• University of Toronto old medical building

    Le vieil immeuble médical, qui a ouvert ses portes en 1903, abritait le laboratoire de Frederick Banting. (Photo: Thomas Fisher Rare Book Library, University of Toronto)

Si les murs pouvaient parler, le vieil édifice médical de l'Université de Toronto aurait de formidables histoires à raconter. Cet immeuble a été témoin de l’une des grandes avancées en médecine, soit la découverte de l’insuline, de 1921 à 1922. Il a également connu le travail d’équipe — et les rivalités — qui ont stimulé cette percée scientifique mémorable. 

Avant l’insuline, le diabète de type 1 signifiait une condamnation à mort. Les patients pouvaient gagner quelques mois ou années supplémentaires de vie seulement au moyen d’une sous-alimentation rigoureuse. Leur rétablissement pratiquement miraculeux à la pleine santé après avoir été traités à l’insuline fut l’un des aspects les plus spectaculaires de cette découverte.

Le laboratoire de Frederick Banting. (Photo: Thomas Fisher Rare Book Library, University of Toronto)

La vitesse de la percée s’est révélée également renversante. Le 3 mai 1922, seulement 50 semaines après le début de sa recherche, l’équipe de Toronto a annoncé la découverte à l’Association of American Physicians, à Washington, D.C., ce qui lui a donné droit à la première ovation de la part de l’association en 20 ans. 

Durant des décennies, la découverte de l’insuline a presque toujours été attribuée à Frederick Banting et Charles Best. Cela est particulièrement vrai à l'Université de Toronto, qui, en 1923, a créé une chaire de recherche médicale Banting et Best, suivie par l’instauration du département de recherche médicale Banting et Best et de l’Institut Banting, en 1930, ainsi que de l’Institut Best, en 1954. Suite au décès de Best, en 1978, une deuxième chaire de recherche et un Banting and Best Diabetes Centre ont été établis en son honneur. 

Alors, les éloges pleuvaient sur le duo, mais à une exception notable. Le prix Nobel de médecine de 1923 a été décerné conjointement à Banting et John J.R. Macleod. Le professeur de physiologie Macleod, qui dirigeait le laboratoire où la recherche était réalisée, avait été beaucoup plus engagé dans la recherche qu’on ne l’a reconnu ultérieurement. Furieux que Macleod ait été honoré à ses côtés au lieu de Best, Banting a partagé l’argent du prix avec Best. Macleod, quant à lui, a partagé sa part du prix avec le quatrième membre de l’équipe, J. Bertram Collip, un jeune biochimiste en congé sabbatique de l’Université de l'Alberta. La contribution essentielle de Collip a été la production d’un extrait pancréatique purifié, lequel a été administré le 23 janvier 1922 à Leonard Thompson, un patient de 14 ans atteint de diabète, à l’Hôpital général de Toronto. Cette injection fut le premier essai clinique de l’insuline réussi chez les humains.

La plus grande partie des premières recherches sur l’insuline s’est déroulée dans le vieux bâtiment médical. Inauguré en 1903, il était équipé d’une technologie de pointe, notamment d’installations pour la recherche sur les animaux. Toutefois, Banting, chirurgien en temps de guerre, conférencier et docteur qui était devenu chercheur médical, n’était pas impressionné. Lorsqu’il est arrivé en 1921, la salle d’opération était inutilisée depuis des années et, pour la rendre opérationnelle, il avait fallu en faire un nettoyage minutieux. Située juste au-dessous du toit de goudron et de gravier de l’édifice, la salle devenait aussi d’une chaleur accablante à l’été (à au moins une occasion en août, Banting et Best se sont évadés sur le toit avec un de leurs chiens pour y respirer de l’air frais). Le ressentiment de Banting face à ces conditions de travail étouffantes a éventuellement éclaté en une confrontation enflammée avec Macleod. Et, bien que le professeur ait acquiescé à certaines de ses demandes, l’incident s’est avéré être le point de départ de l’hostilité persistante de Banting à l’égard de Macleod.

 Teddy Ryder était l’un des premiers patients à participer aux essais cliniques de l’insuline menés par Banting. Les photos, prises en juillet 1922 et juillet 1923, montrent son rétablissement extraordinaire. (Photo: Thomas Fisher Rare Book Library, University of Toronto)

Les premiers tests en laboratoire ont eu lieu dans la salle 221, une petite pièce du département de physiologie. En octobre 1921, Macleod a fourni un plus grand laboratoire renfermant deux cages à chiens et un bureau. Ce laboratoire fait l’objet du tableau de Banting peint en 1925 et intitulé The Lab (artiste accompli, Banting peignait principalement des paysages inspirés du style du Groupe des sept). En novembre 2018, le tableau de ce fameux laboratoire s’est vendu aux enchères pour plus de 300 000 $

Le mythe de Banting et Best a été renversé en 1982 par Michael Bliss, professeur d’histoire à l'Université de Toronto, dont l’ouvrage The Discovery of Insulin (La découverte de l’insuline) a rétabli la juste place de Macleod et Collip à titre de codécouvreurs. En 1990, une nouvelle plaque soulignant cette collaboration a été érigée à l’extérieur de l’établissement actuel des sciences médicales de l'Université de Toronto, qui a ouvert ses portes en 1969. Son auditorium, qui se trouve sur le site du bâtiment où la recherche sur l’insuline a eu lieu, a été nommé en l’honneur de J.J.R. Macleod, mettant ainsi fin au monopole Banting et Best à l'Université de Toronto.


Regardez notre GeoMinute qui raconte comment, en mai 1921, Frederick Banting a proposé une théorie sur le traitement du diabète au célèbre physiologiste John Macleod de l’Université de Toronto.