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C’était un ranch familial depuis des générations. Aujourd’hui, il est protégé en tant que prairie indigène.

Une Albertaine profondément enraciné dans les Prairies a fait don de 507 hectares de prairie indigène le long de la rivière Oldman pour être conservés dans le cadre du Programme des dons écologiques du gouvernement fédéral, qui offre d’importants avantages fiscaux aux propriétaires fonciers disposés à donner des terres écologiquement sensibles

  • Published May 19, 2026
  • Updated May 21
  • 1,698 words
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Diane Glover a fait don de ce terrain situé le long de la rivière Oldman, qui appartient à sa famille depuis trois générations, en vue de sa conservation à long terme dans le cadre du « Programme des dons écologiques » du fédéral. (Photo avec l'aimable autorisation de Diane Glover)
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La rivière Oldman serpente à travers une parcelle de prairies indigènes dans le comté de Lethbridge, au sud de l’Alberta, territoire traditionnel des peuples Blackfoot. Les yeux les plus attentifs peuvent encore apercevoir les traces de leurs tipis dans l’herbe. Au XIXe siècle, l’homme d’affaires américain Roderick Cameron y élevait des poneys. Puis, dans les années 1940, Walter Palfrey, un charpentier anglais, a acheté ce terrain avec un associé danois. La parcelle a finalement été transmise à travers deux générations de la famille Palfrey jusqu’à sa petite-fille, Diane Glover. Aujourd’hui, grâce à la famille Glover et au Programme des dons écologiques d’Environnement et Changement climatique Canada, ces 507 hectares de prairie vierge n’appartiennent à personne.

« C’est une petite histoire », dit Glover. « La petite histoire d’une petite famille. » 

Walter Palfrey (que l’on voit ici en compagnie de son épouse Annie et de sa fille Elinor) est arrivé au Canada en provenance d’Angleterre en 1910. Souhaitant devenir éleveur, il s’est associé à Roger Salmonsen pour acheter 507 hectares de prairies naturelles le long de la rivière Oldman, près de Lethbridge, en Alberta. (Photo avec l'aimable autorisation de Diane Glover)
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Walter Palfrey est arrivé au Canada en provenance d’Angleterre en 1910. Menuisier de métier, il s’est construit une maison sur une ferme de 32 hectares qu’il a achetée près de Lethbridge, en Alberta. C’est là qu’il a rencontré Annie et qu’il est tombé amoureux d’elle, mais le couple a dû attendre pour se marier. Annie s’était engagée à s’occuper des enfants de son frère après le décès de sa femme, emportée par la grippe. Lorsque son frère s’est enfin remarié sept ans plus tard, Annie a épousé Walter et a emménagé dans la maison qu’il avait construite. Le couple a eu une fille, Elinor. 

Un brigadier-général britannique du nom de Montague Hornby engagea Walter pour l’aider à gérer ses 260 hectares de terres agricoles irriguées. Walter et son associé, un Danois du nom de Roger Salmonsen, achetèrent un quart de section aux héritiers de Hornby après le décès de ce dernier en 1946, et louèrent et exploitèrent les trois quarts restants. Les deux hommes, cependant, souhaitaient davantage devenir éleveurs que cultivateurs. Ensemble, ils ont acheté 507 hectares de prairies naturelles le long de la rivière Oldman. 

Glover se rappelle avoir visité la propriété avec son frère et sa sœur lorsqu’ils étaient enfants. Elle se rappelle les cheveux blancs de son grand-père et le fait de s’être assise sur ses genoux osseux tandis qu’il la laissait conduire son camion sur les chemins de gravier. Pendant la saison des vêlages (naissance des veaux au printemps), Walter l’envoyait, elle et ses frères et sœurs, en expédition dans les coulées (petits ravins dans les prairies) pour débusquer les veaux qui, selon lui, s’étaient égarés. « Faites attention aux serpents à sonnettes », les avertissait-il alors que les enfants partaient tranquillement accomplir cette importante mission. Ils ne sont jamais tombés sur aucun serpent, pas plus qu’ils n’ont trouvé un quelconque des veaux fugitifs dont leur grand-père avait parlé. Des années plus tard, Mme Glover a compris qu’il n’y avait jamais eu de veaux égarés. Son grand-père voulait simplement éloigner les enfants pour éviter que le marquage  et la castration des veaux ne les bouleversent.

