• Des caribous de la harde de caribous de Bathurst, fortement menacée, franchissent une colline rocheuse dans le centre des Territoires du Nord-Ouest.

    Des caribous de la harde de caribous de Bathurst, fortement menacée, franchissent une colline rocheuse dans le centre des Territoires du Nord-Ouest. (Photo : GTNO/A. Gunn, ENR)

Les populations de caribou sont en baisse partout dans le Nord, et c’est une situation particulièrement inquiétante pour les collectivités autochtones où ces bêtes constituent une source alimentaire historiquement importante. L’une des ces populations, la harde de Bathurst, dont l’aire de répartition couvre la partie sud des Territoires du Nord-Ouest, l’ouest du Nunavut et le nord de la Saskatchewan, a diminué de 96 % en 30 ans – passant de 450 000 têtes à environ 20 000. Déterminées à voir la harde se reconstituer, les collectivités autochtones de la région ont cessé de chasser ces animaux et travaillent avec le gouvernement et les chercheurs afin d’établir un plan de protection de leur habitat. 

Les populations de caribous connaissent des baisses périodiques en raison d’une interaction complexe entre le climat, l’approvisionnement en nourriture, les prédateurs, les parasites et d’autres facteurs. Le changement climatique accentue ces facteurs et dans le cas de la harde de Bathurst, le développement industriel — l’exploration minérale, les mines et les routes d’hiver — a amené un stress supplémentaire.

Déterminés à voir la harde se rétablir, les collectivités autochtones de la région ont cessé de chasser le caribou et travaillé avec le gouvernement et les chercheurs pour élaborer un plan de protection de l’habitat de la harde.

Dans le cadre des accords sur les revendications territoriales, les gouvernements et les organisations autochtones du Nord travaillent avec les gouvernements des territoires pour gérer les ressources fauniques et examiner les propositions de projets industriels, afin d’atteindre un équilibre entre la protection de l’environnement et les avantages économiques potentiels pour les collectivités. En 2014, certains groupes au sein de l’aire de répartition de la harde de Bathurst ont demandé au gouvernement des Territoires du Nord-Ouest (GTNO) d’établir un plan afin de protéger la harde des effets du développement industriel. 

En réponse, le GTNO a mis en place un groupe de travail comprenant des représentants des gouvernements et organisations autochtones, de l’industrie, des organisations de défense de l’environnement, du gouvernement fédéral et du gouvernement territorial, qui se sont rencontrés sur une base régulière pour élaborer ce qui est devenu le Plan de l’aire de répartition du caribou de Bathurst. « C’est un groupe diversifié », explique Karin Clark, biologiste de la faune au GNTO. « Les gens ont des valeurs différentes et ne pensent pas tous de la même façon à propos de la harde. Mais pour en arriver à un plan qui fonctionne, il est essentiel de tenir compte de tous les points de vue. »

Le projet, financé en partie par Savoir polaire Canada, fait appel aux connaissances scientifiques et au savoir autochtone. Les chercheurs ont consulté des experts dans des endroits comme Gamètì, T.-N.-O., une collectivité Tłı̨chǫ dont les Aînés ont témoigné de leur relation avec le caribou, en termes culturels et spirituels. « La chasse fait partie de cette relation, », dit Clark, « et ils ressentent actuellement une grande détresse, parce qu’ils ne peuvent prélever de bêtes de cette harde — même si, traditionnellement, le prélèvement jouait un rôle important pour permettre à la harde de se maintenir. »

Chaque automne, les caribous de Bathurst contournent ou traversent des lacs et les rivières dans leur migration vers le sud, des terres arides vers la forêt boréale où ils passeront l’hiver. À certains endroits, des milliers d’animaux doivent franchir d’étroites bandes de terres entre des étendues d’eau ou traverser des détroits à la nage. Ces passages, disent les Aînés, sont cruciaux et doivent bénéficier d’une protection particulière.

Des caribous de la harde de Bathurst traversent un esker durant leur migration annuelle à travers les Territoires du Nord-Ouest. (Photo : GTNO/A. Gunn, ENR)

Après quatre ans de consultations et de recherches, le plan est presque prêt. L’une des plus inhabituelles de ses recommandations porte sur des protections qui se déplacent avec les caribous. Clark explique : « Vous dessinez un polygone autour d’un groupe de caribous sur le paysage. Lorsqu’ils se déplacent, le polygone se déplace avec eux, et les activités de tout projet industriel qui s’y retrouve sont assujetties à des restrictions. » Le plan recommande aussi de protéger, dans la mesure du possible, l’aire d’hivernage de la harde contre les feux irréprimés, qui sont en progression en raison du changement climatique.

Lorsqu’il sera finalisé et approuvé par le GNTO, le Plan de l’aire de répartition du caribou de Bathurst pourra être mis en œuvre, probablement en 2019. « Je crois que notre principale réalisation, » dit Clark, « se trouve dans la confiance et le respect qui se sont développés entre les membres du groupe de travail. Le groupe n’était pas toujours d’accord sur certains points, comme le niveau de perturbation que le caribou peut tolérer, mais nous avons trouvé des terrains d’entente. C’est important, parce que ce seront ces mêmes groupes qui devront appliquer le plan. C’est un grand pas en avant pour la protection de la harde de Bathurst. »

Voici le plus récent numéro d’une série de blogues portant sur les questions polaires et la recherche connexe présentée par Canadian Geographic et Savoir polaire Canada, un organisme du gouvernement du Canada qui vise à approfondir les connaissances du Canada relatives à l’Arctique et à fortifier le leadership canadien en ce qui concerne la technologie et la science polaires. Pour en apprendre davantage, visitez canada.ca/fr/savoir-polaire.