• Dave Mossop tient dans ses bras deux bébés crécerelles

    Autrefois nombreuse dans la forêt boréale du Yukon, la crécerelle avait disparu du territoire en 2007. Depuis quelques années, le petit oiseau de proie commence à revenir. (Photo : Collège Yukon)

Depuis plus de trente ans, le biologiste Dave Mossop observe la vie des oiseaux boréaux, recueillant des données essentielles pour mieux comprendre et protéger l’environnement nordique. Dans ses observations, il a découvert un mystère encore irrésolu dont les liens dépassent largement les frontières du Nord.
 
Mossop, professeur émérite au collège Yukon à Whitehorse, étudie la nyctale de Tengmalm, le petit garrot et d’autres gros oiseaux qui élèvent leurs petits dans des creux dans les troncs grêles des arbres de la forêt boréale. Il attire les oiseaux à l’aide d’une solution de rechange spacieuse à leurs logements habituellement exigus : 150 nichoirs répartis sur une vaste zone.

Dès le départ, les nichoirs ont remporté un vif succès et pas seulement auprès des chouettes et des canards. 

« Environ la moitié des nichoirs abritaient des familles de crécerelles, de petits faucons, dit Mossop. Il s’agissait d’un oiseau commun ici qui ne faisait pas l’objet d’études. Mais en 1997, la population de crécerelles a commencé à décliner et, en 2007, nous n’en avons plus vu. »

Lors des études faites dans la forêt boréale avant 1997, les chercheurs du Yukon trouvaient des familles de crécerelles dans environ la moitié des 150 nichoirs. Vers 2007, ce nombre est tombé à zéro. (Photo : Collège Yukon)

La communauté active d’ornithologues du Yukon a confirmé ces observations. Personne n’avait vu de crécerelles.

Des collègues du Sud ont dit à Mossop que les crécerelles étaient en déclin partout en Amérique du Nord, mais pas de façon aussi importante qu’au Yukon. « Ce n’est pas surprenant, dit-il. Nous sommes à la limite nord de son aire de répartition. » 

Pourquoi la population de crécerelles a-t-elle dégringolé au Yukon? Les changements climatiques pourraient partiellement être responsables – le Yukon a connu d’importants changements de températures –, mais il est difficile de comprendre précisément pourquoi. La réponse pourrait se trouver le long de la voie migratoire du petit faucon.  

Mossop a bagué de nombreuses crécerelles dans l’espoir de découvrir où elles vont l’hiver, mais personne n’a signalé la présence de ses oiseaux bagués. Des améliorations en matière de technologies de repérage sont à venir, mais comme les émetteurs radio sont trop lourds (la meilleure option actuelle) pour les crécerelles, la voie migratoire demeure un mystère. 

« Nous soupçonnons qu’elles descendent la côte du Pacifique jusqu’en Californie où il y a eu une longue période de sécheresse, dit-il. Les oiseaux de proie ne boivent pas – ils doivent s’adonner à la chasse. Des données indiquent que les plus gros oiseaux de proie ne survivent pas dans cette région, car il n’y a rien à manger. Les crécerelles auraient encore plus de difficulté. »

Les produits chimiques agricoles pourraient aussi entrer en jeu, ajoute Mossop. « Nous savons qu’un nouveau rodenticide est utilisé aux États-Unis et les crécerelles mangent de petits rongeurs. Elles mangent aussi de petits oiseaux et de gros insectes, ce qui les expose à d’autres pesticides. » 

Mossop et ses étudiants-assistants ont trouvé quelques crécerelles en 2008 et, dans les années subséquentes, leur nombre a commencé à augmenter légèrement. « En moyenne, un nichoir sur dix abrite des crécerelles maintenant, mais c’est bien moins qu’avant », dit-il.

Dave Mossop (Collège Yukon) tient dans ses bras deux bébés crécerelles, le plus petit faucon d’Amérique du Nord, et l’une des espèces d’oiseaux qu’il étudie depuis plus de trente ans. (Photo : Collège Yukon)

Ce printemps, le groupe va de nouveau parcourir la forêt boréale pour voir si des crécerelles ou d’autres oiseaux ont élu domicile dans les nichoirs. Le projet de Mossop témoigne de l’importance d’un suivi à long terme pour repérer des changements dans les environnements nordiques sensibles – des changements qui pourraient avoir des répercussions ailleurs sur la planète. 

« Dans le Nord, explique-t-il, nous observons des anomalies bien plus souvent que nulle part ailleurs et nous sonnons l’alarme.»

Voici le plus récent numéro d’une série de blogues portant sur les questions polaires et la recherche connexe présentée par Canadian Geographic et Savoir polaire Canada, un organisme du gouvernement du Canada qui vise à approfondir les connaissances du Canada relatives à l’Arctique et à fortifier le leadership canadien en ce qui concerne la technologie et la science polaires. Pour en apprendre davantage, visitez canada.ca/fr/savoir-polaire.