Elinor a poursuivi le partenariat de son père avec Roger après le décès de Walter en 1973. « Mon grand-père et Roger ont été associés pendant 44 ans, » explique Diane Glover. « Ils n’ont jamais eu besoin de mettre quoi que ce soit par écrit. C’était simplement un accord à l’amiable. Ma mère a donc poursuivi cette tradition. » À la mort de Roger en 1990, Elinor a négocié avec ses héritiers au Danemark pour racheter sa part des pâturages.

Aujourd’hui, cette portion de terrain est pratiquement identique à ce qu’elle était lors de son acquisition, il y a plusieurs décennies. En 2025, la petite-fille de Walter Palfrey, Diane Glover, a fait don de ces 507 hectares à des fins de conservation permanente. (Photo avec l'aimable autorisation de Diane Glover)
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Le frère de Diane, Brian, n’a jamais pu réaliser son rêve de construire un jour une maison sur cette parcelle de prairie, comme Walter l’avait fait sur ses terres agricoles une génération plus tôt. Pourtant, lui et Diane se rendaient souvent sur place. « Mon frère était comme mon grand-père, raconte Mme Glover. Il était très travailleur. » Brian avait amené deux conteneurs maritimes pour servir d’abris de fortune où ils passaient la nuit. Celui qui se réveillait le premier devait démarrer le générateur et préparer le café du matin. Le générateur alimentait également la douche extérieure que Brian avait installée, ce qui leur évitait de se baigner dans la rivière au milieu des serpents d’eau.

Ces derniers temps, Diane Glover ne se rend pas sur la propriété aussi souvent qu’elle le souhaiterait, « même si j’y pense tous les jours », dit-elle. Outre le contact avec la faune et la beauté naturelle qu’offre le terrain, la famille de Mme Glover a également dû supporter des discussions pénibles avec des entreprises énergétiques déterminées à exploiter la propriété à des fins lucratives. Ils ont toujours estimé que la véritable valeur de ce lieu ne pouvait se mesurer au nombre de panneaux solaires, de parcs éoliens, de postes de transformation ou de lignes électriques que la propriété pouvait accueillir, « mais plutôt à ce qui peut exister ou rester intact en l’absence d’exploitation humaine », explique Mme Glover.

Au cours des 18 dernières années, ses parents et ses deux frères et sœurs étant décédés, Diane Glover est devenue l’unique propriétaire des pâturages chers à sa famille. Elle ne s’est jamais mariée et n’a pas d’enfants à qui léguer ces terres — « Je suis la seule qui reste », dit-elle — mais elle a refusé de les vendre. Mme Glover a toujours craint qu’un acheteur ne considère pas ces terres comme sa famille l’avait fait : comme un lieu à préserver dans son état originel. « Je n’aurais jamais permis que s’y déroulent des activités contraires à nos valeurs familiales, » explique-t-elle. Mme Glover ne voulait pas que ces terres deviennent un terrain de chasse ou un territoire de piégeage. « Je ne veux pas que quiconque tue quoi que ce soit », dit-elle. Et elle déteste l’idée de voir des véhicules tout-terrain vrombir à travers les herbes de la prairie indigène.

À ses yeux, cette terre n’appartient pas du tout aux humains. « Ces terres uniques existaient bien avant nous, et on nous a appris que le fait d’en être propriétaires est un honneur et que cette situation est temporaire, explique Mme Glover. Nous nous considérons comme les gardiens de ce lieu pendant le temps que nous passons ici. »

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Diane Glover, à gauche, en compagnie de sa belle-sœur, sur une photo sans mention de date. Depuis trois générations, la famille élargie de Diane utilise cette propriété située au bord de la rivière Oldman pour le pâturage, le camping, l’observation des étoiles et les réunions de famille. La famille a convenu que ce terrain ne devait en aucun cas être vendu ou construit, mais qu’il devait au contraire être préservé pour les générations futures. (Photo avec l'aimable autorisation de Diane Glover)
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Ainsi, à l’automne 2025, Mme Glover a fait don de ces 507 hectares à Conservation de la nature Canada dans le cadre du Programme des dons écologiques du gouvernement fédéral. Ce programme offre d’importants avantages fiscaux aux propriétaires fonciers disposés à faire don de terres d’importance écologique. Depuis la création du programme en 1995, des donateurs comme Mme Glover ont effectué plus de 2 000 dons de ce type, d’une valeur totale de plus de 1,4 milliard de dollars. Ces dons ont permis de protéger plus de 265 000 hectares d’habitats fauniques, y compris des zones désignées comme étant d’importance nationale ou provinciale. Bon nombre d’entre elles abritent certaines des espèces en péril du Canada. La contribution de Mme Glover s’inscrit dans le cadre du plan ambitieux de Conservation de la nature Canada visant à préserver un demi-million d’hectares de prairies d’ici 2030.

