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    Peter Kattuk (à gauche) et Daniel Qavvik sont à la recherche de bélugas piégés dans une polynie près de Sanikiluaq, au Nunavut. Ils font partie du réseau de recherche collectif de la Société des Eiders de l’Arctique et d’une communauté plus vaste de chasseurs, de scientifiques et d’organismes travaillant afin de mieux comprendre comment l’environnement de la baie d’Hudson se transforme. (Photo : Joel Heath/Arctic Eider Society)

Des chasseurs inuits dans l’Est de la baie d’Hudson travaillent avec des scientifiques pour consigner leurs observations d’un environnement arctique en changement. Fins observateurs qui parcourent la baie tout au long de l’année, ils ont commencé à noter des changements inhabituels dans la glace de mer dans les années 1970 quand d’immenses projets hydroélectriques dans des rivières du Nord du Québec ont modifié l’écoulement de l’eau douce dans la baie James. Depuis les années 1990, ils ont aussi constaté les effets des changements climatiques et, bien conscients de l’importance de leurs observations, ils les consignent et les partagent. Megan Sheremata, doctorante au sein du département de sciences physiques et environnementales à l’Université de Toronto Scarborough et récipiendaire d’une Bourse Savoir polaire Canada 2017, participe à la consignation de ces connaissances.  

Les recherches de Sheremata font partie d’un vaste projet qui réunit des chasseurs, des spécialistes des sciences sociales et des sciences naturelles, ainsi que la Société des Eiders de l’Arctique qui travaille avec les collectivités autochtones de la baie d’Hudson en vue de réaliser des recherches et des programmes d’éducation sur la glace de mer. Ce projet met à jour les données environnementales recueillies par le chercheur inuit Lucassie Arragutainaq et d’autres dans les années 1990. Selon Sheremata, « notre objectif est de comprendre le savoir inuit sur l’impact cumulatif des changements environnementaux – changements climatiques et d’origine hydroélectrique – sur la glace de mer et l’eau, et les répercussions sur la faune, l’utilisation des terres par les Inuits, la vie des Inuits et leurs moyens de subsistance ».  

Jusqu’à présent, Sheremata a interviewé près de 40 experts provenant des collectivités québécoises arctiques de Kuujjuaraapik, Umiujaq et Inukjuak, ainsi que de Sanikiluaq sur les îles Belcher, au Nunavut. 

Megan Sheremata (à gauche) et Annie Novalinga, directrice du Parc National Tursujuq au Nunavik et assistante de recherche sur l’étude de la glace de mer à grande échelle, discutent des réalisations à la radio locale Umiujaq FM. (Photo : Megan Sheremata)

Avant les projets hydroélectriques, l’écoulement maximal d’eau douce dans la baie James (et ensuite au nord dans la baie d’Hudson) se produisait pendant la fonte du printemps. Depuis la mise en service des barrages, l’écoulement maximal se produit au milieu de l’hiver, lorsque la demande en électricité dans le Sud du Canada et dans le Nord-Est des États-Unis est la plus grande et qu’un plus grand volume d’eau est acheminé vers les centrales électriques. À cette période de l’année, de nombreux Inuits se déplacent et chassent sur les eaux gelées de la baie d’Hudson – et observent avec attention la glace de mer. 

« Dans les zones plus au sud de cette région », dit Sheremata, « les chasseurs ont immédiatement remarqué que la glace était plus friable (la glace d’eau salée est plus souple que la glace d’eau douce) et certains ont observé qu’elle se brisait littéralement dans le sillage de leur motoneige. Habituellement, comme les phoques abattus dans l’eau de mer flottent, les chasseurs peuvent les récupérer. Toutefois, en raison de la salinité décroissante de l’eau de mer, la flottaison est moins bonne et les phoques se mettent à couler hors de la portée des chasseurs. »

Notre objectif est de comprendre le savoir inuit sur l’impact cumulatif des changements environnementaux sur la glace de mer et l’eau, et les répercussions sur la faune, l’utilisation des terres par les Inuits, la vie des Inuits et leurs moyens de subsistance. 

Depuis les années 1990, les chasseurs observent un amincissement de la glace et une réduction de la superficie de la glace de mer, ainsi que d’autres manifestations des changements climatiques : étés plus froids, hivers plus chauds, et vents plus forts et moins prévisibles. « Les gens disent qu’il y a 15 à 20 ans, des vents de 150 kilomètres-heure ou plus ne se produisaient qu’à l’automne », dit Sheremata. « Maintenant, les tempêtes de vent se produisent à tout moment de l’année. C’est un souci pour les chasseurs qui se déplacent en motoneige ou en bateau, et aussi pour les collectivités où les grands vents peuvent endommager édifices et services publics, comme l’électricité et l’approvisionnement en eau. » 

Le savoir des chasseurs vient compléter les sciences physiques utilisées pour surveiller la salinité et la glace de mer dans l’Est de la baie d’Hudson. « Nous voulons savoir comment les changements signalés par les chasseurs sont en lien avec nos connaissances scientifiques sur les changements environnementaux », dit Sheremata. « Leurs observations constituent un bon point de rencontre afin que nous puissions ensemble comprendre quelles seront les répercussions de ces changements sur la terre, la mer, et la faune dont les Inuits dépendent ». 

Voici le plus récent numéro d’une série de blogues portant sur les questions polaires et la recherche connexe présentée par Canadian Geographic et Savoir polaire Canada, un organisme du gouvernement du Canada qui vise à approfondir les connaissances du Canada relatives à l’Arctique et à fortifier le leadership canadien en ce qui concerne la technologie et la science polaires. Pour en apprendre davantage, visitez canada.ca/fr/savoir-polaire.