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Est-ce « normal » ou s’agit-il de changements climatiques? Comprendre les conditions météorologiques extrêmes du Canada

Baptisé « Système d’attribution rapide des phénomènes météorologiques extrêmes », un nouveau programme d’Environnement et Changement climatique Canada évalue l’impact du réchauffement de la planète sur notre climat local.

  • Jun 18, 2026
  • 1,697 words
  • 7 minutes
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Ces dernières années, les phénomènes météorologiques extrêmes sont devenus de plus en plus courants partout dans le monde, et le Canada ne fait pas exception. Le nouveau système d’attribution rapide des phénomènes météorologiques extrêmes d’Environnement et Changement climatique Canada permet de mesurer l’impact du réchauffement climatique sur notre climat local. (Photo : Karen Hase/Can Geo Photo Club)
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Ce qui a été le plus effrayant à l’occasion d’Halloween en 2025, dans une grande partie de l’est du Canada, c’était la météo. L’ouragan Melissa avait passé la semaine précédente à balayer les Caraïbes avec des vents soutenus records de plus de 300 kilomètres par heure et des rafales de plus de 400 kilomètres par heure, tuant au moins 95 personnes en Jamaïque, à Haïti et ailleurs. Bien que la force de l’ouragan se soit affaiblie lorsqu’il a atteint le Canada, des pluies torrentielles ont inondé le Québec et les provinces de l’Atlantique.

Ces dernières années, les phénomènes météorologiques extrêmes sont devenus de plus en plus courants partout dans le monde, et le Canada ne fait pas exception : des rivières atmosphériques en Colombie-Britannique, des vagues de froid inhabituelles en Saskatchewan (ce qui en dit long!), des vagues de chaleur au Québec, etc., s’accompagnant parfois de conséquences telles que des inondations et des feux de forêt incontrôlables. Chaque fois que des phénomènes extrêmes comme l’ouragan Melissa se produisent, une question se cache derrière les gros titres : est-il question de changement climatique dans ce cas-là? La violence de ce phénomène météorologique particulier est-elle liée d’une manière ou d’une autre au réchauffement progressif de la planète?

Il a toujours été difficile de répondre à ce genre de questions, car, comme on le sait, le temps est variable. Mais Environnement et Changement climatique Canada a trouvé un moyen de mesurer l’impact du changement climatique sur notre météo locale. Lorsque les conditions sont inhabituelles ou atypiques par rapport aux normes historiques, le système d’attribution rapide des phénomènes météorologiques extrêmes se met alors en marche dans les 24 heures pour les précipitations et dans la semaine pour les températures, afin d’estimer dans quelle mesure les observations actuelles sont plus ou moins probables dans le climat actuel par rapport aux conditions préindustrielles du XIXe siècle.

Par exemple, les précipitations enregistrées après le passage de Melissa, qui ont atteint jusqu’à 39 millimètres dans certaines régions du Québec, correspondent à un type de conditions météorologiques dont la probabilité a désormais doublé, voire triplé, en raison des effets du changement climatique. Le lendemain, dans l’est du Labrador, les précipitations ont atteint des niveaux qui étaient encore plus rares à l’époque préindustrielle, mais qui sont aujourd’hui deux à dix fois plus susceptibles de se produire.

Pourquoi avons-nous besoin de l’« attribution des phénomènes »?

Le système d’attribution des phénomènes a été mis en service au printemps 2024; il s’est d’abord concentré sur les vagues de chaleur, puis a été étendu aux vagues de froid et aux fortes précipitations. Selon Megan Kirchmeier-Young, chercheuse en climatologie à Environnement et Changement climatique Canada, cette idée s’inspire de l’épidémiologie. Tous les fumeurs ne développent pas un cancer du poumon, et tous les cancers du poumon ne sont pas causés par le tabagisme, mais les épidémiologistes sont néanmoins en mesure d’attribuer une « fraction de risque attribuable » qui quantifie l’importance du rôle que joue généralement le tabagisme dans le cancer du poumon.