Le don de la famille Glover permettra de préserver un habitat intact pour des espèces menacées telles que le blaireau d’Amérique, le courlis à long bec et l’engoulevent d’Amérique. Les serpents à l’égard desquels le grand-père de Diane avait mis ses frères et sœurs en garde lors de leur recherche de veaux fantômes se glisseront et siffleront en toute tranquillité à travers ces mêmes graminées. Les éleveurs continueront de faire paître leur bétail sur ces terres, comme ils le font depuis que Walter et Roger les ont acquises. Cela contribuera à préserver la santé des prairies, le bétail reprenant le rôle historique des bisons, dont le pâturage avait permis de conserver les habitats de toutes sortes d’animaux sauvages.

La préservation des habitats est cruciale. Les prairies, et en particulier les prairies indigènes, ont la triste distinction d’être l’écosystème le plus menacé du Canada. Selon Conservation de la nature Canada, il ne reste plus qu’un cinquième des prairies d’origine du pays. À mesure que les prairies disparaissent, les espèces qui en dépendent disparaissent elles aussi. Le rapport Planète vivante 2025 du Fonds mondial pour la nature (WWF) pour le Canada fait état d’un déclin moyen de 62 % des espèces des prairies. Seulement 1 % des prairies de l’Alberta et de la Saskatchewan sont protégées, ce qui rend le don de Mme Glover d’autant plus essentiel.

L’engoulevent d’Amérique, une espèce menacée au Canada, niche dans la région. Partout en Amérique du Nord, les engoulevents sont menacés à la fois par la perte de leur habitat et par la raréfaction des insectes due à l’utilisation de pesticides. (Photo : Jake Zamora/Can Geo Photo Club)
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Les buses rouilleuses se reproduisent dans les prairies et se nourrissent de petits mammifères, tels que les spermophiles. (Photo : Monica Dahl/Can Geo Photo Club)
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Ce don écologique contribue à préserver l’habitat du crotale des prairies, dont les populations ont diminué en raison de la chasse et de la fragmentation de son habitat. (Photo : Philip Childs/Can Geo Photo Club)
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Cette propriété de 507 hectares située dans le comté de Lethbridge constitue l’une des plus vastes étendues contiguës de prairies intactes encore présentes dans la région. Sa préservation contribuera à maintenir l’habitat d’espèces menacées au Canada, telles que le blaireau d’Amérique. (Photo : Donna Feledichuk/Can Geo Photo Club)
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Mme Glover n’est pas préoccupée par le fait que le nom de sa famille soit associé à cette parcelle. « Cela n’a pas vraiment d’importance pour moi », dit-elle. Elle insiste toutefois sur le fait que le public ne pourra pas accéder à ce terrain. Mme Glover souhaite que ce pâturage soit préservé, et non exploité. Il n’y aura ni sentiers de randonnée ni parcours pédagogiques. Pas de toilettes publiques ni de bancs de parc. Il ne restera que ce qui existait auparavant.

Le don de Mme Glover est assorti d’une autre condition. Elle a exigé de pouvoir se rendre sur cette parcelle quand bon lui semble. Tant qu’elle en sera capable, Mme Glover reviendra sur cette propriété pour y passer du temps au milieu de la sauge odorante, à l’ombre des peupliers riverains et au milieu des chardons « magnifiques mais mortels ». Les cendres de ses parents et de son frère sont également enterrées quelque part dans ce pâturage. Il n’y a ni stèle ni monument commémoratif. Seule Mme Glover connaît l’endroit. « Une longue marche en descendant une grande colline », dit-elle.

Le territoire lui-même, ainsi que les créatures qui y vivent, rendent hommage à la famille mieux que n’importe quelle stèle de pierre. En hommage à la gestion responsable et à la générosité de longue date des Glover, les grenouilles léopards du Nord continueront de coasser et de glousser depuis les hautes herbes au bord de la rivière. Les cerfs se cacheront dans les coulées, et les chevêches des terriers nicheront sous la prairie. Les blaireaux traqueront les écureuils terrestres, et les serpents à sonnettes chasseront les souris lorsqu’elles franchiront les barrières texanes à la lisière de la propriété. « Toutes sortes de petits miracles », dit Mme Glover.

Cet article a été réalisé en partenariat avec Environnement et Changement climatique Canada.

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