History

Célébration du centenaire de l’élection de la première députée du Canada, Agnes Macphail

Un siècle plus tard, l’ancienne politicienne fédérale Catherine McKenna fait le point sur ce qui a changé — et sur le chemin qu’il nous reste à parcourir.

  • Dec 06, 2021
  • 1,061 words
  • 5 minutes
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Agnes Macphail a ouvert la voie aux femmes en politique, mais un siècle après son élection, il nous reste encore du travail à faire pour favoriser une plus grande diversité à la Chambre des communes. (Timbre : Postes Canada 1990, image fournie par Adminware Corporation)
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Le 6 décembre 1921, l’élection à la Chambre des communes d’Agnes Macphail ouvre la voie aux femmes en politique. Il s’agit de la première élection fédérale à laquelle les femmes ont le droit de se présenter comme candidates, et Agnes Macphail est la première à être élue. Jusqu’en 1935, elle restera la seule femme élue à la Chambre des communes.

Le 19 octobre 2015, presque un siècle plus tard, Catherine McKenna a été élue dans la circonscription d’Ottawa-Centre; elle fait partie des 88 femmes élues à la Chambre des communes qui compte au total 338 députés. Un grand pas, certes, mais encore loin de la parité entre les sexes. 

Au cours des six années suivantes, Mme McKenna a occupé les postes de ministre de l’Environnement et du Changement climatique et de ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, tout en subissant une avalanche de haine en ligne et des attaques contre son bureau de circonscription. Elle a refusé de se représenter aux élections de 2021.

Lors d’une entrevue approfondie pour le balado Explore de Canadian Geographic, Mme McKenna s’est entretenue avec le journaliste David McGuffin au sujet de l’anniversaire important de l’élection d’Agnes Macphail. Voici ce qu’elle avait à dire sur l’expérience des femmes en politique fédérale au fil du dernier siècle :

Au sujet de la haine envers les femmes députées

C’est un grand honneur d’être en politique. Vous pouvez vraiment changer les choses. Mais c’est difficile et je suis déterminée à relever ce défi. Même après la politique, il y a de la haine, souvent dirigée contre les femmes, de la misogynie en ligne. Mais elle peut viser toute une variété de personnes, surtout si vous faites partie d’une minorité visible, si vous êtes membre de la communauté LGBTQ2+ ou si vous êtes Autochtone. Nous devons vraiment changer cette situation, car il nous faut plus de diversité en politique. Et la dernière chose que l’on souhaite, c’est que les gens décident de ne pas se présenter à cause des attaques dont ils pourraient faire l’objet. 

Il m’est arrivé de dénoncer la chose. Mais je n’y ai pas passé chaque minute de chaque journée, car cela aurait été une perte de temps. Je pense cependant que les Canadiens ne sont pas prêts à accepter ce traitement, surtout en ligne. Et je crois que les entreprises de médias sociaux ont un rôle important à jouer pour mieux lutter contre la haine, le vitriol et la violence. Le problème, c’est que cela n’arrive pas seulement en ligne, cela tend à se produire aussi hors ligne. 

Au sujet de la réglementation des entreprises de médias sociaux

Si l’autoréglementation est impossible, alors le gouvernement a certainement un rôle à jouer. Et, vous savez, ces entreprises possèdent les algorithmes nécessaires. Elles sont capables de repérer les comportements inacceptables, mais souvent elles ne le font pas, car leur modèle économique s’articule autour du nombre de mentions « j’aime » et de partages de gazouillis que génère un message.

Nous avons compris que si vous êtes sur Facebook et que vous dites ne pas aimer quelque chose, il est plus probable que cette chose vous soit présentée — la statistique, je crois, est cinq fois plus probable. Donc, en fait, nous favorisons la haine chez les gens. Ces entreprises sont tellement grosses et elles ont une telle influence sur la vie des gens. Et cela s’accompagne d’une grande responsabilité. Mais elles ne sont pas prêtes à s’engager. Voilà vraiment où le gouvernement doit intervenir. 

Conseils à donner aux femmes qui se lancent en politique (ou qui songent à le faire)

Foncez! Il faut plus de femmes en politique. Nous ne changerons pas les choses en ayant moins de femmes en politique. 

En 100 ans, les choses n’ont pas changé aussi radicalement qu’on le souhaiterait. Mais me vient en tête une photo de Karina Gould [la ministre des Institutions démocratiques a eu un bébé en 2018 alors qu’elle était en poste et, à son retour d’un congé de maternité de 10 semaines, elle a assisté aux réunions du Cabinet et aux périodes de questions avec son fils]. C’était la première ministre du Cabinet à avoir un bébé en plein mandat et à l’allaiter à la Chambre. 

Je crois qu’il s’agit là d’un visage différent du Parlement. Voilà ce dont nous avons besoin. Pour changer les institutions, il faut une plus grande diversité, car cela a un immense impact sur ces institutions et sur ce qui constitue un comportement acceptable. Je suis donc tout à fait favorable à la présence de plus de femmes en politique. J’ai dit que je suis heureuse d’apporter mon soutien aux femmes en politique, peu importe leur allégeance. 

Au sujet du principe de donner au suivant

J’ai mené une campagne intitulée « Courir comme une fille », destinée à soutenir les femmes et les filles qui souhaitent se lancer en politique. Lors d’un de nos événements, une fille s’est levée et a dit : « Vous savez quoi? Je pense que je vais me présenter comme présidente de mon conseil étudiant. » Et elle a gagné. Je l’ai rencontrée plus tard et elle était vraiment heureuse. 
À ce même événement, une femme s’est levée et a dit : « Vous savez quoi? Je pense que je vais me présenter comme mairesse. » Je crois qu’elle sentait la solidarité de toutes ces femmes dans la pièce. Je pense qu’elle a quelque peu regretté ses paroles et a tenté de faire marche arrière. Mais elle s’est quand même présentée et elle a gagné. 

Je pense qu’avoir plus de femmes en politique peut changer les choses. Je crois que cela modifie le ton de la conversation. Je pense que cela fait une différence à cause des expériences vécues par les femmes. Cela ne veut pas dire que toutes les femmes sont pareilles. Mais je suis d’avis que nous avons besoin de diversité, et cela ne se limite pas au genre. 

Le Parlement doit être à l’image du Canada, mais ce n’est pas le cas actuellement. Je pense que cela permet de prendre de meilleures décisions et de mieux refléter la volonté des Canadiens.

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