, a voyagé depuis son habitat dans les hauteurs de la zone de conservation des montagnes Purcell jusqu’au parc national Kootenay, avant de revenir à son point de départ. Au cours de ce trajet, Drone Bear a dû traverser la vallée du Columbia, contourner l’extrémité nord du lac Columbia et franchir un dangereux passage parsemé de maisons, de fermes, de terrains de golf et de routes.
« Il a parcouru la vallée de long en large à la recherche d’un endroit où passer », explique Michael Proctor en montrant le chemin en zigzag tracé par le point bleu sur la carte. Quand il a finalement traversé la vallée, il est passé sur une propriété qui venait d’être achetée par le Nature Trust of British Columbia. Drone Bear a ensuite traversé un terrain appartenant à l’organisme Conservation de la nature Canada avant de finalement trouver un endroit sûr pour hiberner dans le parc national Kootenay.
Au printemps suivant, le point a recommencé à bouger quand Drone Bear est sorti de son hibernation et a entrepris son voyage de retour vers les montagnes Purcell. Cette fois, il a emprunté un autre corridor de conservation situé plus haut dans la vallée, évitant une nouvelle fois des interactions potentiellement mortelles avec les humains. « C’est ça, la connectivité des paysages », explique Michael Proctor, ajoutant qu’il n’y a pas de meilleure preuve que ces corridors protégés fonctionnent.
Avant l’arrivée des colons européens, les grizzlis parcouraient librement une grande partie de l’ouest de l’Amérique du Nord. Aujourd’hui, leur habitat dans le sud du Canada se limite à des parcelles de terre fragmentées qui, sur le plan écologique, fonctionnent comme des îles. Cette fragmentation peut limiter la diversité génétique des ours et leur capacité à s’adapter au changement climatique. Les populations de grizzlis plus petites et isolées, comme celles que l’on trouve dans le sud de la Colombie-Britannique, ont tendance à être beaucoup plus vulnérables à la disparition d’un endroit donné.
Selon Michael Proctor, l’un des meilleurs moyens de favoriser davantage les déplacements et les connexions est de créer des corridors pouvant servir de ponts entre les grandes zones protégées. Ces corridors permettent aux ours et à d’autres espèces d’animaux de traverser en toute sécurité des zones généralement plus densément peuplées. Le résultat final est un plus grand nombre d’occasions d’accouplement, ce qui conduit à une plus grande diversité génétique et à des animaux plus robustes et plus résistants au changement climatique.
Michael Proctor a commencé à travailler sur la connectivité des paysages il y a plus de 20 ans et pose des colliers émetteurs sur les ours depuis maintenant 15 ans. Les agents de protection de la faune ont testé divers outils, notamment l’utilisation stratégique de clôtures électriques pour limiter les conflits sur les terres agricoles, tout en collaborant avec des groupes de protection de la nature pour l’achat de vastes étendues de terres. Ces projets ont montré des avantages évidents pour les grizzlis, explique Michael Proctor. « Nous avons réussi à inverser la fragmentation et à sauver l’une des populations de grizzlis les plus menacées d’Amérique du Nord. » Il estime également que ces projets pilotes ont aidé une multitude d’autres espèces qui dépendent des habitats de faible altitude.
EN 2019, inspiré par un article cosigné par Michael Proctor et l’écologiste Marcy Mahr, l’organisme sans but lucratif Kootenay Conservation Program a lancé l’initiative Kootenay Connect (projet de lieux prioritaires Kootenay Connect) visant à créer un réseau de corridors écologiques de biodiversité dans la région. Le but était d’adopter une approche des paysages à grande échelle en matière de conservation, qui profiterait à plusieurs espèces. Leur objectif était ambitieux : établir un réseau régional de 12 zones de connectivité clés reliant les riches écosystèmes des zones humides riveraines situées au fond des vallées aux chaînes de montagnes environnantes. « Il s’agit de relier les ondulations [chemins de faible altitude] de notre région », explique Marcy Mahr.
