• Les Traités 1 et 2, 1871. (Carte: Chris Brackley/Can Geo; Données sur les postes de traite, les missions et les voies de transport d’après la planche 17, Atlas historique du Canada, vol. 2.)

Quel que soit l’endroit au sud du Manitoba, on peut observer les vues les plus saisissantes en plein champ au lever ou au coucher du soleil. L’immensité du ciel par une journée claire nous fait sentir petit, et est presque à couper le souffle. Ainsi, depuis des milliers d’années, les pittoresques bassins fluviaux et les terres fertiles ont fait de la région un lieu de vie attrayant. 

Cette terre est celle où le Canada a commencé à devenir le pays qu’il est aujourd’hui. C’est là où les traités 1 et 2 ont été conclus en août 1871 entre la Couronne britannique et certains des peuples autochtones de ces terres : le Traité no 1 a été signé avec la Nation Anishinabek et la Nation Moskégonne du sud du Manitoba, alors que le Traité no 2 a été conclu avec la Nation Anishinabek du sud du Manitoba. Il s’agissait des premiers des 11 traités numérotés, signés avec des promesses faites aux peuples autochtones de la région en échange de vastes parcelles de terre, qui ont permis au Canada d’étendre son territoire. 

Les négociations portant sur le Traité no 1 ont commencé en juillet 1871 avec environ 1 000 Premières Nations. « Comment nous traitera-t-on? », se demandait le chef Mis-Koo-Kinew (également connu sous le nom de Henry Prince) de la nation qui est aujourd’hui la Première Nation de Peguis. « La terre ne peut parler d’elle-même. Nous devons parler en son nom; nous voulons savoir comment vous prévoyez traiter nos enfants », poursuivait-il. 

Les traités énonçaient où seraient les terres réservées aux colons et aux peuples autochtones. On y promettait la construction d’écoles dans chaque collectivité, une rente annuelle de 3 à 5 $ pour chaque « Indien », et l’offre de biens tels que de la ficelle, des charrues, des sangliers et des bœufs à certains des chefs, représentants des chefs et conseillers élus. Les documents des traités décrivent aussi comment les Indiens acceptaient de « céder, rendre et donner à Sa Majesté la Reine et à ses successeurs à jamais » la terre réservée aux colons, de ne pas posséder « d’alcool intoxicant » sur des réserves et de « toujours maintenir la paix entre eux et les sujets blancs de Sa Majesté, et de ne pas empiéter sur la propriété des sujets blancs ou autres de Sa Majesté ni aucunement les molester. » 

Les Traités 1 et 2, 2021. (Carte: Chris Brackley/Can Geo)

En lisant seulement les documents du gouvernement fédéral sur les traités, on pourrait avoir l’impression qu’il fallait craindre et contrôler les Indiens et que c’était grâce à la générosité et à la charité de la Couronne britannique et des colons que les Premières Nations auraient eu le droit de continuer à vivre sur les terres qui leur étaient réservées. Or, en s’adressant à des aînés et à d’autres gardiens du savoir à propos de cette période, on apprend que lorsque les chefs de l’époque ont signé les documents, ils avaient une compréhension différente des traités. Ils considéraient le processus comme sacré, c’est-à-dire que les accords étaient établis entre trois parties : le Créateur, les colons et eux-mêmes. On comprend également que la cession de terres n’était pas un concept auquel les peuples autochtones adhéraient, puisqu’ils estimaient, et estiment encore aujourd’hui, que la terre appartient en fin de compte au Créateur, qu’ils sont « de » la terre et, par conséquent, qu’il serait impossible de la donner. 

Si vous connaissez des peuples des Premières Nations ainsi que leurs points de vue sur la famille, vous constaterez que les notions de partage, de bienveillance et de protection des gens — et du territoire — étaient, et sont encore, d’une extrême importance à leurs yeux. En signant le traité, ils aidaient les colons, qui n’auraient peut-être pas survécu aux éléments de la nature sans eux. 

Jusqu’à ce jour, les opinions varient sur la façon dont les ententes des traités ont été conclues et dont elles peuvent être interprétées ou mises en œuvre. La différence entre les avantages des accords de chaque côté des signataires est aussi vaste et étendue qu’un ciel de prairie.