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    Jean-Sébastien Moore, de l’Université Laval, montre à des jeunes de Cambridge Bay comment retirer des otolithes, une paire d’os dans l’oreille du poisson, permettant aux chercheurs de déterminer son âge. (Photo : Jean-Sébastien Moore)

Jean-Sébastien Moore sait de première main que l’établissement de liens avec les collectivités inuites peut constituer la clé de la réussite pour la recherche dans l’Arctique.

Le biologiste de l’Université Laval (Québec) collabore avec une équipe de Pêches et Océans Canada et des habitants de Cambridge Bay pour étudier le comportement de l’omble chevalier en migration autour du sud-est de l’île de Victoria (Nunavut), à l’aide de transmetteurs acoustiques et de données génétiques. La collectivité s’intéresse beaucoup à ce projet que soutient Savoir polaire Canada (POLAIRE) et son campus de la Station canadienne de recherche dans l’Extrême-Arctique. 

Les habitants de Cambridge Bay dépendent de l’omble chevalier pour se nourrir et exploitent une petite pêcherie commerciale qui joue un rôle important dans l’économie locale. « Notre objectif », dit Moore, « est de fournir des connaissances qui garantiront la santé et la durabilité des pêches commerciales et de subsistance de l’omble chevalier. » 

Moore implante de minuscules transmetteurs dans l’omble qui transmettent des signaux acoustiques à des récepteurs flottants, lui révélant où vont les poissons et comment leur comportement change au fil des ans. S’ils sont placés aux mauvais endroits, ces instruments ne pourront pas recevoir de signaux. Heureusement, les experts locaux ont guidé l’équipe de recherche vers d’excellents emplacements qui n’auraient jamais été envisagés autrement. « Nous avons appris que l’omble dans l’océan suit la côte et s’arrête quelque temps dans chaque estuaire. Conséquemment, en cas d’urgence environnementale, comme un déversement d’hydrocarbures, il faut immédiatement protéger ces zones. »  

Moore (vêtu de la veste noire) et Les N. Harris du MPO utilisent un des émetteurs acoustiques dont ils se servent lors de leur étude portant sur l’omble chevalier près de Cambridge Bay. (Photo : Jean-Sébastien Moore)

Les gestionnaires des pêches ont longtemps présumé que l’omble passe l’hiver dans sa rivière natale où il fraie toutes les quelques années. Toutefois, grâce à la génomique, Moore et ses collègues ont pu repérer la rivière natale de poissons individuels et découvrir que les années où l’omble ne fraie pas, des individus d’une vaste région remontent une courte rivière jusqu’au lac Ferguson (Tahiryuaq) pour y passer l’hiver, plutôt que de remonter les plus longues rivières jusqu’aux frayères. Moore suppose que l’omble adopte ce comportement pour économiser de l’énergie en parcourant une plus courte distance en dehors de la période de frai.  

L’omble de l’Arctique est au cœur de leur vie. Nourriture, communauté, culture, maison, survie et histoire. Voilà ce qu’il signifie pour eux.

Ces connaissances sont importantes pour la gestion des pêches : « Actuellement, chaque rivière reçoit un quota de pêche spécifique. Maintenant que nous connaissons l’importance de ce lac pour l’omble de la région, nous pouvons établir des quotas qui reflètent le comportement réel du poisson. » 

La coopération avec les résidents de Cambridge Bay demeure essentielle, dit Moore. En 2016, il a eu l’occasion d’apprendre d’experts locaux à Iqaluktuuq, un lieu de pêche à l’ouest du hameau que les Inuits utilisent depuis des siècles. À cet endroit, lors d’un camp d’échange de connaissances appuyé par POLAIRE, les aînés ont pêché avec des jeunes du coin et leur ont transmis des générations d’expertise. « L’omble de l’Arctique est au cœur de leur vie », dit Moore. « Nourriture, communauté, culture, maison, survie et histoire. Voilà ce qu’il signifie pour eux. »

Voici le plus récent numéro d’une série de blogues portant sur les questions polaires et la recherche connexe présentée par Canadian Geographic et Savoir polaire Canada, un organisme du gouvernement du Canada qui vise à approfondir les connaissances du Canada relatives à l’Arctique et à fortifier le leadership canadien en ce qui concerne la technologie et la science polaires. Pour en apprendre davantage, visitez canada.ca/fr/savoir-polaire.