La région de Kootenay est surtout connue pour ses sommets escarpés couverts de conifères. Mais c’est dans les vallées intermédiaires que les corridors de conservation sont les plus nécessaires, poursuit-elle. Ce sont les vallées où vivent des milliers de personnes, notamment dans des endroits comme Creston et Fairmont Hot Springs. Ce sont les zones riches en habitats humides et riverains qui sont en train de disparaître au profit du développement.
Les 12 corridors prioritaires sélectionnés par Kootenay Connect ont été choisis sur la base de données de terrain, de modélisations et d’avis d’experts, explique Marcy Mahr. L’un des ensembles de données les plus importants dans la prise de décision était le déplacement des grizzlis, suivi à l’aide de colliers émetteurs similaires à celui porté par Drone Bear. Les grizzlis sont connus comme une « espèce parapluie » (une espèce parapluie a généralement besoin de vastes territoires pour prospérer, de sorte que la protection de leur habitat et de leurs corridors profite également à de nombreuses autres espèces plus petites qui partagent le même territoire). « Lorsque Michael et moi avons commencé à examiner la superposition entre ses données sur les grizzlis et l’habitat des zones humides, nous avons constaté qu’elles étaient parfaitement alignées et que c’était là que nous devions concentrer nos efforts pour préserver la connectivité et la biodiversité », explique Mahr. Je m’intéressais davantage aux fonds de vallée, et lui à la connectivité des grands paysages, mais nos points de vue étaient tellement similaires que tout s’est mis en place naturellement. »
Créé en 2012, le corridor de conservation Frog Bear, près du lac Kootenay, est l’un des premiers exemples de cette approche, qui profite à plusieurs espèces en plus du grizzli. Destiné à aider deux‐populations à risque de grizzlis qui se déplacent entre les montagnes Selkirk et Purcell, le corridor offre également une protection à plusieurs espèces rares, comme la grenouille léopard, le boa caoutchouc, le butor d’Amérique et le petit-duc des montagnes, toutes menacées d’extinction. Ces dernières années, les zones humides situées le long de ce corridor ont été restaurées, des clôtures ont été installées pour empêcher le bétail d’accéder aux zones riveraines, et Conservation de la nature Canada a fait l’acquisition d’une parcelle de 63 000 hectares (l’un des plus importants achats à des fins de conservation de l’histoire du Canada) afin d’accroître la superficie de ces habitats essentiels.
La réussite de l’initiative du corridor Frog Bear repose sur le soutien de nombreux partenaires. C’est ce modèle que Kootenay Connect a adopté pour atteindre son objectif plus ambitieux, qui consiste à créer un réseau de corridors dans la région. « Au début, Michael et moi nous considérions comme des catalyseurs, intégrant la connectivité écologique et les corridors dans toutes nos conversations », explique Marcy Mahr.
À l’image des racines d’un arbre vigoureux, le réseau de participants de Kootenay Connect n’a cessé de croître, accueillant de nouveaux partenaires aux compétences, intérêts et motivations variés. « Certains se soucient des chauves-souris et installent des abris artificiels pour pallier la disparition des vieux arbres dans nos forêts », explique Mahr. « D’autres mènent des études sur les blaireaux et la connectivité sous les autoroutes [à l’aide de ponceaux]. D’autres encore étudient les terres humides des plaines inondables et leur vulnérabilité à la sécheresse. Enfin, nous avons soutenu un inventaire complet de la biodiversité qui a permis de recenser plus de 4 000 espèces, dont des escargots, des myxomycètes et des champignons, dans deux corridors de Kootenay Connect traversant la vallée de Slocan. »
Ces divers spécialistes, ainsi que des forestiers, des agriculteurs et divers autres intervenants, ont tous joué un rôle dans le repérage des meilleurs emplacements afin que les corridors de conservation aient le plus grand impact possible, et dans la recherche de la meilleure façon de restaurer ces terres.
