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Autrefois centre de l’industrie lourde, le lac Big Glace Bay, en Nouvelle-Écosse, est aujourd’hui un refuge florissant pour la faune sauvage

La désignation du lac Big Glace Bay en tant que réserve nationale de faune en 2022 marque une étape décisive dans un effort mené depuis des décennies pour favoriser le rétablissement et la prospérité des pluviers siffleurs. Elle permet également de protéger un habitat essentiel pour la migration automnale de nombreuses espèces de sauvagine.

  • Apr 21, 2026
  • 1,456 words
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Dunes de sable sur la plage de Big Glace Bay, au Cap-Breton (Nouvelle-Écosse). La région abrite la réserve faunique nationale du lac Big Glace Bay. (Photo : William Berry/Alamy)
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Depuis la plage de la réserve nationale de faune du Lac-Big Glace Bay, il est difficile de ne pas s’émerveiller devant ce qu’est devenue cette région.

La plage, une longue langue de sable et de galets, s’avance sur un kilomètre et demi depuis le rivage, laissant une étroite ouverture par laquelle la mer pénètre. D’un côté de cette langue se trouve l’océan Atlantique, et de l’autre, une étendue de marais salants, de vasières et un estuaire – le « lac » – où l’eau salée et l’eau douce se mélangent, au rythme des marées.

Jusqu’à la fin du 20e siècle, la région abritait plusieurs sites industriels, mais au fil du temps, ces installations ont disparu. Aujourd’hui, le lac Big Glace Bay est l’une des plus récentes réserves nationales de faune du pays : 394 hectares d’habitat accueillant des oiseaux migrateurs et des espèces en péril.

Après des années de sensibilisation, les résidents locaux et les visiteurs sont désormais beaucoup plus conscients de l'impact de leurs comportements sur l'habitat du pluvier et de l'importance de sa protection. (Photo : William Berry/Alamy)
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« Si vous prenez le temps d’explorer la région, vous y découvrirez bien plus que ce que vous imaginez la majorité du temps », déclare Jeff McNeil, président de la l’Association pour la faune de Port Morien, qui a joué un rôle clé dans la revendication de la protection de cette zone. « Voir cette région passer d’une zone d’industrie lourde à l’espace verdoyant et prospère qu’elle est devenue aujourd’hui, c’est tout simplement extraordinaire. »

L’importance de cette zone pour la faune est reconnue depuis longtemps. Il s’agit d’un type d’écosystème appelé « étang formé par un cordon littoral », dans lequel une masse d’eau plus vaste influence une masse d’eau plus petite. Au niveau du lac Big Glace Bay, l’océan Atlantique se mélange aux eaux du lac, créant ainsi un étang saumâtre protégé de l’océan. Dans ces eaux abritées, des herbiers de zostère marine – une plante marine qui abrite tout un éventail de faune – se développent, tandis que la présence d’eau salée empêche l’étang de geler. Ces caractéristiques font de cette zone une halte migratoire importante pour les oiseaux aquatiques tels que les bernaches du Canada et les canards noirs, tandis que plusieurs espèces menacées nichent le long de la plage.

Pour ces raisons — et conscient que les oiseaux migrateurs de la région étaient particulièrement menacés par la chasse —, le gouvernement fédéral a désigné le lac comme refuge d’oiseaux migrateurs pour la première fois en 1939.

Mais la région a également accueilli l’industrie lourde. Une centrale électrique au charbon se trouvait autrefois à l’extrémité ouest de l’estuaire : la centrale Seaboard, ouverte en 1930 pour alimenter en électricité la région industrielle du Cap-Breton, a fermé ses portes dans les années 1980. À quelques kilomètres de là, le long du littoral, l’usine d’eau lourde de Glace Bay a été construite dans les années 1960 pour fournir de l’eau lourde aux réacteurs nucléaires ; elle a elle aussi fermé ses portes dans les années 1980.

Lorsque le gouvernement fédéral a achevé la dépollution du site en 2012, la municipalité locale envisageait initialement de le destiner à un projet immobilier commercial et résidentiel – mais l’Association pour la faune de Port Morien a plaidé en faveur d’une autre affectation. Ses membres avaient constaté à quelle vitesse l’écosystème s’était régénéré une fois les infrastructures industrielles démantelées. « C’est devenu une zone très luxuriante, avec […] un écosystème qui en surprendrait plus d’un », explique M. McNeil.

Il souligne l’abondance d’oiseaux tant sur terre qu’en mer, les poissons dans les eaux et les cerfs de Virginie dans la forêt entourant l’estuaire – cette profusion de vie peut donner l’impression, lorsqu’on visite cette réserve nationale de faune, de se trouver dans un documentaire sur la faune, ajoute-t-il.