Les phénomènes météorologiques extrêmes relèvent eux aussi du domaine de la probabilité : tous les événements extrêmes ne sont pas dus au changement climatique, et le changement climatique n’est pas toujours à l’origine de ces événements. Mais les scientifiques peuvent utiliser ce même type de méthodologie pour estimer dans quelle mesure le changement climatique a rendu un événement extrême donné plus ou moins probable. Les conclusions principales du système ne sont pas vraiment surprenantes : sur les 49 vagues de chaleur analysées au cours des étés 2024 et 2025, chacune d’entre elles a vu sa probabilité augmenter, ne serait-ce que légèrement, en raison du changement climatique d’origine humaine.

Le Canada se réchauffe environ deux fois plus vite que la moyenne mondiale, et l’Arctique canadien se réchauffe près de quatre fois plus vite, en partie à cause de la disparition de la neige et de la banquise qui réfléchissaient auparavant le rayonnement solaire. Mais passer du général (« la terre se réchauffe ») au concret et au local (« ce qui s’est passé hier ici même, dans ma ville, a désormais cinq fois plus de chances de se produire qu’auparavant ») aide à replacer ces changements dans leur contexte. « Le changement climatique nous touche déjà partout au Canada, affirme Mme Kirchmeier-Young, et je pense qu’il peut être difficile de saisir ce que cela signifie. »

Le fait de chiffrer ces événements peut également nous aider à déterminer comment nous adapter à cette nouvelle réalité climatique. Cette tempête était-elle un événement exceptionnel qui n’arrive qu’une fois par siècle, ou s’agit-il désormais d’un risque qui se présente une fois par décennie? Si c’est le cas, explique Mme Kirchmeier-Young, « alors nous pouvons réfléchir à la manière dont nous devons nous préparer, car ce scénario est désormais plus probable, et à mesure que le réchauffement se poursuit, il le deviendra encore davantage ». Au fil du temps, le système d’attribution constituera une base de données d’événements analysés qui permettra de dresser un tableau plus précis des types de phénomènes météorologiques extrêmes qui se produisent actuellement au Canada et de ceux dont la fréquence augmente ou diminue.

Le fait de chiffrer ces événements peut également nous aider à déterminer comment nous adapter à cette nouvelle réalité climatique. Cette tempête était-elle un événement exceptionnel qui n’arrive qu’une fois par siècle, ou s’agit-il désormais d’un risque qui se présente une fois par décennie?

D’où viennent ces prévisions?

Le système d’attribution des phénomènes utilise des modèles climatiques fondés sur des données de l’époque préindustrielle, entre 1850 et 1900, afin d’estimer la probabilité qu’une température donnée se soit produite à cette époque. Cela donne lieu à une distribution de probabilité en forme de cloche : les journées extrêmement froides et chaudes, situées aux extrémités de la distribution, étaient rares par rapport aux températures plus modérées.

Les modèles climatiques actuels donnent une distribution de probabilité similaire, mais décalée vers la droite, car la température moyenne est plus élevée. On obtient ainsi deux courbes qui se chevauchent :

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La distribution de probabilité des températures attendues aujourd’hui est décalée vers la droite, c’est-à-dire vers des températures plus élevées, par rapport à la distribution observée à l’époque préindustrielle. En conséquence, les épisodes de chaleur extrême sont désormais beaucoup plus fréquents, tandis que les épisodes de froid extrême sont beaucoup moins fréquents. [Source : Environnement et Changement climatique Canada]
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Il est clair que les épisodes de chaleur extrême sont désormais plus fréquents qu’auparavant, et l’écart entre les deux courbes permet de quantifier cette différence. Si la probabilité de l’événement est plus de dix fois supérieure, le système d’attribution des phénomènes le classera comme « considérablement plus probable »; si elle est comprise entre au moins deux et dix fois supérieure, il sera classé comme « beaucoup plus probable »; si elle est comprise entre une et deux fois supérieure, il sera simplement classé comme « plus probable ».

Voici, par exemple, les données relatives à une vague de chaleur d’une semaine qui a sévi en août 2025 dans le Canada atlantique. La vague de chaleur a battu des records, avec notamment un record historique de 39,5 °C à l’Île-du-Prince-Édouard, et la température moyenne dans toute la région a atteint 28,4 °C, soit près de 10 degrés de plus que la température maximale quotidienne habituelle :

Une telle température aurait été tellement improbable à l’époque préindustrielle que cette vague de chaleur a été jugée « considérablement plus probable », ce qui signifie qu’elle était plus de dix fois plus susceptible de se produire en raison des effets du changement climatique d’origine humaine.

