« Le zonage a toujours été un compromis », explique Van Tighem. « Les meilleures zones pour la faune sauvage se trouvent au fond de la vallée, là où situent la ville et l’autoroute. Ce n’est pas parfait, mais c’est vraiment très bien. »
Cela a permis de contrôler un certain temps l’impact des visiteurs dans le parc, mais au début des années 1990, le nombre de visiteurs a explosé, les voyageurs nationaux et internationaux affluant vers le parc.
« Les parcs nationaux incarnent notre identité canadienne », affirme Van Tighem. « Et Banff est l’exemple parfait du réseau des parcs. Visiter Banff renforce le sentiment d’appartenance au Canada. » À l’étranger, les montagnes, les rivières, les glaciers et la faune de Banff représentent l’image emblématique du Canada, ajoute-t-il. Pour les étrangers, visiter Banff, c’est visiter le Canada.
Partagé entre les promoteurs du tourisme et les écologistes, le réseau des parcs a commandé l’étude Banff-Bow Valley en 1994. Cette évaluation indépendante a conclu que « si nous n’agissons pas immédiatement, les qualités qui font de Banff un parc national disparaîtront ». Ses 500 recommandations ont façonné l’avenir de Banff et du réseau des parcs, explique Van Tighem. L’étude a mené à l’installation de clôtures et de passages fauniques le long de la route transcanadienne, une première au Canada. Elle a également permis de freiner la pression immobilière. Le parc a rasé un camp de cadets et fermé l’aéroport pour créer un corridor faunique, a limité la superficie de la ville de Banff et a restreint l’expansion future des trois stations de ski.
« Globalement, ils ont fait un excellent travail en trouvant un juste équilibre entre l’intensité de l’utilisation humaine et la protection de l’intégrité écologique », déclare Van Tighem.
Le nombre de visiteurs du parc est resté relativement stable pendant plus d’une décennie, avant de commencer à diminuer légèrement. En 2010, Van Tighem a été chargé de rédiger le plan de gestion consulté des Canadiens de toutes les provinces avant de présenter sa proposition aux fonctionnaires à Ottawa. « Les Canadiens nous ont dit qu’ils souhaitaient que nous rénovions le parc, mais pas que nous y ajoutions de nouvelles activités ou de nouveaux aménagements », se souvient-il. Or, la direction nationale de Parcs Canada s’inquiétait de la baisse de fréquentation du parc.
En vertu de la Loi sur l’agence de Parcs Canada, les services sont censés être financés par les droits d’entrée. La plupart des parcs n’y parviennent pas. Mais Banff est une véritable mine d’or : ses recettes dépassent, ce qui lui permet de subventionner les parcs moins fréquentés. « On a toujours mis l’accent sur le marketing et la promotion afin d’accroître le nombre de visiteurs », explique Van Tighem
Finalement, la direction a fixé un objectif d’augmentation de deux pour cent du nombre de visiteurs par an. Le plan prévoyait d’attirer les excursionnistes et les moins aventureux grâce à des activités comme des pistes cyclables et des programmes d’initiation au camping.
Ce qu’ils n’avaient pas anticipé, c’était l’intérêt croissant pour les activités déjà proposées par les parcs, explique Van Tighem. La randonnée, l’escalade et le ski hors-piste gagnaient en popularité. Les réseaux sociaux, comme Instagram, connaissaient un essor fulgurant, intégrant des lieux particulièrement photogéniques, tels que le lac Moraine et le lac Louise, aux listes des « 10 plus beaux endroits de la planète ». Parallèlement, à un peu plus d’une heure à l’est, Calgary était en plein essor ; sa population est passée de 880 000 habitants en 2001 à 1,3 million en 2019.
La fréquentation des parcs nationaux du pays a connu une hausse constante pendant une décennie, atteignant un sommet de 16,8 millions de visiteurs en 2017, année ou Parcs Canada a aboli les droits d’entrée dans le cadre des célébrations du 150e anniversaire du Canada. Ailleurs, le nombre de visiteurs s’est stabilisé ou a légèrement diminué par la suite, mais à Banff, il a continué d’augmenter pour atteindre 4,2, millions en 2019.
Bien que Parcs Canada ait fermé tous les parcs nationaux en avril et mai 2020 en raison des mesures de confinement liées à la COVID-19 (ce qui a entraîné une baisse de 28 % du nombre de visiteurs à travers le pays par rapport à 2019), à Banff, le nombre total de visiteurs dans le parc de juin à décembre n’a diminué que de quelques points de pourcentage, malgré l’absence de touristes internationaux, qui représentent habituellement la moitié des visiteurs estivaux. Si les tendances pré-pandémiques se maintiennent, on estime que Banff pourrait accueillir cinq millions de personnes d’ici 2030.