People & Culture

50e anniversaire : Réinstallation ougandaise au Canada

Une histoire sur 7000 : La sénatrice Mobina Jaffer

  • Sep 23, 2022
  • 945 words
  • 4 minutes
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La sénatrice Mobina Jaffer épouse Nuralla Jeraj en Ouganda, en 1971. À peine un an plus tard, la famille reçoit l’ordre de quitter le pays.
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Le 4 août 1972, le président Idi Amin ordonne à la population ougandaise d’origine asiatique, qui compte plus de 80 000 personnes, de quitter la nation africaine. Plus de 7 000 Ougandais d’origine asiatique trouvent refuge au Canada. Il y a exactement 50 ans, en septembre 1972, ils commencent à gagner les côtes canadiennes. À l’occasion du 50e anniversaire de la réinstallation, Canadian Geographic s’entretient avec la sénatrice Mobina Jaffer, arrivée d’Ouganda alors qu’elle était jeune femme.

Cet article s’inscrit dans le programme Commémoration Canada de Patrimoine Canada dont l’objectif est de souligner d’importants anniversaires canadiens. Il donne à Canadian Geographic l’occasion de se pencher sur ces moments de l’histoire avec un regard parfois élogieux, parfois critique.

Le père de Mobina Jaffer, Sherali Bandali Jaffer, et sa mère, Gulbanu Sherali Bandali Jaffer, à une école de Wandegeya (Ouganda), en 1986. Comme beaucoup de Sud-Asiatiques qui se sont réinstallés, les Jaffer ont toujours gardé des liens avec l’Ouganda et y sont retournés en visite lorsque cela ne posait pas de danger. Le père de Mobina a été enterré en Ouganda après son décès en 2014.
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En août 1972, Idi Amin, dictateur militaire de l’Ouganda, a stupéfié le monde lorsqu’il a annoncé que la population d’origine sud-asiatique de l’Ouganda, soit près de 80 000 personnes, avait 90 jours pour quitter le pays. Le reste du monde ne pouvait y croire.

Des vies, des familles et des entreprises établies en Ouganda depuis des générations ont été brisées en l’espace de quelques semaines.

Les Sud-Asiatiques étaient arrivés en Ouganda à la fin des années 1800, emmenés par les Britanniques pour construire le chemin de fer reliant la côte kenyane à l’Afrique centrale. Ils se sont ensuite installés comme marchands et entrepreneurs, occupant une place centrale dans l’économie ougandaise lorsque le pays a obtenu son indépendance de la Grande-Bretagne en 1963.

Mobina Jaffer et sa sœur Zenobia, avec Son Altesse l’Aga Khan au Muslim Club de Kampala (Ouganda), en 1957. L’Aga Khan entretenait des liens d’amitié personnels avec le premier ministre de l’époque, Pierre Trudeau, ce qui a contribué à sensibiliser le gouvernement canadien aux événements survenus en Ouganda en 1972.
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À partir de septembre 1972, plus de 7 000 Asiatiques expulsés par Amin sont venus au Canada pour y recommencer leur vie. Les familles ont continué d’arriver pendant les deux années subséquentes — les cinq plus grandes villes où ils se sont établis étaient, dans l’ordre, Vancouver, Montréal, Toronto, Winnipeg et Ottawa.

La sénatrice Mobina Jaffer ne représente que l’un de ces 7 000 récits. En 1972, sa famille et elle s’installent brièvement en Angleterre, puis recommencent leur vie au Canada. C’est ici qu’elle entreprend une brillante carrière d’avocate et de politicienne. Sans surprise, elle a consacré une grande partie de sa carrière et de son temps au sort des réfugiés.

Son entretien avec l’animateur du balado Explore, David McGuffin, a été résumé et condensé.