La température maximale enregistrée dans le Canada atlantique lors de la vague de chaleur d’août 2025 a dépassé de quatre degrés la température maximale habituelle de l’année dans cette région, un phénomène rare dont la probabilité de survenue a été multipliée par plus de dix en raison des effets du réchauffement d’origine humaine. [Source : Environnement et Changement climatique Canada]
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Qu’en est-il du froid extrême et des précipitations?

D’après les courbes de probabilité, les épisodes de froid extrême devraient devenir moins fréquents, tandis que les épisodes de chaleur extrême devraient se multiplier. C’est à peu près ce que révèle le système d’attribution des phénomènes. Une vague de froid en Saskatchewan en février 2025, par exemple, qui a atteint une température minimale de -34,5 °C, avait plus de dix fois moins de chances de se produire que par le passé.

Une scène enneigée à Montréal. Aucune des vagues de froid qui ont touché l’Ontario ou le Québec durant l’hiver 2025-2026 n’a atteint le seuil nécessaire pour être qualifiée d’« extrême » par rapport aux conditions météorologiques habituelles des trois dernières décennies. (Photo : Shawn Dearn/Unsplash)
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Pourtant, les résultats ne sont pas toujours ceux auxquels on s’attend. « Cet hiver, j’ai vraiment eu l’impression que le froid ne s’arrêterait jamais, déclare Mme Kirchmeier-Young, qui vit à Toronto. On avait l’impression d’avoir connu beaucoup de vagues de grand froid. » Mais le système d’attribution des phénomènes n’est pas de cet avis : aucune des vagues de froid survenues en Ontario ou au Québec durant l’hiver 2025-2026 n’a même atteint le seuil requis pour être qualifiée d’« extrême » par rapport aux conditions météorologiques habituelles des trois dernières décennies. Nos souvenirs des conditions météorologiques que nous avons connues par le passé sont sujets à erreur – ce qui constitue une raison supplémentaire pour laquelle il est si utile de quantifier objectivement le caractère exceptionnel des phénomènes météorologiques extrêmes.

De manière plus générale, le lien entre le changement climatique et les phénomènes météorologiques extrêmes n’est pas toujours aussi évident que le laisse entendre ce modèle simplifié. Certains scientifiques estiment que le réchauffement de l’Arctique pourrait affaiblir les courants atmosphériques qui confinent habituellement le froid à la région polaire, provoquant ainsi davantage de vagues de froid dans le sud du Canada malgré la tendance générale au réchauffement. Mais les données recueillies jusqu’à présent par le système d’attribution des phénomènes extrêmes indiquent que la tendance dominante, et de loin, est à une diminution des épisodes de froid extrême.

Le lien entre le réchauffement de la planète et l’intensification des précipitations extrêmes est également évident. Selon Mme Kirchmeier-Young, la raison principale est que l’air plus chaud peut contenir davantage d’humidité. C’est pourquoi les journées chaudes d’été sont souvent humides et collantes, tandis que les journées froides d’hiver sont sèches. Cela signifie qu’avec l’atmosphère qui se réchauffe, les nuages ont tendance à contenir davantage d’humidité au moment où la pluie commence à tomber – ce qui, par conséquent, fait que les précipitations les plus importantes deviennent encore plus abondantes, avec des conséquences perturbatrices et parfois catastrophiques.

Ces conséquences constituent le prochain défi pour le système d’attribution des phénomènes extrêmes. Mme Kirchmeier-Young et ses collègues espèrent pouvoir intégrer à terme des conséquences plus complexes, telles que les sécheresses, les inondations, une forte humidité, des vents violents et les risques d’incendie – autant de phénomènes qui font de plus en plus la une des journaux et alimentent le débat sur la manière de réagir et de s’adapter au changement climatique. D’ores et déjà, ce système nous réveille et nous ramène à la réalité : il permet de vérifier instantanément si la météo d’hier était aussi extrême qu’elle en avait l’air, et s’il y a des chances que cela se reproduise. D’après les premiers résultats, la réponse est probablement oui et oui.

Cet article a été réalisé en partenariat avec Environnement et Changement climatique Canada.

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