Depuis son lancement, Kootenay Connect a inspiré Kootenay Connect Priority Places, un programme géré par le Kootenay Conservation Program qui a accumulé une liste impressionnante de réalisations. En collaboration avec une quarantaine d’organismes, dont des organismes à but non lucratif, des gouvernements et des Premières Nations, l’initiative a recueilli la somme impressionnante de 14 millions de dollars. Ces fonds ont permis de réaliser plus de 60 projets d’amélioration de l’habitat dans sept des douze corridors initialement identifiés, venant ainsi en aide à une multitude d’espèces allant des crapauds de l’Ouest aux pics de Lewis, une espèce en voie de disparition. « Je ne connais aucune autre initiative de cette envergure menée ou gérée par une ONG en Colombie-Britannique », déclare Marcy Mahr.
À L’AVENIR, l’un des principaux axes de Kootenay Connect sera le Corridor du lac Columbia, un haut lieu de la biodiversité et une halte importante pour les oiseaux migrateurs. La région revêt également une grande importance culturelle. Le lac occupe en effet une place centrale dans la légende de la création de la nation Ktunaxa.
L’histoire orale des Ktunaxa raconte l’époque ancestrale où le monde était gouverné par des esprits animaux. Le chef de ces animaux, Naⱡmuqȼin, était si grand qu’il devait ramper sur ses mains et ses genoux pour éviter de heurter le ciel. Comme beaucoup d’esprits animaux, Naⱡmuqȼin devait accomplir une prophétie : il devait tuer un monstre aquatique nommé Yawuʔnik̓ qui vivait dans le réseau hydrographique de Kootenay et du fleuve Columbia. Ce monstre avait tué beaucoup d’animaux là-bas.
Naⱡmuqȼin pourchassa Yawuʔnik̓ à travers les réseaux hydrographiques et finit par le coincer et le tuer dans le lac Columbia. Les organes du monstre aquatique furent utilisés pour créer la race humaine, tandis que ses côtes furent dispersées et devinrent les falaises de la région. Naⱡmuqȼin décréta que le peuple Ktunaxa était désormais désigné comme « gardien de la terre » et qu’il resterait ici pour toujours. L’histoire se termine lorsque Naⱡmuqȼin se leva pour célébrer et se cogna la tête contre le plafond du ciel. Le choc le tua et son corps forma la chaîne des Rocheuses.
« C’est une histoire qui parle du lien avec la terre, explique Kris Belanger, directeur opérationnel de la Première Nation Ktunaxa. Il existe certainement un lien étroit entre le récit de la création et le travail de Kootenay Connect. »
La possibilité d’intégrer les valeurs et les perspectives autochtones dans la planification des corridors écologiques est un élément passionnant du projet pour Marcy Mahr. Et compte tenu de sa riche biodiversité et de son importance culturelle, le corridor du lac Columbia s’y prête très bien. « C’est un lieu de rencontre, explique-t-elle. Cela a toujours été un endroit où les gens voulaient venir, un endroit où tous les êtres voulaient venir.
La plus grande incertitude qui pèse sur la suite des travaux pourrait être le financement. La dernière subvention fédérale reçue par Kootenay Connect provenait d’un programme Fonds de la nature du Canada, et il n’est pas certain que de tels programmes soient renouvelés, explique Marcy Mahr.
Malgré l’incertitude actuelle, Kootenay Connect va de l’avant, conscient d’avoir créé un nouveau modèle solide de planification de la conservation à l’échelle régionale et d’avoir favorisé la création d’un réseau de partenariats pour faire avancer cet important travail. Pour le cofondateur Michael Proctor, ce sont ces relations qui constituent l’aspect le plus durable et le plus puissant de cette initiative.
« On peut faire les choses rapidement tout seul, dit-il, mais les changements durent beaucoup plus longtemps quand on les fait en groupe. » En ce sens, Kootenay Connect pourrait être un bon exemple de la signification du terme ktunaxa ʔuk̓iniⱡwitiyaⱡa : beaucoup de gens travaillant d’un seul cœur.
Cet article fait partie d’une série sur les corridors écologiques, réalisée avec le soutien de Parcs Canada. Pour en savoir plus, consultez le site Droit de Passage.
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