Le père de Mobina Jaffer, Sherali Bandali Jaffer, et sa mère, Gulbanu Sherali Bandali Jaffer, à une école de Wandegeya (Ouganda), en 1986. Comme beaucoup de Sud-Asiatiques qui se sont réinstallés, les Jaffer ont toujours gardé des liens avec l’Ouganda et y sont retournés en visite lorsque cela ne posait pas de danger. Le père de Mobina a été enterré en Ouganda après son décès en 2014.
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Sur la période précédant les expulsions 

Au début [après l’arrivée au pouvoir d’Idi Amin], nous n’avions pas peur d’être expulsés. Cela ne nous avait jamais effleuré l’esprit. Nous pensions qu’il s’agirait d’une période difficile à traverser. Et puis au mois de juin 1972, avant que tout ne se produise, l’armée, avec laquelle mon père était très lié, l’a averti qu’il ferait mieux de disparaître. Et beaucoup d’amis de mon père avaient commencé à disparaître. C’est alors que mon père — il ne nous a jamais vraiment parlé [des circonstances] — s’est échappé. Il s’est réfugié en Angleterre [où se trouvait sa mère et où Jaffer et une sœur étudiaient]. Nos problèmes ont donc commencé en juin 1972. Mais par ailleurs, la vie se déroulait normalement. Oui, mon père a dû s’enfuir, mais personne ne croyait vraiment que nous serions expulsés [du pays]. Je suis retournée en Ouganda en août pour le mariage de mon beau-frère — c’est alors que nous avons entendu annoncer que le gouvernement avait demandé à tous les Asiatiques de partir. L’armée est venue nous chercher, moi et mon mari. Il ne voulait pas les laisser me prendre. Alors, ils l’ont emmené.

La chance et les relations 

Pendant des années, j’ai fait des cauchemars. Deux militaires avaient braqué leur fusil sur la tête [de mon mari] et deux autres sur son ventre. Ils l’avaient emmené de force dans une jeep. Nous pensions que c’était la fin, mais heureusement la police est arrivée — ils étaient très proches de mon beau-père et ils ont insisté pour emmener mon mari à la caserne de police. À la fin de la journée, heureusement, mon mari est rentré à la maison. Nous avons eu beaucoup de chance. Lorsqu’une personne était emmenée, elle disparaissait.

Sur le choix du Canada

Mon père a dit qu’il avait décidé de venir au Canada, car il croyait que dans ce pays, ses petits-enfants ne seraient pas déportés, qu’ils ne subiraient pas le même sort. Et, vous savez, il avait la possibilité d’aller dans bien d’autres pays, mais il a choisi le Canada. Il est venu [via l’Angleterre] en 1974. Et en 1975, mon mari et moi sommes venus au Canada.

La nouvelle sénatrice Mobina Jaffer quitte le Sénat après avoir prêté serment lors d’une cérémonie sur la Colline du Parlement à Ottawa, le 18 septembre 2001. CP PHOTO/Jonathan Hayward.
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Le retourner en Ouganda 

Au début, nous étions tellement convaincus que nous pourrions retourner dans un an ou deux. Malheureusement, la réalité était tout autre. Ce n’est qu’au milieu des années 1980 que nous avons pu revenir. Dès que cela fut possible, mon père est parti [en visite], tout de suite. Nous étions très mécontents de son départ, mais il a dit : « C’est ma patrie ». Une fois sur place, il a commencé à construire des écoles et des mosquées.

Cinquante and plus tard 

Notre installation s’est bien passée parce qu’on nous a permis de nous installer. À leur arrivée, les Ougandais avaient le droit de travailler. Nous avons peut-être connu des difficultés, mais nous avions le droit de travailler. Aujourd’hui, je connais tellement de gens [du Yémen et de l’Afghanistan] qui attendent un permis de travail. Comment ces personnes peuvent-elles survivre maintenant? Et que faisons-nous à l’âme de ces personnes? Nous devons vraiment réfléchir à cela. Que faisons-nous à ces personnes lorsque nous ne leur accordons pas un simple permis de travail? Elles ne peuvent pas travailler, même si nous les avons acceptées comme réfugiées. Par conséquent, la leçon à tirer de tout cela est qu’une fois que nous accueillons des personnes au Canada, nous devons leur donner la possibilité de s’épanouir avec nous et de faire partie de notre communauté.

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