Les écosystèmes des étangs formés par un cordon littoral sont, par nature, en constante évolution, explique Karel Allard, coordonnateur des aires protégées au Service canadien de la faune, une direction générale d’Environnement et Changement climatique Canada. Dans le cas du lac Big Glace Bay, la nature dynamique de la plage et de l’estuaire lui permet d’abriter une faune et une flore d’une grande richesse. « Bon nombre de ces espèces d’oiseaux aquatiques y font escale pendant leur migration et y trouvent des proies abondantes et facilement accessibles. Mais sans ce système dynamique de plage et de dunes, cet estuaire ne serait pas aussi bien protégé et n’abriterait probablement pas la faune qu’il accueille. »

Le pluvier siffleur, une espèce menacée, est un oiseau de rivage migrateur qui niche sur les plages côtières, notamment sur la plage-barrière de Glace Bay. (Photo : Erinn Hoffman)
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Un poussin de pluvier siffleur. La population de pluviers siffleurs de la Nouvelle-Écosse se porte bien ces dernières années, dépassant l’objectif provincial de 60 couples reproducteurs. (Photo : Claudio Bacinello)
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Les pluviers siffleurs construisent leurs nids directement sur la plage, ce qui les rend vulnérables aux humains, aux animaux domestiques et aux véhicules, ainsi qu'à l'aménagement du littoral, à l'érosion et aux tempêtes. (Photo : Alix d'Entremont)
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Bien que ce paysage soit déjà protégé en tant que refuge d’oiseaux migrateurs, sa désignation en 2022 comme réserve nationale de faune élargit son champ d’action au-delà des oiseaux migrateurs pour protéger toutes les espèces sauvages et leurs habitats (la réserve nationale de faune englobe le refuge d’oiseaux migrateurs du Lac-Big Glace Bay d’origine, à laquelle s’ajoutent 14 hectares supplémentaires).

Cette nouvelle désignation n’a pas pour but d’exclure les visiteurs, précise M. Allard. Elle vise plutôt à permettre aux visiteurs de se rapprocher de la nature, tout en garantissant que la gestion de la zone donne la priorité à celle-ci. « Il est tout à fait possible de profiter de cette plage dans le respect total de la nature. »

L’une des attractions naturelles les plus remarquables de la région est sa population de pluviers siffleurs, un oiseau de rivage migrateur qui niche sur les plages de la côte est du Canada d’avril à août. Les pluviers siffleurs dépendent d’un habitat spécifique et construisent leurs nids directement sur la plage. Cela les rend vulnérables aux humains, aux animaux de compagnie et aux véhicules, ainsi qu’aux aménagements en bord de mer, à l’érosion et aux tempêtes. En effet, l’espèce est classée comme étant en voie de disparition au niveau fédéral, ainsi que dans toutes les provinces de l’Atlantique et au Québec.

Un poussin de pluvier siffleur fait ses premiers pas sur la plage. Les pluviers prospèrent sur les plages dépourvues de végétation, où le sable et les galets sont régulièrement renouvelés pour camoufler leurs nids et leurs oisillons. (Photo : Erinn Hoffman)
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Sue Abbott, directrice adjointe des programmes de l’Atlantique chez Oiseaux Canada, explique que les pluviers prospèrent sur des plages dépourvues de végétation, où un apport constant de sable et de galets neufs leur permet de camoufler leurs nids et leurs poussins. « Nous souhaitons que les processus naturels permettent à ces écosystèmes de plage d’évoluer en permanence. Parfois, il y aura de nombreux habitats propices aux pluviers, et parfois il n’y en aura peut-être pas, mais le fait est que les plages doivent évoluer au fil du temps pour rester saines à long terme. »

Selon Mme Abbott, la population de pluviers siffleurs de Nouvelle-Écosse s’est bien maintenue ces dernières années, dépassant l’objectif provincial de 60 couples nicheurs, même si la région de l’Atlantique dans son ensemble n’atteint pas l’objectif de rétablissement à long terme fixé à 310 couples nicheurs.

Historiquement, les pluviers siffleurs ont toujours niché au lac Big Glace Bay, où la plage en constante évolution offre exactement le type d’habitat dynamique dont ils ont besoin. « Devenir une zone protégée au niveau fédéral est extrêmement important et nécessaire pour les pluviers siffleurs et pour d’autres espèces », déclare Mme Abbott, ajoutant que les plages et les dunes protégées au niveau fédéral sont rares au Canada.

Mme Abbott se réjouit de constater qu’après des années de sensibilisation, les habitants et les visiteurs sont désormais bien plus conscients de l’impact de leur comportement sur l’habitat des pluviers et de l’importance de la gestion responsable de cet environnement.

Le travail de l’Association pour la faune de Port Morien a contribué à renforcer cette prise de conscience. Au fil des ans, ses membres ont installé des nichoirs, procédé à des recensements d’oiseaux et surveillé les activités humaines nuisibles telles que les feux de plage, la présence de chiens en liberté et la circulation automobile sur la plage. Toutes ces activités perturbent les espèces menacées comme les pluviers siffleurs.

Répondant aux préoccupations de ses scientifiques et des associations locales, le gouvernement fédéral a récemment installé des barrières pour empêcher les véhicules d’accéder à la plage. Il a également mis en place des panneaux d’information destinés au public concernant les oiseaux nicheurs.

Chaque mesure s’ajoute à une série d’étapes importantes visant à protéger cet écosystème fragile. Les personnes qui, auparavant, ne se rendaient pas compte des effets de leurs actions sont désormais beaucoup plus sensibilisées, explique M. McNeil. Et bien que les nouvelles infrastructures aient contraint les gens à modifier certaines de leurs habitudes, la plupart se sont montrés disposés à faire place à la nature. « Les personnes qui aiment cet endroit et en profitent s’adaptent aux dispositions mises en place. »

Il s’agit d’un changement qui s’inscrit dans la continuité du processus de restauration engagé depuis des décennies au lac Big Glace Bay : il s’agit de dégager de l’espace pour permettre à cet écosystème riche et en constante évolution de s’épanouir et de remplir son rôle.

Cet article a été réalisé en partenariat avec Environnement et Changement climatique Canada.

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